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Analyse : bilan quadriennal

ERIC NG PING CHEUN

Comme il est probable que le pays aille aux urnes bien avant l’échéance constitutionnelle, il vaut mieux ne pas attendre décembre 2019 pour faire le bilan économique du gouvernement. La grande majorité des analystes interrogés dans le présent baromètre accordent à ce bilan une note en dessous de la moyenne. Cela n’a rien d’étonnant si on compare les quatre années de l’actuelle législature aux quatre années précédentes en termes d’indicateurs macroéconomiques.

D’abord, le produit intérieur brut (PIB) réel aux prix de base aura augmenté en moyenne de 3,5% en 2015-2018, contre 3,6% en 2011-2014. La croissance du PIB aux prix du marché était en moyenne légèrement plus élevée, 3,8% contre 3,7%, mais il faut remonter à 2011 pour voir un taux supérieur à 4,0%.

L’écart des résultats s’avère plus large en ce qui concerne l’investissement. Par rapport au PIB, l’investissement total n’a jamais dépassé 18,0% entre 2015 et 2018, avec une moyenne annuelle de 17,5%, bien inférieure aux 21,5% de 2011-2014. En particulier, l’investissement privé représentait en moyenne 12,9% du PIB durant 2015-2018, contre 16,3% en 2011-2014, chutant de 18,0% en 2011 à 12,9% en 2018.

Cette chute a été assortie du déclin de l’épargne domestique, qui passe de 13,2% du PIB en 2011 à 9,7% en 2018. Le taux moyen en 2015-2018 fut de 10,3%, inférieur aux 11,8% de 2011-2014. Les conseillers du gouvernement interprètent cela comme un signe de bonne santé économique quand, en fait, c’est la source de croissance qui se tarit.

Une autre niaiserie, c’est de dire que lorsque la construction va, tout va. Bien que celle-ci ait connu une croissance cumulative de 17,7% ces deux dernières années, l’économie dans son ensemble ne se porte pas mieux. C’est parce que l’effet multiplicateur dans ce secteur est minime avec la fuite des importations et le recours à la main-d’œuvre étrangère.

Le déficit commercial s’est d’autant plus accru que nos exportations de marchandises ont nettement reculé, de Rs 94,8 milliards en 2014 à Rs 81,3 milliards en 2017. Loin d’atteindre l’objectif de 25% du PIB, la manufacture n’a progressé que de 2,8% sur les quatre dernières années, contre 9,6% sur les quatre précédentes. Pendant que le rapport sur la stratégie nationale d’exportation dort dans un tiroir, la part des entreprises orientées à l’export dans le PIB diminue, de 5,9% en 2014 à 4,8% en 2018, celles-ci subissant une contraction de 3,1% en 2015, de 5,1% en 2016 et de 0,7% en 2018.

Heureusement que l’exportation de services rapporte des devises, notamment grâce au tourisme qui a enregistré une croissance moyenne de 6,8% en 2015-2018 (avec un pic de 11,1% en 2016), contre 3,1% en 2011-2014. On nourissait aussi l’espoir que le secteur des technologies de l’information et de la communication allait exporter agressivement ses services, mais il affiche un taux de croissance moyen de 5,4% en 2015-2018, contre 8,0% en 2011-2014.

Ainsi, le compte courant de la balance des paiements reste déficitaire. Le problème n’est pas le déficit en lui-même, mais son évolution. Au regard du PIB, le déficit courant avait diminué, de 7,1% en 2012 à 3,6% en 2015, mais il s’est creusé à 5,7% en 2017, au-dessus des 5,4% de 2014.

Même raisonnement sur le front de l’inflation : la tendance des prix est plus pertinente que leur niveau. Le taux d’inflation annuel avait pris une direction descendante, de 6,5% en 2011 à 1,0% en 2016, avant de grimper à 3,7% en 2017, au-delà des 3,2% de 2014. Devant une telle volatilité des prix, la Banque de Maurice peut-elle continuer de faire confiance à la relation de Phillips pour justifier sa politique monétaire ? Non, car la désinflation n’a pas provoqué plus de chômage, et la remontée inflationniste n’a pas généré plus d’emplois.

Selon Statistics Mauritius, deux fois plus d’emplois ont été créés dans la période 2012-2014 (30 300, dont 18 000 pour les femmes) que durant 2015-2017 (14 300, dont 6 600 pour les femmes). Il y a eu bien moins de nouveaux emplois féminins sous l’actuel gouvernement que sous son devancier. Cette inégalité des sexes devant la création d’emplois est due à l’accent mis sur la construction !

Le taux de chômage est tombé de 7,8% en 2014 à 7,1% en 2017, non pas parce qu’on a eu plus d’emplois, mais en raison d’une moindre hausse de la population active (+11 200 en 2015-2017, contre +27 100 en 2012-2014). Cet indicateur, qui exprime le rapport chômeurs/population active, aura de moins en moins de pertinence à mesure que la population vieillit. Le dynamisme d’une économie est démontré par sa capacité à créer des emplois dans les secteurs de production, et non dans la fonction publique.

Or le régime fait l’île Maurice devenir une nation de fonctionnaires plutôt que d’entrepreneurs, tout en promettant chaque année aux électeurs-consommateurs des hausses de salaire et de pension sur une base universelle. Ce qui compte, c’est la survie politique de nos potentats, et non celle de notre petite économie sans ressource naturelle. A coups de prébendes et de grands travaux publics de prestige, ils ruinent le pays avec une dette du secteur public qui, de Rs 238 milliards (61,6% du PIB) au 31 décembre 2014, a grossi à Rs 310 milliards (64,2% du PIB) au 30 septembre 2018. Un bilan au lourd passif.

(www.pluriconseil.com)

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