Allocations sociales : inquiétude avant la réduction en juillet
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Dans de nombreux foyers mauriciens, le versement de la CSG Child Allowance et de la School Allowance est d’un soutien. Face à la hausse persistante du coût de la vie, ces aides sociales permettent aujourd’hui à plusieurs familles de subvenir à leurs besoins essentiels : alimentation, factures ou encore dépenses liées aux enfants.
A partir de juillet, plusieurs allocations sociales devraient être progressivement revues à la baisse, une décision qui suscite inquiétude et incompréhension chez de nombreux parents. La CSG Child Allowance, actuellement fixée à Rs 1 667 par enfant, passera à Rs 833 entre juillet 2026 et juin 2027. La School Allowance passera de Rs 1 333 à Rs 667 par mois et par enfant durant cette même période.
Habitante de Pointe-aux-Sables et inscrite sur le Registre social, une mère de famille explique que la réduction annoncée de ces allocations la plonge dans une profonde incertitude financière. Son époux, maçon de profession, ne travaille pas de manière régulière, tandis qu’elle effectue des travaux ménagers afin d’aider la famille à joindre les deux bouts.
Avec un revenu familial d’environ Rs 23 000 par mois, le couple peine déjà à faire face aux nombreuses dépenses du quotidien.
« Quand on fait les courses, qu’on paie l’eau, l’électricité et les dépenses personnelles des enfants, il ne reste presque rien à la fin du mois malgré les économies », confie-t-elle.
Pour cette mère de famille, la CSG Child Allowance et la School Allowance représentent aujourd’hui un soutien indispensable pour maintenir un équilibre financier au sein du foyer.
« Le Child Allowance et le School Allowance sont devenus une véritable bouée de sauvetage. En juillet, l’allocation sera réduite et rien que d’y penser… mo stresser », lâche-t-elle avec inquiétude.
Pour l’économiste Chandan Jankee, la réduction progressive des allocations sociales intervient dans un contexte déjà extrêmement difficile pour une grande partie de la population. Selon lui, entre l’inflation, la hausse du repo rate, l’augmentation des prix des utilités publiques, du carburant et du pain, les Mauriciens font face à une accumulation de mesures qui fragilisent davantage leur pouvoir d’achat.
« Le Mauricien n’a pas eu le temps de souffler qu’il doit déjà faire face à une autre mesure inflationniste qui accentue l’érosion du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, nous nous retrouvons face à un mur et cela a un impact direct sur les salaires », affirme-t-il.
Chandan Jankee estime également que ces allocations constituent aujourd’hui un dernier filet de sécurité pour plusieurs familles. « Les allocations sociales diminuent progressivement jusqu’à leur suppression en 2027, mais il faut comprendre que cet argent représente déjà le dernier espoir de certaines familles en fin de mois », soutient-il. L’économiste estime par ailleurs que le prochain Budget devra impérativement intégrer une dimension sociale plus forte afin de protéger les ménages les plus vulnérables ainsi qu’une classe moyenne qu’il juge de plus en plus fragilisée. « Ce n’est pas le moment pour un budget d’austérité. Il doit se concentrer sur la croissance et soulager la détresse des plus démunis. Si nous continuons dans cette direction, nous risquons de faire face à une véritable crise sociale », prévient-il. Chandan Jankee plaide également pour une réforme fiscale davantage orientée vers la redistribution des richesses. « Il faut mettre en place un système de Share Tax Budget, taxer les milliardaires, cibler les plus riches et redistribuer cet argent à ceux qui se trouvent au bas de l’échelle », ajoute-t-il.
Du côté syndical, les critiques se multiplient déjà concernant la réduction annoncée de ces aides sociales. Pour Reaz Chuttoo, de la CTSP, cette décision prise lors du dernier Budget risque d’avoir de lourdes conséquences sur de nombreuses familles qui dépendent déjà de ces allocations pour subvenir aux besoins de leurs enfants.
Selon le syndicaliste, les récentes augmentations touchant les produits de consommation, les denrées de base ainsi que la hausse du repo rate fragilisent encore davantage les ménages mauriciens.
« C’est un crime social auquel nous assistons dans le pays. La classe moyenne devient de plus en plus pauvre et cela ne semble inquiéter personne », déplore-t-il.
Reaz Chuttoo estime également qu’il ne fallait pas toucher à l’État providence dans le contexte économique actuel.
« De nombreux travailleurs risquent de se retrouver à bout. L’écart entre les riches et les pauvres va encore se creuser. Il faut se ressaisir et venir avec de véritables mesures sociales. L’heure n’est pas à l’austérité », affirme-t-il.
Alors que le gouvernement devra prochainement préciser les modalités entourant cette réduction progressive des allocations, plusieurs familles redoutent déjà les conséquences que cette mesure pourrait avoir sur leur budget mensuel.
Lors de la Private Notice Question (PNQ) hie, autour de la hausse de 25 points de base du taux directeur décidée par la Banque de Maurice, la question des allocations issues de la Contribution sociale généralisée (CSG) a également été abordée.
Le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, a demandé au Premier ministre, Navin Ramgoolam, si le gouvernement comptait revoir sa décision concernant la suppression graduelle de certaines allocations sociales.
Le député de l’opposition voulait notamment savoir si l’exécutif envisageait de maintenir, de réintroduire ou d’adapter ces aides pour les ménages qui ne figurent pas sur le registre social mauricien.
En réponse, le Premier ministre a indiqué qu’aucun changement n’était actuellement envisagé concernant cette mesure. « The answer is no », a-t-il déclaré.