Amiante : un risque diffus qui persiste, alerte Reeaz Chuttoo
Par
Waren Marie
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Alors que plusieurs chantiers de démolition ont été engagés ces dernières années, la question de l’amiante à Maurice reste loin d’être résolue. Le syndicaliste Reeaz Chuttoo (CTSP) estime que le pays fait face à un problème plus large et plus diffus qu’il n’y paraît, appelant à une réponse coordonnée des autorités.
Pour Reeaz Chuttoo, limiter le débat aux seules cités EDC constitue une lecture réductrice de la situation. « L’amiante est présent dans de nombreuses infrastructures : logements, bâtiments publics, installations privées, mais aussi dans d’anciennes conduites d’eau en amiante-ciment », souligne-t-il. Avec le vieillissement des matériaux et les interventions de maintenance, ces structures sont susceptibles de libérer des fibres invisibles, potentiellement nocives.
Dans certaines régions, comme à Solférino, des habitations anciennes montrent des signes avancés de dégradation. Sous l’effet du vent, de la pluie et des variations climatiques, les matériaux se fragilisent progressivement. « Le risque ne concerne plus uniquement les occupants, mais aussi les habitants des environs », observe le syndicaliste, qui évoque un enjeu de santé publique encore insuffisamment pris en compte.
Le rapport Addison, publié en 2011, avait pourtant posé les bases d’une intervention structurée : recensement des bâtiments concernés, évaluation de leur état et mise en œuvre de solutions adaptées — rénovation, confinement ou démolition sécurisée. Quinze ans plus tard, Reeaz Chuttoo constate que ces recommandations n’ont été appliquées que de manière partielle.
L’origine du problème remonte en grande partie à la période post-cyclone Carol, lorsque près de 3 500 logements avaient été construits dans l’urgence sur 43 sites à travers l’île. Si certaines unités ont depuis été démolies, un nombre non négligeable de familles y résident toujours. « La démolition ponctuelle de quelques maisons ne règle pas la question. Tant que d’autres structures contenant de l’amiante subsistent, l’exposition demeure », insiste-t-il.
Ancien travailleur ayant été exposé à l’amiante dans les années 1970, Reeaz Chuttoo rappelle que les risques liés à cette substance sont aujourd’hui bien documentés. Les pathologies associées - atteintes respiratoires, lésions de la plèvre ou certains cancers - peuvent apparaître plusieurs décennies après l’exposition. Dans ce contexte, il estime nécessaire de mieux documenter la situation locale. « Il serait utile de disposer d’études approfondies pour évaluer l’impact réel de l’amiante sur la santé à Maurice », avance-t-il, évoquant notamment un cas signalé en 2022 dans une usine du Sud.
Au-delà du constat, le syndicaliste plaide pour une stratégie nationale articulée autour de plusieurs axes : identification systématique des infrastructures à risque, encadrement strict des travaux, relogement des familles concernées et mise en place d’un suivi médical accessible. Il insiste également sur la nécessité d’accompagner les personnes exposées, notamment les plus vulnérables, souvent contraintes de prioriser leur activité professionnelle au détriment de démarches médicales ou judiciaires.
La question de l’indemnisation reste, elle aussi, posée. Si des recours existent, ils demeurent complexes et reposent en grande partie sur la capacité à établir un lien médical entre la pathologie et l’exposition à l’amiante. « Sans diagnostic clair, les familles ont peu de leviers », note-t-il. D’où son appel à la création d’un mécanisme d’indemnisation dédié.
Dans cette équation, le rôle de l’État est central. Reeaz Chuttoo évoque la nécessité d’une volonté politique affirmée pour coordonner les actions et accélérer les décisions. Il rappelle que certaines initiatives existent, notamment au sein du secteur privé, mais qu’elles restent insuffisantes à l’échelle nationale.
Enfin, il attire l’attention sur des facteurs susceptibles d’aggraver la situation, notamment l’évolution des conditions climatiques. Des vents plus soutenus ou des épisodes de poussière pourraient favoriser la dispersion des fibres, élargissant ainsi les zones d’exposition.
Sans céder à l’alarmisme, le syndicaliste appelle à une prise de conscience progressive et à des mesures concrètes. « Le désamiantage est techniquement réalisable. La question est désormais celle de la mise en œuvre », conclut-il.
Le problème des maisons en amiante à Maurice n’est pas, au fond, un problème technique. Les solutions existent : démolition, désamiantage sécurisé, reconstruction, relogement temporaire. Elles ont été documentées, chiffrées, budgétées. Ce qui manque, ce n’est pas le savoir-faire. C’est la volonté politique de prioriser des familles qui n’ont ni lobby ni pouvoir de pression.
Car il faut le dire clairement : ces familles n’ont jamais choisi leurs maisons. Elles n’ont pas choisi l’amiante. Elles ont signé un contrat avec l’État — un contrat à Rs 25 par mois — et cet État leur a livré une maison dont il savait, bien avant elles, qu’elle était dangereuse. La responsabilité est claire. La dette est réelle.
Les rapports s’accumulent, les comités se succèdent, les budgets sont annoncés, puis silencieusement abandonnés. Pendant ce temps, Roger survit dans sa dépendance derrière les ruines de son enfance. Et Marie-Thérèse attend, avec la patience infinie de ceux qui n’ont pas d’autre choix, que les autorités tiennent enfin une promesse vieille de soixante ans.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs organisations internationales spécialisées, l’amiante demeure un enjeu majeur de santé publique, notamment dans les habitations anciennes où ce matériau a été largement utilisé.
L’OMS rappelle qu’il n’existe pas de seuil d’exposition sans danger : l’inhalation de fibres d’amiante, même en faible quantité, peut provoquer des maladies graves comme le mésothéliome, le cancer du poumon ou l’asbestose, souvent des années après l’exposition.
Les experts internationaux soulignent que le principal risque survient lorsque les matériaux contenant de l’amiante se dégradent, sont endommagés ou manipulés sans précaution, libérant ainsi des fibres invisibles dans l’air. Dans les maisons, cela peut concerner les toitures, les murs, les plafonds ou encore certains revêtements anciens.
Face à ce danger, les recommandations sont claires : éviter toute manipulation sans expertise, faire appel à des professionnels qualifiés pour toute intervention, et mettre en place des politiques de gestion et de remplacement progressif des matériaux à risque. Les organisations internationales appellent également les gouvernements à renforcer la réglementation, à informer les populations et à accompagner les familles exposées.
En somme, pour l’OMS et les spécialistes, la prévention, l’information et la vigilance restent les meilleurs moyens de réduire les risques liés à l’amiante dans les habitations.