Economie

Analyses - Alteo : «Sans mesures fortes, c’est la disparition de l’industrie sucrière»

Alteo L’industrie sucrière mauricienne est dans une profonde crise.

Dans son dernier message en tant que Chief Executive Officer d’Alteo Limited, Patrick d’Arifat n’y va pas de main morte. La survie du secteur sucrier est tributaire de décisions majeures. La balle est toujours dans le camp de l’état.

« L’industrie sucrière mauricienne est dans une profonde crise et, malgré le large éventail de mesures et initiatives identifiées et implémentées, l’industrie dans son ensemble se doit d’améliorer sa productivité et contrôler ses coûts afin de concurrencer, voire survivre, dans ces difficiles conditions de marché », affirme Patrick d’Arifat dans le rapport annuel 2018 du groupe. « Des décisions fortes doivent être prises par les décideurs pour donner les moyens à notre industrie afin de garantir notre compétitivité avec le reste du monde, de peur que nous faisions face à sa disparition complète à Maurice. »

L’industrie cannière est la première activité agricole du pays en termes de superficie, d’employés et de revenus. Selon Statistics Mauritius, en 2017, l’exportation de sucres a rapporté Rs 8,5 milliards à l’économie. Ces recettes ne cessent de chuter suite à l’élimination des quotas en Europe faisant de notre principal acheteur un marché très compétitif en termes d’accès et de prix. De plus, la surabondance dans le monde continue. En 2018/2019, affirme Alteo Limited dans son rapport annuel, la production devrait atteindre 185,2 millions de tonnes, maintenant le prix à un bas niveau et insoutenable pour Maurice. Pourquoi ?

Excluant l’assistance financière de l’état et du Sugar Insurance Fund Board, les planteurs auraient reçu environ Rs 9 700 par tonne de sucre alors qu’en 2012, les revenus ont été de quelque Rs 17 600. Le seuil où l’industrie – dans les présentes conditions – opérerait à profit est aux alentours de Rs 17 000.

Un retour vers des revenus de Rs 17 600 par tonne de sucre n’est pas pour demain, voire l’après-demain. De fait, une réforme totale de l’industrie est nécessaire. Dans un rapport remis au gouvernement en mai 2018, un comité technique conjoint public-privé a recommandé que prix de la bagasse passe à Rs 3 000 par tonne de sucre et une révision de la loi du travail dans le secteur qui permettrait à l’industrie de réduire ses coûts de production.

Alteo Limited est le premier producteur de sucre dans le pays avec 112 320 tonnes – soit 35 % de la production nationale au 8 décembre. Pour les 12 mois se terminant au 30 juin 2018, les recettes sucrières ont chuté à quelque Rs 2 milliards alors que les pertes sont en baisse, passant à Rs 15 millions. C’est André Bonieux qui a pris le relais à Patrick d’Arifat depuis le 1er janvier.

Le groupe est présent dans l’industrie sucrière tanzanienne et kenyane. Et c’est dans ces deux pays qu’il compte s’appuyer pour combler les manquements à Maurice.

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