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Alliance gouvernementale sous tension : plusieurs parlementaires mauves veulent imposer le statu quo

Par Patrick Hilbert
Publié le: 18 mars 2026 à 12:13
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Rajesh Bhagwan, Paul Bérenger et Reza Uteem lors d’une conférence de presse en janvier.
Rajesh Bhagwan, Paul Bérenger et Reza Uteem lors d’une conférence de presse en janvier.

Journée cruciale pour le MMM. Profondément divisé en deux : d’une part la ligne Bérenger qui souhaite un départ du gouvernement, et d’autre part celle composée par la majorité des parlementaires qui veulent son maintien. Au comité central de ce mercredi après-midi, c’est la présence même du leader historique, Paul Bérenger, au sein du parti qui pourrait se jouer. En coulisses, l’on évoque la possibilité de la création d’une nouvelle formation politique.

Se dirige-t-on vers une nouvelle grande cassure au Mouvement militant mauricien (MMM), à l’image de celles de 1983, 1993 ou encore 1997 ? Le parti aborde une séquence politique cruciale ce mercredi après-midi, à 15h30, avec la tenue de son comité central à l’hôtel Hennessy Park, à Ébène.

Cette réunion, présentée comme décisive, doit permettre aux instances du parti d’entendre les arguments de son leader, Paul Bérenger, sur les raisons qui, selon lui, rendent intenable le maintien du MMM au sein du gouvernement et au Parlement. En toile de fond, une contestation interne de plus en plus visible, portée par une majorité de parlementaires du parti, qui entendent peser sur la ligne politique.

À ce stade, Paul Bérenger demeure Premier ministre adjoint et ne devrait pas soumettre sa démission avant la tenue de ce comité central, même si sa décision semble prise. Toutefois, l’issue de cette réunion pourrait accélérer les événements. Dans les cercles proches du leader mauve, on affirme que les membres du comité central disposeront pour la première fois d’un volume d’informations inédit sur les enjeux évoqués. Il est également indiqué que les débats pourraient être élargis, ouvrant la voie à des échanges plus approfondis, voire à des prises de position formelles.

Un signal de défiance au Parlement

La journée de mardi a constitué un tournant dans la dynamique interne du parti. En l’absence de Paul Bérenger à l’Assemblée nationale, treize des dix-huit élus du MMM étaient présents dans l’hémicycle. Cette mobilisation est interprétée — et a voulu être interprétée par les principaux concernés — comme un signal de défiance clair à l’égard de la ligne défendue par leur leader.

D’ailleurs, lundi au bureau politique, parmi ces treize parlementaires, une majorité s’est exprimée en faveur du maintien du MMM au sein du gouvernement. Les absents au Parlement étaient Paul Bérenger lui-même, Joanna Bérenger, Chetan Baboolall, ainsi que Reza Uteem et Veda Baloomoody, ces deux derniers se trouvant actuellement à l’étranger.

Selon des sources proches du groupe parlementaire, des consultations sont en cours entre les élus qui veulent le maintien du MMM au gouvernement afin de définir une stratégie commune en vue du comité central. L’option d’une motion de blâme contre le leader n’est pas privilégiée à ce stade. En revanche, l’hypothèse d’un vote formel sur le maintien ou non du parti au gouvernement est évoquée. Si le comité central vote en faveur du statu quo, son leader Paul Bérenger sera de facto mis en minorité. Sa position risque alors d’être intenable.

« Avec un vote clair, nous pouvons revendiquer le nom, le cœur et la couleur », confie une source, soulignant que la légitimité de la ligne politique doit, selon eux, émaner des instances du parti plutôt que de la seule direction. Dans cette logique, un vote favorable au maintien légitimerait les élus à continuer à siéger au gouvernement au nom du MMM, indépendamment des décisions personnelles de leur leaderCette position repose sur une lecture institutionnelle du fonctionnement du MMM : la ligne politique serait définie collectivement et non unilatéralement. Les parlementaires favorables au statu quo estiment ainsi que leur participation au gouvernement s’inscrit dans le cadre de l’alliance au pouvoir et qu’elle demeure légitime tant qu’aucune décision formelle du parti ne vient y mettre un terme.

La ligne du parti au cœur des tensions

Cette approche entre en collision avec la stratégie de Paul Bérenger, qui, lors du bureau politique de lundi, a exposé les raisons pour lesquelles il considère que le MMM ne peut plus rester au sein de l’exécutif. Parmi les éléments avancés figurent des préoccupations liées à la situation économique du pays. Le leader mauve estime notamment que la gestion des finances publiques nécessiterait la présence d’un ministre des Finances à plein temps.

Il a également évoqué une aggravation de la corruption, des interrogations sur certaines nominations au sein d’institutions publiques, ainsi que des dossiers sensibles tels que celui d’Air Mauritius. Un projet lié au gaz naturel liquéfié, soutenu par le Qatar pour répondre aux besoins énergétiques du Central Electricity Board (CEB), a aussi été mentionné parmi les sujets de préoccupation.

Vers la création d’un nouveau parti politique ?

Au-delà du débat immédiat sur le maintien ou non au gouvernement, des scénarios plus profonds de recomposition politique sont évoqués. Dans l’entourage de Paul Bérenger, il est indiqué qu’une option envisagée serait son départ du MMM, accompagné de la création d’un nouveau groupe politique.

Selon ces sources, le leader aurait déjà exprimé, lors du bureau politique, la possibilité de lancer un appel aux « forces progressistes » du pays en vue de constituer une nouvelle formation politique pour les élections générales de 2029.


Rajesh Bhagwan : « Ma présence au Parlement en l’absence de Bérenger explique tout »

Le secrétaire général du Mouvement militant mauricien (MMM), Rajesh Bhagwan, affirme qu’il se conformera aux décisions des instances du parti. Dans une déclaration accordée au Défi Media Group, mardi soir, il rappelle son attachement à la discipline interne : « J’ai toujours choisi les instances du parti et le comité central prendra la décision qu’il doit prendre. » Il insiste sur le rôle central de cette instance dans l’orientation politique du parti.

Rajesh Bhagwan avance également que la base militante dans sa circonscription, le n°20 (Beau-Bassin/Petite Rivière), serait majoritairement favorable à une poursuite de la participation gouvernementale. « J’ai beaucoup sondé les militants de la circonscription, et ceux-ci, dans leur grande majorité, souhaitent que le MMM reste au gouvernement », déclare-t-il, ajoutant que « ma présence au Parlement en l’absence de Paul Bérenger explique tout ».

Le ministre souligne qu’il s’alignera sur la décision finale : « Je vais me ranger du côté des décisions prises dans le comité central. » Il met en avant sa fidélité aux militants : « Si je suis arrivé où je suis, c’est grâce aux militants. » Enfin, il affirme que ce qui est central dans son action, y compris en tant que ministre, « est le bien du pays et les militants ».
 

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