Alliance PTr-MMM : Bérenger et les Mauves sur le départ, BP décisif ce lundi
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Ce sera un lundi capital pour l’alliance du Changement avec un possible départ du MMM du gouvernement durant l’après-midi. Du côté de la direction du Parti travailliste, l’on mise beaucoup sur une éventuelle rencontre entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, alors que chez les Mauves, l’on ne laisse guère de place pour l’espoir. Le point complet sur la situation.
L’avenir de l’alliance entre le Parti travailliste (PTr) et le Mouvement militant mauricien (MMM) se joue ce lundi. Pour l’heure, les choses demeurent incertaines à la veille de la reprise des travaux parlementaires, mardi, après trois mois de suspension. Dans les milieux proches de la direction du MMM, l’on évoque ouvertement la possibilité, non pas d’un départ de Paul Bérenger seulement, mais du parti mauve du gouvernement. La décision pourrait être prise lors de la réunion du bureau politique (BP) à rue Ambrose, Rose-Hill, ce lundi à 16 h 30.
Selon des sources proches de la direction mauve, un tête-à-tête aurait été proposé par le Premier ministre Navin Ramgoolam avec son adjoint. Toutefois, cette réunion n’était toujours pas confirmée dimanche après-midi. « Ce n’est pas sûr qu’elle ait lieu », dit une source.
Le MMM dispose d’une représentation importante au sein de l’Exécutif. Huit de ses membres occupent des postes ministériels.»
Une réunion du groupe parlementaire de la majorité gouvernementale est aussi prévue lundi à 15 heures, comme à chaque veille d’une séance parlementaire. Mais là encore, la participation du MMM reste incertaine. « Le mood n’est pas très enthousiaste », indique cette même source fiable.
Selon les informations, c’est lors de la réunion du BP que la formation prendra une décision sur son avenir au gouvernement. « On ne partira pas avant le BP », confie-t-on dans l’entourage de Paul Bérenger. Le président du MMM, Reza Uteem, n’est pas à Maurice et ne participera pas à la réunion de ce lundi. « Demain, nous verrons si nous allons nous asseoir dans le back-bench ou si nous allons quitter le gouvernement », indique la même source, en ajoutant que la décision finale reviendra au BP. « Nous verrons si nous nous rendrons au Parlement mardi », poursuit la source.
Une conférence de presse est prévue, mercredi, « pour expliquer la décision que nous aurons prise lundi », explique-t-on. Le comité central (CC) du MMM devrait, lui, se réunir, vendredi ou samedi, en fonction de la fête Eid. « Il est fort possible que le MMM quitte le gouvernement », affirme encore la source.
Ces tensions politiques contrastent toutefois avec l’apparente cordialité observée récemment entre les deux principaux dirigeants de l’alliance gouvernementale. Lors de la visite officielle du Président des Seychelles, Patrick Herminie, les deux hommes avaient affiché un langage corporel jugé positif lors des cérémonies organisées à l’occasion des célébrations de l’Indépendance. Cette attitude s’explique par un accord tacite entre les deux dirigeants de ne pas évoquer leurs différends durant les célébrations officielles.
Un des points de friction les plus récents concerne le portefeuille des Finances. Ce ministère stratégique est détenu par le Premier ministre lui-même.»
Au sein du MMM, la question d’un éventuel départ du gouvernement ne fait pas l’unanimité.
Plusieurs cadres du parti restent divisés sur l’opportunité de rompre avec l’alliance. Perdre leurs privilèges de ministres pour s’asseoir comme simples députés n’enchante guère certains. D’autres soutiennent que le seul moyen de faire avancer les choses dans l’intérêt du pays est de rester au pouvoir. D’autres encore comprennent « la lassitude » de leur leader devant un Premier ministre qui n’avance pas de manière satisfaisante aux yeux de Paul Bérenger sur des dossiers importants.
Le MMM dispose d’une représentation importante au sein de l’Exécutif. Huit de ses membres occupent des postes ministériels : Paul Bérenger, Reza Uteem, Ajay Gunness, Jyoti Jeetun, Arianne Navarre-Marie, Deven Nagalingum, Rajesh Bhagwan et Aadil Ameer Meea. Au niveau de la direction, l’on est quasiment certain que trois ministres resteront au gouvernement en cas de cassure. Le parti compte également trois Junior Ministers : Joanna Bérenger, Fawzi Allymun et Karen Foo Kune.
Du côté du Parti travailliste, les discussions se poursuivent également en interne. Parmi les proches collaborateurs du PM, certains évoquent avec insistance la possibilité d’un remaniement ministériel dans l’espoir de faire Paul Bérenger rester.
Toutefois, au sein même du Cabinet, certains ministres travaillistes se montrent réservés face à l’hypothèse d’un départ du MMM du gouvernement. Selon plusieurs sources, certains estiment que la présence du leader du MMM au poste de Premier ministre adjoint joue un rôle stabilisateur dans le fonctionnement du gouvernement.
Un ministre confie ainsi que Paul Bérenger est « un acteur essentiel au sein de l’Exécutif ». « Il nous permet de rester focalisés ». Selon ce membre du Cabinet, sa participation aux réunions du Conseil des ministres est « active et influente ».
« Il y participe activement et donne le ton de temps à autre. Avec son expérience et sa maîtrise de certains sujets, il voit ce que nous, nous ne voyons pas », ajoute-t-il. Bien sûr en cas de départ du MMM, un remaniement ministériel s’imposera de facto.
Dans les milieux proches de Navin Ramgoolam, l’on laisse entendre que pour savoir ce qu’il pense vraiment de la situation, il faut revenir à son discours à la nation du 12-Mars. « Ce n’est pas le moment de nous diviser. Au contraire, nous devons nous serrer les coudes et défendre notre pays ensemble (…) Pour réussir, nous ne devons pas nous tromper sur nos priorités », avait déclaré le PM.
Les tensions entre les deux principales figures de l’alliance remontent à plusieurs mois et portent sur plusieurs dossiers sensibles.
Un des points de friction les plus récents concerne le portefeuille des Finances. Ce ministère stratégique est détenu par le Premier ministre lui-même. Des discussions ont eu lieu en janvier 2026 autour de ce portefeuille, sans qu’aucune entente ne soit trouvée. Paul Bérenger est d’avis que vu l’importance de l’économie, un ministre des Finances à part entière est nécessaire afin de se concentrer 24/7 sur le dossier. Les récents développements - guerre au Moyen-Orient et manque à gagner de Rs 10 Md concernant le dossier Chagos - n’ont fait que renforcer ce sentiment.
D’autres désaccords ont émergé autour de certaines nominations au sein de l’administration, notamment à des postes clés comme celui de Commissaire de police ou de Commissaire des prisons. Des critiques ont également été formulées concernant le mode de gouvernance et certaines décisions jugées unilatérales au sein de l’alliance. Certains désaccords ont été exprimés publiquement par Paul Bérenger. La question de l’influence et actions « néfastes » d’un groupe proche du Premier ministre, parfois qualifié de « gang des cinq » par la direction du MMM, est aussi évoquée comme source de friction. Ces divergences ont déjà conduit à deux épisodes de quasi-rupture (novembre et janvier). Des rencontres entre les deux dirigeants avaient alors permis d’éviter une cassure in extremis.