Alliance gouvernementale en crise - Motee Ramdass : «Une cassure est inévitable si rien ne change»
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Le Défi Quotidien
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Quatorze mois après la victoire historique de l’Alliance du changement, les tensions au sein du gouvernement suscitent l’inquiétude. Les récentes déclarations de Paul Bérenger sur l’existence d’un « gang » autour du Premier ministre ont alimenté le débat sur la pérennité de la coalition.
La victoire écrasante de 60-0 lors des élections de 2024 avait suscité un immense espoir de renouveau. Pourtant, quatorze mois plus tard, un sentiment de déception gagne la population mauricienne. C’est le constat qui s’est dégagé de l’émission « Au Cœur de l’Info », animée par Murvind Beetun, où Motee Ramdass, membre du MMM, l’avocat Neelkanth Dulloo et l’observateur Bernard Saminaden ont analysé la situation politique actuelle, marquée par les critiques publiques du Premier ministre adjoint Paul Bérenger.
Bernard Saminaden a dressé un tableau sans concession : « Il y a une déception de la population après que le gouvernement a eu une victoire de 60-0 en 2024 et où le mauricianisme a aussi triomphé. Mais là, on note qu’il y a des choses qui bloquent. Le Mauricien n’est pas bête et remarque qu’il y a des choses qui sont bloquées ». L’observateur a souligné le paradoxe d’un gouvernement qui « demande à la population de faire des sacrifices mais ne montre pas l’exemple ».
Motee Ramdass a partagé cette analyse : « Je ne vois pas les choses en termes de partis politiques et de conflit entre le PTr ou le MMM. C’est le système qu’il faut prendre en considération. Le système n’est pas bon car il y avait beaucoup de corruption et de népotisme ». Il a constaté avec amertume que « 14 mois après, on est encore dans le même système ».
Me Neelkanth Dulloo a confirmé : « Dimounn inn plin. Ils demandent un changement de système. Sur le terrain, les gens ne sont pas satisfaits de la situation actuelle et de la performance du gouvernement. »
Les déclarations de Paul Bérenger sur l’existence d’un « gang » dans l’entourage du Premier ministre ont marqué les esprits. Bernard Saminaden a souligné : « C’est inédit aux yeux du public que Paul Bérenger critique le gouvernement tout en conservant son poste ». Le Premier ministre adjoint « reflète ce que les investisseurs vivent et constatent, à savoir qu’il y a un problème et qu’ils souhaitent que les choses avancent ». L’observateur a précisé que « le secteur privé et les investisseurs privés et étrangers menacent d’aller investir ailleurs si les choses n’avancent pas à Maurice et que les dossiers restent bloqués ». Il a noté que « certains sabotent le système et qu’il existe un soupçon de corruption exprimé dans la place publique ».
Neelkanth Dulloo a reconnu la problématique : « Oui, mais je ne vais pas dire ‘gang’. Il y a beaucoup de ‘collaborateurs’ autour du PM. Mais à quel niveau il y a collaboration pour dire qu’il y a un ‘gang’ ? Si ce gang existe, c’est au PM d’en prendre note et d’agir ». Pour lui, ce sont des accusations très graves, mais il ne remet pas en question les propos de Paul Bérenger, qui doit savoir de quoi il parle. Motee Ramdass a pris ces accusations au sérieux : « Les paroles de Paul Bérenger ne sont pas sans preuves et ne sont pas à prendre à la légère ». Il a fait « appel au PM pour prendre les mesures afin de savoir qui fait quoi » et a demandé au Premier ministre adjoint « de clarifier les choses par respect pour la population ».
Au cœur du débat, la demande d’un ministre des Finances à plein temps a été abordée. Motee Ramdass a soutenu cette position : « Le PM Navin Ramgoolam, lors du message du Nouvel An, a dit que la priorité du gouvernement sera l’économie en 2026. Pour remettre les choses sur les rails, il faut un ministre des Finances à plein temps. S’il y a des dossiers qui sont bloqués, c’est peut-être parce que le PM, qui a aussi le portefeuille des Finances, est très occupé. »
Il a insisté : « Il faut un ministre des Finances à plein temps car l’économie va mal. Si rien n’est fait, cela aura un impact sur la population ». Toutefois, cette demande ne constitue pas « une critique personnelle envers Navin Ramgoolam ».
Bernard Saminaden a contextualisé : « Paul Bérenger veut que les choses avancent vite en raison de la situation géopolitique au niveau mondial. Les accords entre l’Angleterre et Maurice par rapport à Diego Garcia sont bloqués. L’économie va vite et chaque jour d’hésitation peut aggraver la situation ».
