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Anabelle Savabaddy, députée travailliste : «Il faut un protocole clair»

Par Le Défi Plus
Publié le: 11 July 2026 à 17:30
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Anabelle Savabaddy

Après les explications du ministre de la Santé au Parlement, la députée travailliste Anabelle Savabaddy estime que des failles existent dans la gestion des morgues et réclame un protocole clair pour éviter que telles situations ne se reproduisent à l’avenir.

Après les explications données au Parlement par le ministre de la Santé, êtes-vous satisfaite des réponses apportées ? Pensez-vous que ces explications répondent réellement aux questions que vous vous posez ?
Je ne dirai pas que je suis satisfaite des réponses données au Parlement par le ministre de la Santé. Je prends note de ses explications et j’espère lui avoir ouvert les yeux sur un gros problème, sur un manque de protocole, mais aussi sur tout ce que j’ai soulevé autour de cette question. Une députée a le devoir d’attirer l’attention de l’Exécutif sur ce qui ne va pas, et c’est exactement ce que je fais, surtout lorsque je dispose d’informations troublantes sur un dossier.

Cette affaire concernant Jean-Noël Thomas m’a profondément touchée lorsque j’ai approfondi mes recherches. D’ailleurs, en début d’année, j’avais déjà posé une question sur la situation des cadavres à l’hôpital Brown-Séquard. Je peux vous dire qu’à l’issue de la séance parlementaire, j’ai reçu plusieurs autres informations, ainsi que des photos et des vidéos montrant la situation dégradante dans laquelle se trouvent certains cadavres à la morgue. C’est un manque de respect envers les morts et envers la dignité humaine. J’espère qu’une solution sera trouvée rapidement.

Le ministre a expliqué qu’il n’était pas « le gardien des corps » et que la responsabilité de la gestion des morgues revient aux établissements hospitaliers. Les hôpitaux doivent-ils renforcer leur suivi et leurs procédures afin qu’une telle situation ne puisse plus se reproduire ?
Je crois que le ministre était mal inspiré lorsqu’il m’a répondu qu’il n’était pas le gardien des corps. Il avait une fois dit qu'il n'allait pas compter les moustiques stériles en réponse à une question d’Adrien Duval.  Ce n'est pas une manière de répondre au Parlement. Après, Anil Bachoo a fait du projet de moustiques stériles un de ses points forts pour combattre le chikungunya et la dengue. Il faut reconnaître que les députés apportent souvent des contributions positives et qu’il faut leur en donner le crédit. Pour ma part, je ne cherche pas la publicité ; je fais simplement mon travail. 

Qu’en est-il de la responsabilité du personnel de l’hôpital ?
Je pense que le personnel hospitalier est déjà débordé par la charge de travail et que la gestion des corps après le décès ne peut pas reposer uniquement sur ses épaules. Il faut évidemment un suivi des procédures, mais surtout un protocole clairement établi. À une époque, Kishore Deerpalsing avait mis en place une politique visant à identifier les proches après la confirmation d’un décès afin qu’ils puissent organiser les funérailles dans la dignité.

Dans le cas des corps non identifiés, je demande l’établissement d’un protocole précis ainsi qu’une procédure clairement définie afin que ces personnes puissent elles aussi être traitées avec dignité.

Avez-vous pu comprendre clairement où se situent les éventuels dysfonctionnements qui ont conduit à ce qu’un corps soit remis à une famille plusieurs mois après l’annonce d’un décès ?
Ce dysfonctionnement découle en grande partie d’une surcharge de responsabilités au sein de l’hôpital. Le personnel hospitalier n’est pas composé de robots et ne peut pas tout faire, même avec l’intelligence artificielle. Il faut un protocole clair et une solution adaptée aux réalités mauriciennes afin que des situations comme celle que j’ai soulevée ne se reproduisent plus.

Il y va aussi de l’image du pays, de la manière dont nous traitons les morts et les gens qui n’ont peut-être personne pour s’occuper d’eux ni les moyens nécessaires. Il n’est pas acceptable de laisser des corps se dégrader ou de les laisser dans les morgues sans leur accorder le respect qu’ils méritent, même lorsqu’il s’agit de personnes pauvres ou sans famille. 

Qu’en est-il des allégations de trafic de cadavres ?
En tant que députée, je reçois régulièrement diverses informations. Cette question de trafic de cadavres a été évoquée à plusieurs reprises dans certains milieux. Le sujet est devenu encore plus préoccupant lorsque des responsables d’écoles de médecine ont indiqué avoir effectué des démarches pour obtenir des cadavres laissés à l’abandon depuis plusieurs années, sans obtenir de réponse ou après avoir essuyé un refus.

Dans le même temps, on entend dire que certains cadavres se vendraient à prix d’or. Je ne parle pas nécessairement de trafic d’organes, mais parfois de besoins liés à la recherche médicale.

Personnellement, je n’ai rien contre la recherche médicale ; au contraire, j’y suis favorable. Mais il faut un protocole clair et transparent. Il faut savoir selon quelles procédures les demandes sont faites et dans quelles circonstances des corps non réclamés depuis plusieurs années peuvent être destinés à l’enseignement ou à la recherche.

En revanche, il ne peut pas exister un marché noir où des personnes s’enrichissent illégalement grâce à des cadavres, sous le regard des autorités. Cela n’est pas acceptable. C’est à ce niveau qu’il faut agir.

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