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Amarjeet Beegoo : «Le Use of Pesticide Bill a des lacunes»

Amarjeet Beegoo

L'agriculteur de Côte-d’Or, qui a fait des études en agriculture soutenue, est catégorique : les légumes des champs sont meilleurs que ceux en provenance des usines et joliment empaquetés vendus dans les grandes surfaces. Amarjeet Beegoo qui détient également un LLB, dément le fait que les planteurs utilisent massivement des pesticides mais pointe du doigt le gouvernement qui, selon lui, fait le jeu des barons sucriers devenus gros planteurs de légumes.

Deux kilos de pesticides dans le corps de chaque Mauricien par année. Cela vous choque-t-il ?
Certes, ce chiffre paraît alarmant. Mais, ce que le gouvernement a fait est mathématique. Selon les analyses, ils ont pris le total des importations de pesticides qu'ils ont divisé par le nombre de la population. C’est un raccourci trop facile. Selon les tests du ministère de la Santé et de l’Agro-industrie sur les agriculteurs et les Mauriciens, on a tous des pesticides dans le corps.

Les gens pensent que les barquettes de légumes sont plus frais mais c'est faux »

Comment cela ?
Nous avons tous du vape ou des sandales anti-moustiques à la maison. Nous les utilisons à outrance sans nous rendre compte des effets néfastes. Il est trop facile de tout mettre sur le dos des planteurs de légumes.  

Y a-t-il un danger entre les pesticides dits normaux et ceux génériques ?
Les deux types de pesticides sont dangereux. Pour les génériques, on ignore la teneur du contenu et quant à ceux, dits normaux, ils sont parfois  soumis à une modification de part l'ajout d'autres produits non identifiés.

Il y a eu le Use of Pesticide Bill au Parlement. Enfin ?
C’est un projet de loi qui est le bienvenu, mais il y a des loop holes que, nous les agriculteurs, condamnons. On demande d’utiliser, à titre d’exemple, 200 millilitres pour 200 litres d’eau. Mais, quand les industries sucrières, se sont lancées dans la production vivrière, tout est faussé. Ces sucriers, devenus agriculteurs, disent qu’ils font de l’agriculture raisonnée, c’est du bidon. Savez-vous que 50 % des produits phytosanitaires ont été bannis. On est donc obligé de les acheter avec de grosses compagnies à Rs  2  000 par tonneau. C’est cher payé. Puis, pas tous les produits agricoles sont concernés par les pesticides, comme les carottes, les betteraves et même les concombres qui sont lavables.

D’où vient le souci alors ?
Il y a de nouveaux planteurs qui se lancent dans la production vivrière. Ils n'accordent  pas le temps nécessaire aux légumes pour l'évacuation des pesticides, mais les envoient directement à la vente, d’où le problème. Puis, ce n'est qu'à Maurice qu'on cultive des pommes de terre  aussi grosses. On pousse les planteurs à mettre beaucoup de nitrate pour grossir artificiellement les pommes de terre provoquant des risques pour la santé humaine. Autre souci : les voleurs. Ils emportent nos légumes ignorant qu'ils contiennent toujours des pesticides et ils les mettent sur le marché. Est-ce notre faute ou celle des maraîchers qui acceptent de les acheter au prix rabais pour les revendre ?

Vous parlez de loop holes dans le Bill. Quel est le principal ?
Ce projet de loi est une bonne initiative mais il faut régulariser. Qu’en est-il des producteurs de produits agricoles ? Ils sont totalement dédouanés et n'ont à répondre de rien en cas d'effraction. On avait proposé que la loi rende les importateurs liable et qu'elle prenne en considération le concept du third party liability, soit qu'en cas de souci avec les produits, ce ne sont pas aux planteurs mais aux importateurs de payer.

On constate de plus en plus, la présence des légumes bio. Est-ce la nouvelle tendance ?
Vous savez, dans les grandes surfaces, on voit des barquettes de légumes, joliment présentées. Mais, je vous le dis, Maurice ne peut pas produire des légumes bio. On emploie le terme pour le marketing. Peut-être dans dix ans mais pas avant. Malheureusement, les petits planteurs de légumes ne financent pas les élections mais les barons sucriers oui. Si certains nous condamnent pour utiliser trop de pesticides, je tiens à dire, au nom de mes amis planteurs, que nous sommes nous aussi des consommateurs. Croyez-vous que l'on souhaite nous empoisonner nous-mêmes ?

Maurice a importé quelque 2 400 tonnes de pesticides en 2017. Chiffre effrayant ?
Le chiffre a baissé, comparé à avant. Toutefois les pesticides concernent tous les produits chimiques, notamment ceux utilisés pour la fabrictation de javel, de bière, de détergent ou du vinaigre. Il ne faut pas croire que seulement les planteurs sont concernés, détrompez-vous !

Il y a le concept de Bio Farming Support qui est entré en vigueur. Bonne mesure ?
Ce ne sont que les nouveaux planteurs qui en bénéficient. Le plus navrant, c'est que ce projet permet aux gros planteurs de l’industrie sucrière d'en bénéficier également. Et comme ils produisent pour les grandes surfaces, le gouvernement fait le jeu des barons sucriers, entrés dans la production vivrière. Ils pénalisent ainsi les petits planteurs.

On rencontre aussi le problème de disparition graduelle d’abeilles et de papillons. Pourquoi ?
La disparition d'abeilles touche particulièrement à mes activités car il n'y  a pas de pollinisation. Il n’y a presque plus de coccinelles qui aident à combattre les insectes. Chaque planteur tente, tant bien que mal, de faire de la vermiculture (NdlR : l'élevage de vers de terre qui transforment les déchets organiques en fertilisant) afin d'enrichir la terre.

Les Mauriciens sont-ils conscients de leur santé ?
Ils sont conscients, mais se tournent de plus en plus vers des barquettes de légumes et de fruits dans les grandes surfaces. Ils pensent qu’ils sont plus frais. Ce ne sont que l'emballage et le marketing qui attirent. Les produits des marchés et des foires sont meilleurs. Ils sont frais, en provenance des champs, pas des usines.

Peut-on rêver de bannir à tout jamais les pesticides dans nos champs de légumes ?
Pas dans l’immédiat. Il faudra attendre une décennie pour cela avec la collaboration du gouvernement. Il faudra des pesticides pour tuer des pesticides, pour vous dire…