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Ananda Devi : le conte d’une vie

Son premier recueil de nouvelles intitulé Solstices a été publié en 1977. Depuis, Ananda Devi a publié vingt ouvrages (recueils de nouvelles, romans, poésie). Elle a reçu la décoration de Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean de l’État mauricien, ainsi que celle de Chevalier des arts et des lettres de l’État français. L’écrivain a aussi reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix des cinq continents de la Francophonie, décerné par l’Organisation internationale de la Francophonie, et le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature française, décerné par l’Académie française. Elle a plusieurs projets en cours, dont un recueil de poésie, qui paraîtra en 2020.

Ananda Devi

« C’est par eux que tout commence, la source, les origines, cette lumière intime qui nous a toujours guidées, mes sœurs, Soorya et Salonee, et moi. Mes parents ont environ vingt et vingt-huit ans sur cette photo. Ils étaient amoureux des arts. C’est ainsi que Soorya est devenue danseuse, Salonee peintre et moi écrivain. Saraswaty et Balgopal Nirsimloo ont été des portes ouvertes sur l’avenir, empreints d’humanisme, du respect des autres, d’une modestie remarquable. Ce que nous leur devons est impossible à mesurer », dit Ananda Devi.

Ananda Devi

« Une vingtaine de livres, autant de traductions, des décennies de travail et de passion. Toute ma vie est là, il n’est nul besoin d’autres images. Mon visage n’exprimera en rien tout ce qui se trouve ici. Depuis le premier texte publié, La cité Atlee, dans une anthologie de 1973, et le premier recueil de nouvelles,  Solstices, publié en 1977, jusqu’au dernier roman, Manger l’autre, paru chez Grasset en 2018. C’est un long, lent voyage au cœur des mots, des phrases, des rêves, des obsessions, de la violence et du silence », explique-t-elle.

Ananda Devi

En juin 2018, elle assiste au festival international du livre Étonnants Voyageurs, à Saint-Malo. « Je venais de recevoir le prix Ouest France Étonnants Voyageurs. Entre cet instant et mon premier ouvrage, Solstices, quarante ans sont passés. Mais l’écriture a été ma constance, ma vie, ma raison d’être. Je ne peux m’imaginer ce que j’aurais été sans elle. Elle a fait de moi une observatrice du monde, des êtres, des cœurs. Un témoin parfois émerveillé, souvent terrifié du monde tel que nous le vivons, tel que nous le modelons », partage notre interlocutrice. 

Ananda Devi

« À cette représentation théâtrale de Moi, l’interdite, à Paris, j’ai éprouvé une curieuse émotion de voir mon personnage enveloppé dans ce tissu qui se transforme tour à tour en sari, en toile d’araignée, en suaire ou en ailes d’ange. Un corps, un tissu – et tout le symbolisme du texte prend forme. Quand mes livres sont repris sous une autre forme, c’est comme s’ils vivaient leur propre vie en dehors de moi. Comme des enfants qui prennent leur envol », indique Ananda Devi.

Ananda Devi

Février 2019 marque un autre grand moment de joie. Ananda Devi est à la première du long-métrage de son fils Sharvan Anenden : The Comeback. « The Comeback est un film drôle et émouvant, où les artistes mauriciens brillent. Sa route, celle, si difficile et si exaltante, de l’art, est désormais devant lui, et n’appartient qu’à lui. Que les brises lui soient propices ! Ce sentiment, je le ressens aussi en tenant dans mes bras mon petit-fils de deux ans, Timothée, l’enfant de mon fils aîné Ashwin. Un sentiment d’amour décuplé : l’enfant de mon enfant provoque en moi un surcroît d’amour tel qu’en y pensant, mon cœur tremble. On ne peut le comprendre avant de l’avoir vécu. Dans le regard d’Ashwin, je vois aussi le sourire de mon père. C’est la continuité des générations », confie-t-elle.

Ananda Devi

Pour Ananda Devi, écrire est un engagement. « Ce n’est pas un acte anodin. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire que toutes les voix qui parlent de justice, de respect de l’autre et de compassion, qui veulent contredire les discours de haine que l’on entend aux plus hauts niveaux de la société, qui veulent rappeler au monde que nous sommes tous des migrants, que nous avons tous besoin de l’autre, que nous ne pouvons vivre en autarcie ni en donnant libre cours à cet individualisme effréné qui bâtit des murs, il est nécessaire, oui, que ces voix s’élèvent et soient entendues par tous », fait-elle ressortir.

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