Interview

Ally Lazer : «Priver les trafiquants de drogue de leurs droits constitutionnels»

Ally Lazer 

Les trafiquants de drogue sont, pour Ally Lazer, des « tueurs en série ». Ainsi, affirme-t-il, une fois condamnés, ces derniers devraient être privés de leurs droits constitutionnels. Le travailleur social s’en prend aussi aux « avocats véreux » qui, dit-il, s’enrichissent de par leur complicité avec les caïds.

Quelle est votre lecture des résultats du sondage Afrobarometer par rapport à la drogue ?
Nul besoin de sondage pour savoir qu’il y a beaucoup d’avocats véreux qui défendent des caïds de la drogue à Maurice. Non seulement ils les défendent, mais ils s’enrichissent grâce à ces barons de la drogue et deviennent complices de leur trafic. La situation m’inquiète davantage lorsque des hauts gradés de la police et de l’Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu) viennent me voir pour dénoncer des brebis galeuses au sein de leur département. Cela donne une indication de la confiance qu’ils ont en leurs collègues !

Êtes-vous surpris que 66 % des personnes interrogées soient contre la décriminalisation du gandia ?
Pas du tout. Certains avancent que, sous prétexte qu’il y a une prolifération de la drogue de synthèse, il faut décriminaliser la consommation du cannabis. D’autres soutiennent qu’il faut pouvoir l’utiliser à des fins thérapeutiques. Ce sont de faux arguments et je sais que beaucoup de Mauriciens pensent comme moi. Un toxicomane est une personne malade. Il faut le soigner et non le mettre en prison. Ce sont les cultivateurs et les trafiquants qu’il faut envoyer derrière les barreaux.

Ce serait malhonnête de ma part de ne pas reconnaître le bon travail  qu’effectue l’Adsu»

Vous ne partagez donc pas l’avis d’Arvin Boolell qui s’est récemment exprimé en faveur de la régularisation du cannabis ?
Certainement pas. D’ailleurs, est-ce que ce sont les cancéreux qui sont en stade terminal qui revendiquent cela ? Non ! Cette revendication a pour but unique de met nisa. Ça ne tient pas la route. Certains disent qu’il faut prendre en exemple le Portugal ou certains États d’Amérique qui ont fait le choix d’autoriser la consommation du cannabis. On ne peut se permettre de légaliser toute sorte d’immoralité. Il faut tenir compte nos valeurs à nous de même que nos différentes croyances religieuses qui pour la plupart n’autorisent pas la consommation du cannabis.

Dans quelle mesure, selon vous, la commission d’enquête aidera à combattre le fléau de la drogue ?
Lorsqu’on voit ce qui est advenu des recommandations suivant la première commission sur la drogue présidée par sir Maurice Rault, je suis perplexe. Alors qu’une des recommandations était de mettre derrière les barreaux un haut gradé de la police d’alors, celui-ci est parti à la retraite avec un golden handshake. Je salue, cependant, le travail du président de la commission actuelle. Je fais confiance à Paul Lam Shang Leen, mais je crains que cela soit bis repetita.

Expliquez-vous…
Le rapport final sera soumis à la présidente de la République, qui en remettra une copie au Premier ministre. Celui-ci donnera le rapport au commissaire de police et on se retrouvera back to square one. Ce ne sont certainement pas l’ancien juge Lam Shang Leen et ses deux assesseurs qui passeront les menottes aux poignets des trafiquants. C’est le travail de la police. Mais elle était déjà là lors des deux précédentes commissions... 

Selon vous, on ne doit donc pas s’attendre à ce que des grosses têtes tombent ?
Non. À moins que les autorités décident de faire le ménage cette fois et d’appliquer les recommandations de la commission. Toutefois, à la manière dont vont le choses, j’en doute. On a vu des politiciens être promus après avoir fait une journée marathon à la prison et rencontrer plus d’une quarantaine de détenus ou encore des zanfan lakaz impliqués dans le trafic de drogue…

Un trafiquant de drogue n’est rien d’autre qu’un tueur en série.

Pravind Jugnauth a déclaré que son gouvernement ne laissera pas un gramme de drogue entrer dans le pays. N’est-ce pas un peu prétentieux de sa part ?
(Sourire) C’est utopique. J’aurais aimé moi aussi que cela soit ainsi, mais sachant que le plus grand obstacle dans le combat contre la drogue demeure la corruption et que pour quelques milliers de roupies certains n’hésitent pas à vendre leur conscience, il sera difficile au Premier ministre de réaliser ce souhait.

On parle de « saisie record », en ce qui concerne la drogue synthétique en 2017. Devons-nous nous réjouir du bon travail de la police sur le terrain ou nous inquiéter de l’ampleur que prend cette drogue à Maurice ?
Ce serait malhonnête de ma part de ne pas reconnaître le bon travail  qu’effectue l’Adsu dans le combat contre la drogue. Toutefois, force est de constater qu’aujourd’hui, il n’existe pas un endroit à Maurice où la drogue de synthèse n’est pas disponible. Cette drogue se vend moins cher et ses effets sont plus néfastes : violence et tendances suicidaires.

Comment peut-on combattre la prolifération de la drogue de synthèse dans le milieu scolaire ?
D’abord, il faut préciser qu’il y a un rajeunissement et une féminisation du phénomène dans les établissements scolaires. J’ai été appelé à intervenir dans un cas impliquant un élève du primaire. Il faut que le ministère de l’Éducation se penche sur l’introduction, dans le programme scolaire et ce, dès le cycle primaire, d’une matière qui touche aux méfaits de la consommation de la drogue et que ce programme se poursuive jusqu’au cycle secondaire. Le ministère de la Jeunesse et des Sports doit également être partie prenante de ce programme. Malheureusement, à Maurice, c’est toujours apre lamor latizann. Il faut cesser avec le nou pou…  L’heure est à l’action.

Malgré les fréquentes saisies dans les centres pénitentiaires, la drogue continue à y entrer. Comment mettre un frein à cela une bonne fois pour toute ?
Il est chagrinant de constater que nos prisons sont devenues de véritables plaques tournantes en ce qui concerne le trafic et la consommation de la drogue. Je suis d’avis que la place des consommateurs de drogue n’est pas en prison, mais plutôt dans des structures spécialisées pour les soigner et les réhabiliter. En revanche, en ce qui concerne les trafiquants, une fois condamnés, j’estime qu’il faut tout bonnement leur enlever leur droit constitutionnel. Des trafiquants revendiquent aujourd’hui leur droit à l’éducation ou à une nourriture saine. Les proches des victimes de leur trafic, n’ont-ils aucun droit eux ? Si le gouvernement est vraiment sincère dans son combat, il faut mettre sur pied une prison dédiée aux trafiquants. Un trafiquant de drogue n’est rien d’autre qu’un tueur en série.

Une enquête menée par Le Dimanche/ L’Hebdo démontre que des pharmaciens et des médecins alimentent le trafic de psychotrope à Maurice. Cela vous interpelle-t-il ?
Il y a deux types de marsan lamor. Il y a, d’une part, les trafiquants de drogue et, d’autre part, des pharmaciens véreux, bénéficiant d’une protection occulte. Ils vous refusent la vente d’un sirop pour la toux, préférant le vendre au noir aux toxicomanes, car cela rapporte plus. Sans compter les médecins vendeur d’ordonnance. Je ne fais aucune distinction entre les deux.