Neelkanth Dulloo a proposé une solution : « Le PM, s’il veut garder le portefeuille des Finances, peut retirer certaines de ses responsabilités et les donner à Paul Bérenger. Le DPM peut prendre le ministère de la Défense et des îles, et le PM peut garder les Finances ».
La question d’une éventuelle rupture a préoccupé tous les intervenants. Motee Ramdass s’est montré inquiet : « Comment peut-on dire certaines choses lors d’une conférence de presse pour dénoncer une situation qui aurait dû se régler en interne ? Un comité collégial aurait pu éviter cette situation ».
Il a rappelé l’historique : « L’Histoire a démontré que Paul a été dans plusieurs gouvernements et que, dans la plupart des cas où il y a été, il y a eu cassure, sauf en 2005 ». Et d’avertir : « C’est inévitable qu’il y aura cassure si les choses ne changent pas comme Paul Bérenger le veut et que ses critiques ne sont pas prises en considération. Au Comité central du MMM, il peut y avoir un vote autour de cette décision, éventuellement ».
Toutefois, il a nuancé : « S’il y a cassure, cela va laisser des plumes. De tout cœur, je souhaite pour le pays qu’il n’y ait pas de cassure ».
Bernard Saminaden s’est voulu rassurant : « Les données ont changé et il y a un nouveau schéma au sein du MMM. Personne ne veut une cassure et nombreux sont ceux qui, après avoir été longtemps dans l’opposition, ne souhaitent pas y retourner ». Paul Bérenger « ne va pas partir car il attend la réforme électorale. Navin Ramgoolam lui a promis cela ».
Neelkanth Dulloo a partagé cet optimisme : « Ceux qui croient que le gouvernement va vers la rupture se trompent. Navin Ramgoolam est un homme d’État qui a l’amour de la patrie, qui laisse Paul Bérenger parler, écoute ses doléances et tente de trouver des solutions. Si les choses n’avancent pas, le peuple va agir différemment aux prochaines élections. Le peuple ne veut pas de cassure. »
Les intervenants ont proposé plusieurs pistes. Neelkanth Dulloo a plaidé pour un remaniement : « La solution, c’est que tout soit mis en œuvre pour trouver des solutions et qu’il y ait un remaniement ministériel. Le portefeuille de Rodrigues, des TIC et de l’Intérieur pourraient aller à Paul Bérenger ».
Bernard Saminaden a révélé que « le PM a dit qu’il va convoquer les ministres pour un bilan » et a estimé « qu’il va proposer un remaniement ». Il a insisté : « C’est grave quand Paul dit qu’il y a un soupçon de corruption. Il faut faire une enquête pour savoir de quoi il s’agit exactement ».
L’observateur a proposé des mesures de transparence : « Il faut que tous les nominés politiques soient obligés de déclarer leurs avoirs. C’est un mécanisme qui a marché ». Il a rappelé que « le MSM a été balayé à cause de la corruption et des abus, mais les choses semblent ne pas avoir changé jusqu’à présent alors que cela fait 14 mois que ce gouvernement est au pouvoir ».
Motee Ramdass a insisté : « C’est le système qu’il faut revoir pour lutter contre la corruption et le népotisme. Les relations entre Navin et Paul se fragilisent peut-être, mais je suis sûr que Navin Ramgoolam va agir pour résoudre le problème et démanteler ce gang, car les deux savent qu’ils doivent agir dans l’intérêt national ».
Tous les intervenants se sont accordés : la réforme électorale constitue le facteur clé du maintien de l’alliance. Bernard Saminaden a été catégorique : « Je ne crois pas qu’il y aura cassure entre les deux partenaires car la réforme électorale est un objectif commun aux deux partenaires ».
Motee Ramdass a confirmé : « Ce qui retient Paul Bérenger dans le gouvernement, c’est la réforme électorale. Il lutte pour une île Maurice prospère ».
Neelkanth Dulloo a soutenu que la relation entre les deux hommes n’est pas fragilisée. Selon lui, la relation reste fraternelle et les décisions vont se prendre au sommet de l’État. « Ceux qui pensent que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ne vont pas continuer à travailler ensemble doivent voir ailleurs », a-t-il fait comprendre.
Bernard Saminaden a lancé un dernier appel : « Il ne faut pas que le mauricianisme soit mis en péril. Il ne faut pas casser cette dynamique, car le développement doit continuer. Le peuple leur a donné une chance en or, voire en diamant, pour permettre cela ».