Mise à jour: 10 janvier 2026 à 16:00

Alliance gouvernementale : le ministère des Finances au centre d’une proposition mauve

Par Patrick Hilbert
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Rajesh Bhagwan et Reza Uteem aux côtés de Paul Bérenger vendredi après la réuniRajesh Bhagwan et Reza Uteem aux côtés de Paul Bérenger vendredi après la réunion du bureau politique mauve.on du bureau politique mauve.
Rajesh Bhagwan et Reza Uteem aux côtés de Paul Bérenger vendredi après la réunion du bureau politique mauve.

La situation politique au sommet de l’État a une nouvelle fois atteint un niveau « très sérieux », après l’accalmie qui a suivi la crise de novembre dernier durant laquelle Paul Bérenger avait failli démissionner de son poste de Premier ministre adjoint.

Si vendredi des spéculations ont circulé à l’issue du conseil des ministres, laissant entendre que Paul Bérenger, Premier ministre adjoint et leader du MMM, aurait annoncé qu’il s’agissait de son dernier conseil des ministres, les choses sont plus nuancées. Car, selon les informations disponibles, cela n’aurait pas été son propos, même si la question de la durée de sa présence au sein du Cabinet reste en suspens.

Rencontres entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger

La présence de Paul Bérenger au sein de l’exécutif, et par extension celle du MMM, demeure donc en jeu, même si aucune décision n’a été arrêtée à ce stade. Les discussions se poursuivent dans un climat qualifié de délicat, marqué par des consultations politiques internes et des échanges au plus haut niveau de l’État. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et Paul Bérenger se sont ainsi rencontrés mercredi et jeudi afin d’aborder plusieurs dossiers importants dans ce contexte précis.

Il revient que lors de ces échanges, Paul Bérenger a formulé une proposition concrète visant à assurer la bonne marche des affaires gouvernementales. Le contenu exact de cette proposition n’a pas été rendu public. Du côté de la direction mauve, la posture adoptée est maintenant celle de l’attente de la réponse du Premier ministre, dans l’optique d’évaluer les suites à donner.

C’est dans ce climat que la première réunion du bureau politique du MMM de 2026 s’est tenue vendredi en fin d’après-midi à la rue Ambrose, à Rose-Hill. Lors de cette rencontre, Paul Bérenger n’a pas dévoilé les détails de la proposition soumise au Premier ministre. Il a toutefois indiqué qu’elle serait liée au ministère des Finances, un portefeuille actuellement assumé par Navin Ramgoolam lui-même.

À ce sujet, Paul Bérenger a tenu à souligner que le Premier ministre avait pris la responsabilité des Finances « avec beaucoup de courage » dans une période particulièrement difficile et qu’il avait porté un Budget qualifié de difficile.

Néanmoins, de l’avis du Premier ministre adjoint et leader du MMM, le moment serait désormais venu pour que le pays dispose d’un ministre des Finances « full-fledged », c’est-à-dire pleinement dédié à ce portefeuille, afin de permettre à Navin Ramgoolam de se concentrer sur d’autres dossiers tout aussi importants pour le pays. Paul Bérenger aurait cependant pris soin de préciser qu’il n’avait posé aucun ultimatum dans le cadre de cette proposition.

Une certaine attente entourait la réunion du conseil des ministres de vendredi, certains y voyant un moment décisif susceptible d’apporter des clarifications à la suite de la proposition évoquée. Selon les éléments disponibles, cette réunion « n’a pas changé grand-chose » à la situation actuelle, confirmant ainsi que le dossier reste ouvert et en suspens.

À l’issue de la réunion du bureau politique, Paul Bérenger s’est exprimé brièvement devant la presse. « Aujourd’hui c’était un bureau politique spécial avant le comité central du parti qui aura lieu samedi. Un bureau politique normal aura lieu lundi. On va voir où on en arrive lundi », a-t-il déclaré.

Interrogé sur l’état de l’entente au sein de l’alliance gouvernementale, Paul Bérenger s’est montré particulièrement réservé. « Je ne vais pas donner de déclaration. Dans mon discours de fin d’année, j’ai souligné certains points. Certains n’ont pas fait attention à ce que j’ai dit, mais j’étais sérieux dans ce que je disais. On était à un stade où ce serait une année décisive pour le pays et le MMM. J’ai repris ces points avec le Premier ministre hier et avant-hier », a-t-il indiqué, sans entrer dans davantage de détails.

À la question directe de savoir si tout allait bien au sein de l’alliance gouvernementale, Paul Bérenger a répondu avec un sourire : « Esey enn lot fwa », esquivant ainsi toute confirmation ou infirmation claire, mais renforçant le sentiment d’une situation politiquement sensible.

Trois tests

Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité du message de fin d’année que Paul Bérenger avait adressé aux militants du MMM le 26 décembre dernier. À cette occasion, le leader des Mauves avait dressé un bilan nuancé de l’année écoulée, reconnaissant plusieurs avancées positives tout en soulignant les limites et les retards accumulés. « On a fait la corruption reculer, pas partout, mais on l’a fait reculer, et on a commencé à attaquer la drogue », avait-il déclaré, tout en admettant que l’année 2025 avait été marquée par des moments difficiles, tant au sein de l’alliance du changement qu’au sein du parti lui-même.

Paul Bérenger avait alors qualifié 2025 d’« année de transition », estimant que 2026 serait « une année décisive pour le pays et pour le parti ». Dans ce cadre, il avait identifié « trois tests » majeurs auxquels le gouvernement et le MMM seraient confrontés. Le premier concernait Air Mauritius, dossier sur lequel, selon lui, « on a perdu beaucoup trop de temps ». Le deuxième portait sur la lutte contre la drogue, incluant la gestion de la police, de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) et des prisons. Enfin, le troisième test évoqué concernait l’Economic Development Board (EDB).

Ces éléments de contexte permettent de mieux comprendre la portée des discussions actuelles et la prudence affichée par les dirigeants du MMM ainsi qu’au sein du Parti travailliste.

Les consultations se poursuivent tant au niveau des instances du parti que dans le cadre des échanges entre Paul Bérenger et le Premier ministre. Les prochains jours devraient permettre de clarifier la position du MMM et d’évaluer les conséquences politiques de la proposition évoquée.

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