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Andine Moyling : «Le monde de la mode n’est pas toujours fait de strass et paillettes»

Durant sa tendre enfance, Andine Moyling, 21 ans, a joué parmi les somptueuses robes de mariée dans les ateliers. Aujourd’hui, elle porte plusieurs casquettes : styliste de mode, directrice artistique, Content Creator. Elle est the.bohemian.stylist sur les réseaux sociaux. Parcours. 

Andine MoylingLa mode est une histoire de famille pour Andine Moyling. Sa mère et sa tante étaient couturières. Elle a cinq ans lorsqu’elle commence à raccommoder les vêtements de ses poupées à la main. De fil en aiguille, la passion l’envahit. Elle passe davantage de temps dans l’atelier de couture de sa tante, où elle observe avec attention chaque détail et mouvement, avec émerveillement. 

« Ma tante avait un atelier de robes de mariée. Et je passais la plupart de mes samedis à la regarder coudre ou à l’aider à accrocher des agrafes », partage-t-elle. 

Pendant son adolescence, elle s’inspire des grands noms comme Valentino, Elie Saab et Anna Wintour. Elle décortique les tendances de mode initiées par des fashionistas dans les magazines, afin de faire des « mood boards ». 

Au collège, elle opte pour la filière de Fashion and design aujourd’hui Fashion and textiles. « En embrassant la filière de la mode en fin de cycle scolaire, j’ai développé un œil pour les détails et les textures, entre autres. Je dessinais également, car l’art était une de mes matières principales. »

Au niveau tertiaire, la passion persiste, malgré quelques moments de doute. Elle ne ne fréquentera pas le Fashion and Design Institute, intégrera tout de même l’université de Maurice, poursuivant des études en Fashion Technology with minor entrepreneurship. 

Actuellement en troisième année d’études, elle explique le syllabus. « Le cours de Fashion Technology va jusqu’à la racine du matériel. En d’autres mots, on nous enseigne l’origine du tissu jusqu’à comment travailler avec la matière. Mais pas seulement, car la disposition de la matière est également d’une grande importance. Être styliste, ce n’est pas juste dessiner un vêtement et mettre des couleurs. C’est aussi connaître la matière », explique-t-elle. 

D’ailleurs, elle n’aime pas crayonner ses robes et elle est catégorique là-dessus. « Je me sens restreint lorsque je mets mes idées sur papier. J’aime être libre dans ma pensée et toucher la matière, lorsque je suis en phase de création. Du coup, je couds directement. à la limite, je note les éléments qui composeront la robe. »

Débuts 

Elle est active dans l’univers de la mode en tant que professionnelle à Maurice depuis mars 2018. « Mon premier projet était une séance photo privée avec un couple mauricien pour mes bijoux. C’était une sensation extraordinaire d’avoir eu la chance de sortir pour la toute première fois mes créations de ma chambre. C’était une aubaine de parer ma première cliente de mes bijoux », raconte-t-elle avec émotion. 
Sa plus grande fierté, c’est d’avoir travaillé sur le défilé du Festival Kreol en novembre 2018, sans doute la plateforme rêvée des stylistes mauriciens, car c’est une ouverture vers d’autres horizons. « Le concept du défilé était inspiré des contes de fées. Mon inspiration est dérivée de tout ce qui touche au monde futuriste, féerique et mystique. Donc, j’étais plus que ravie d’avoir eu la chance de faire partie de ce concept sur un podium de l’envergure du Festival Kreol. »

Elle a concrétisé plusieurs projets sur le thème mystique, notamment : Thalassa, qui était inspiré de la déesse de la mer de la mythologie grecque, entre autres. 

Le concept du défilé à l’occasion du Festival Kreol était inspiré des contes de fées.
Le concept du défilé à l’occasion du Festival Kreol était inspiré des contes de fées.

Nouveauté et espoirs 

Elle explique qu’être styliste de mode est loin d’être du gâteau à Maurice. « C’est très difficile de percer en tant que jeune styliste dans un pays où les plateformes et les possibilités sont limitées. On ne nous donne pas de travail, si ou n’a pas un carnet d’adresses bien rempli. À la fin, les stylistes qui ont un réel talent se trouvent dans l’ombre, faute de réseau », indique-t-elle. 

Et d’ajouter qu’il faudrait mettre les jeunes talents du pays en lumière, à travers des plateformes médiatiques. Et en leur permettant de montrer leurs travaux. « C’est tout le temps les mêmes visages qui apparaissent sur les couvertures ou lors des défilés. Ce qui empêche les nouveaux visages de percer dans le milieu. Il faudrait privilégier la nouveauté, afin de faire tourner la roue. »

De plus, elle relève qu’il n’y a pas de solidarité dans le monde de la mode, surtout lorsqu’il s’agit de permettre la fluidité artistique et la cohérence des concepts entre photographe, modèle et styliste. « Les artistes concernés ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde. Il y a des divergences d’opinions. C’est presque décourageant, car la transmission de l’art et de la création est mise en péril », ajoute-t-elle. 

« On m’a souvent pris des accessoires ou vêtements à l’occasion des séances photo, sans me les rendre ou m’accorder le crédit lorsque les photos sont postées sur les réseaux. J’estime que c’est un manque de respect vis-à-vis de la styliste et que certaines gens s’approprient sans aucune gêne le travail d’autrui. »

Perception erronée 

Elle renchérit également sur le fait que certaines personnes font facilement l’amalgame entre modistes et stylistes. « Certains Mauriciens ont une perception erronée de ce qu’est un(e) styliste de mode. C’est frustrant quand les gens font l’amalgame entre le métier de modiste et celui de styliste. Je trouve que c’est assez vexant, lorsqu’on m’approche pour reproduire un modèle qui existe déjà. Le pire, c’est quand on propose des idées pour aboutir à une création personnalisée à partir d’un modèle existant », confie-t-elle. 

Thalassa, déesse de la mer.
Thalassa, déesse de la mer.

Aspirations et projets 

Telle une montagne russe, son parcours a été semé d’embuches. Toutefois, l’ambitieuse styliste ne compte pas baisser les bras. D’ailleurs, elle se donne à peine le temps de respirer. En parallèle de ses études, elle se laisse guider et inspirer par tout ce qui l’entoure, afin de donner vie à ses idées. 

Sa prochaine quête : Le plastique intégré. « Je veux démontrer que le plastique peut être intégré dans des vêtements et non seulement à l’unique usage d’emballage. D’ailleurs, j’ai déjà eu l’occasion de présenter une pièce pour une séance photo magazine. Je voudrais pousser la démarche en initiant un défilé à moi, en intégrant le plastique dans un concept futuriste fantastique. Il y aura plusieurs couches de plastique avec des effets. Ce sera un “fashion statement” », laisse-t-elle échapper. 

En attendant, chaque jour est une bataille pour cette jeune styliste qui tente de faire ses preuves. 

Séance photo : concept mystique.
Séance photo : concept mystique. 

 

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