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Alphabétisation des aînés : belle collaboration entre l’Université du 3e âge et DIS-MOI dans le Sud

Alphabétisation des aînés Les participantes sont appliquées dans leurs études.

L’ONG DIS-MOI, qui milite pour l’adoption d’une convention de l’ONU pour défendre les droits des personnes âgées, apporte son concours à l’Université du 3e Âge (U3A) dans le cadre d’un programme d’alphabétisation en langue anglaise à l’intention d’une trentaine de seniors des villages de Chemin-Grenier, Chamouny, Surinam et Rivière-des-Anguilles.

Ce projet découle d’un besoin exprimé par les participantes, dont la plupart n'ont fréquenté que l’école primaire il y a maintenant 50 ou 60 ans, et qui souhaitaient retourner sur les bancs de l’école. Tandis que l’Université du 3 Âge ouvrait ses portes, DIS-MOI s’est associée au programme qui cadre avec sa philosophie de la pédagogie  adressée aux personnes âgées.

L’éducation est un droit humain sacré, nous rappelle Vijay Naraidoo, qui a revêtu la casquette de formateur de DIS-MOI. À ce titre, les participantes qui ont montré une soif de connaissance se sont prêtées aisément à l'execice de la reconnaissance des mots et de leur signification, à la lecture des phrases et à l’écriture. Cela répond à un automatisme solidement développé, car le cours dure depuis voilà six mois. La formation est menée dans le Phoolbasse Ashram de Chemin-Grenier.

Petite révolution culturelle

Une petite révolution est en marche, explique Edna Louise qui a été désignée ‘Capitaine’ du groupe. « Nous n’avons pas l’impression de retourner au niveau primaire. Nous avons l’impression d’être de véritables stagiaires d’une université, de vraies étudiantes en langue étrangère. »

À quoi vous servira-t-il de lire, écrire et parler l’anglais dans la vie de tous les jours ? N’aurait-il pas été plus facile d’apprendre le français au siège de l’université ?

« Le plus important dans la vie de tous les jours, c’est que nous avons soif de lire les noms et les destinations des autobus qui passent, des étiquettes des produits que nous achetons, des pamphlets, publicités et bien sûr des livres », renchérit Nadège, autre apprenante âgée. « Déjà nous ressentons une grande fierté et nous nous sentons libérées et capables de mieux fonctionner dans la société. L’exclusion, c’est fini. Par ailleurs, nous sommes assurées de passer de beaux jours jusqu’à la fin de notre existence. Et puis, nos petits-enfants nous accompagnent dans cette belle aventure », confie-t-elle.

Vijay Naraidoo, formateur explique la pédagogie  utilisée. « DIS-MOI s’inspire du principe de ‘life-long learning’, et de la sensibilisation. Les lectures des cours hebdomadaires s’inspirent des choses de la vie, de la difficulté de voyager par autobus ou des misères du vieux marchand de pain. Nos étudiants ne sont pas des enfants, on ne les traite pas comme tels. On peut apprécier l’autonomie et l’indépendance qu’elles acquièrent, ce qui doit être le cas pour tous les seniors qui n’ont pas besoin d’une assistance physique. »

Ces personnes acquièrent une somme de connaissance, mais en réclament davantage. Un activiste des droits humains aux Comores me disait : « une personne ignorante est un danger ambulant...», conclut-il.

Edna Louise témoigne : «I am happy to learn English»

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Concentration et fierté se lisent sur le visage des participantes.

Parcours des plus surprenants que celui de la ‘Capitaine’ Edna Louise qui a bien voulu nous confier ce qui l’a incitée à retourner à l’école à 66 ans.

« C’est merveilleux, merci à notre formateur qui s’investit à fond et à l’université du 3e âge. »

Edna a gagné sa vie comme ouvrière dans diverses usines textiles de Surinam, Chamouny et Chemin-Grenier. Il lui fallait gagner sa vie pour élever son fils (45 ans) et sa fille (43 ans) depuis la mort de son mari (il y aura 20 ans ce 23 mai). « Je n’ai pas fait de grande classe. J’ai quitté l’école au primaire et puis j’ai tout oublié : lire, l’anglais… » Encouragée par son fils (maçon) elle a soif d’apprendre, et encourage nos aînés à faire de même.

Pourquoi ?

« Je veux pouvoir converser aisément avec ma petite-fille de 15 ans, qui vit avec sa mère, infirmière en Angleterre depuis 12 ans. Je veux aussi pouvoir prendre soin de mon petit-enfant de deux mois. En Angleterre, impossible de survivre, si on ne peut rien lire, si on ne comprend l’accent britannique dans la rue. Comment brancher un ‘computer’ pour parler sur les réseaux sociaux librement. »

Et comment réagit son entourage ?

(Rire) « Ma petite nièce de six ans ne veut pas croire que je retourne à l’école, car je ne porte pas d'uniforme. » Elle ajoute que son enthousiasme a convaincu sa sœur (70 ans) et sa voisine (71 ans) à la suivre dans cette aventure. « Pour les hommes c'est plus difficile. Ils se montrent méprisants : ki pou ale fair ar sa, sa lage la ? Profit la vie, amize… » Edna encourage les collégiens de 13 à 15 ans, à ne pas quitter l’école.

Une pensée pour son défunt mari Raymond, ancien éboueur au Village Council, mort à 56 ans ? Que doit-il se dire, là-haut ? Réponse en anglais svp : « Raymond is very proud of me. Because I am so happy to learn English... Que dire de plus à cette dame, sinon “Good luck ! »

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