Alliance du Changement - Départ du gouvernement : le MMM divisé, Bérenger temporise
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
L’idée d’un départ de Paul Bérenger et du Mouvement militant mauricien (MMM) du gouvernement ne fait pas l’unanimité au sein du parti. Réuni lundi à la rue Ambrose, Rose-Hill, pour un bureau politique (BP) particulièrement dense, le MMM n’est pas parvenu à dégager un consensus clair autour de la proposition de son leader de rompre avec la majorité gouvernementale.
Selon plusieurs participants à la réunion, les débats ont été intenses et ont mis en évidence des divisions au sein de la direction du parti. Si Paul Bérenger a longuement exposé les raisons qui, selon lui, rendent difficile son maintien et celui du MMM au sein du gouvernement, une partie des parlementaires présents s’est plutôt prononcée en faveur du statu quo.
Dans ce contexte, aucune décision définitive n’a été prise. Initialement envisagée, la démission de Paul Bérenger dès ce mardi matin ne pourrait finalement pas intervenir. Le leader du MMM devrait attendre la réunion du comité central prévue mercredi avant toute décision.
Lors de la réunion du BP, plusieurs cadres du parti ont pris la parole pour réagir aux arguments avancés par Paul Bérenger. Un participant à la réunion décrit un leader déterminé mais posé dans son exposé. « On a eu un Paul Bérenger calme qui a expliqué les raisons pour lesquelles il estime ne plus pouvoir continuer », affirme cette source.
Malgré ces explications, des parlementaires ont plaidé pour que le parti reste au gouvernement. Certains ont même lancé un appel direct au leader du MMM pour qu’il reconsidère son intention de quitter la majorité. « Plusieurs personnes ont lancé un appel pour qu’il revienne sur sa décision. Kifer li bizin al a la prezidans demin pou donn so demision ? »
Paul Bérenger aurait alors invité les membres du BP à réfléchir aux éléments qu’il a exposés. « Il a demandé de cogiter sur ce qu’il a dit. Et certains lui ont dit attendre jusqu’à mercredi. »
Au cours de la réunion, plusieurs membres du BP, dont des ministres (le MMM en compte huit ainsi que trois Junior Ministers) ont exprimé leur préférence pour le maintien du MMM dans la coalition gouvernementale. D’autres ont dit comprendre les arguments du leader et, que dans ces circonstances, il faudrait lui rester loyal. Un des arguments mis en avant par certains qui sont favorables au maintien est que les militants ont passé 20 ans dans l’opposition.
Paul Bérenger a détaillé plusieurs points de désaccord majeurs avec la gestion actuelle du gouvernement. Des points qu’il a aussi soulevés avec le Premier ministre, sans succès probant jusqu’ici. Il a notamment évoqué la situation économique qu’il juge particulièrement préoccupante. Cela notamment parce qu’il manquerait environ Rs 10 milliards pour boucler le Budget 2026-2027. Ce manque à gagner est lié au fait que le dossier de l’accord avec le Royaume-Uni concernant les Chagos n’a pas encore abouti. La situation internationale contribue également, selon lui, à compliquer davantage le contexte économique, notamment avec la guerre au Moyen-Orient.
Face à ces défis, Paul Bérenger estime qu’il faudrait un ministre des Finances à plein temps afin de se consacrer exclusivement aux questions économiques. Il revient qu’il aurait également suggéré à Navin Ramgoolam de reprendre un dispositif déjà mis en place l’année précédente, avec un comité interministériel présidé par le Premier ministre et comprenant le Premier ministre adjoint ainsi qu’une dizaine de ministres chargés de travailler spécifiquement sur le Budget.
Le leader du MMM a aussi évoqué, devant le BP, la question de la corruption, qu’il estime de plus en plus étendue. Un troisième point de désaccord concerne plusieurs nominations au sein d’institutions publiques. Paul Bérenger aurait notamment cité le cas de la Mauritius Revenue Authority.
Enfin, il a soulevé le dossier d’Air Mauritius ainsi que celui d’une compagnie du Qatar pouvant soutenir Maurice dans le développement du gaz naturel liquéfié. Selon lui, ce projet aurait pu contribuer à résoudre les problèmes de production d’électricité, mais il n’aurait pas connu d’avancée significative jusqu’ici.
Plus tôt dans la journée de lundi, vers 11 h 30, Paul Bérenger avait rencontré le Premier ministre, Navin Ramgoolam, au Bâtiment du Trésor. Selon les informations disponibles, cette rencontre n’a pas permis de débloquer la situation ni de rapprocher les positions. Plus tard dans l’après-midi, une réunion du comité parlementaire s’est tenue au même endroit afin de préparer la rentrée parlementaire de ce mardi.
L’atmosphère y a été décrite comme cordiale, mais les discussions ont été limitées. « L’ambiance était cordiale, mais avec extrêmement peu, pour ne pas dire pas de discussions », indique une source.
Dans l’immédiat, Paul Bérenger ne devrait pas se rendre au Parlement mardi. Le leader du MMM devrait plutôt consacrer les prochains jours à consulter davantage les instances du parti. Mercredi, il compte présenter la situation de manière complète au comité central. Cette réunion pourrait permettre d’éclaircir la position du parti, ainsi que la sienne.
Une Assemblée des délégués pourrait également être convoquée afin de trancher la question de manière plus large.
Contacté lundi soir, le Premier ministre Navin Ramgoolam a déclaré : « Nous nous sommes rencontrés et nous n’avons pas pu tomber d’accord sur certains points. Parce que nous n’avons pas pu tomber d’accord sur ces points, il partira. » Il n’a pas souhaité donner davantage de détails. Le chef du gouvernement a toutefois précisé que les relations entre les deux hommes restent bonnes.
« À l’heure où l’on parle, il n’y a strictement plus d’alliance avec le MMM. Le point clé, désormais, c’est de savoir si Paul Bérenger partira seul ou entraînera avec lui un certain nombre de personnes. Même s’il a raison sur le fond, il n’est pas possible qu’un Premier ministre adjoint soit le principal critique du gouvernement. Toute la question porte maintenant sur l’avenir du MMM. »
« En quoi cette rupture aidera-t-elle réellement la situation ? Quelle différence cela fera-t-il sur le plan politique si Paul Bérenger retourne sur le back bench, alors qu’en tant que Premier ministre adjoint, il pouvait encore influencer les décisions ? Et dans le contexte actuel, avec une situation aussi difficile au Moyen-Orient, n’aurait-il pas fallu rester ? »
« Paul Bérenger met aujourd’hui en action ce qu’il annonce depuis un certain temps. C’est une stratégie de rupture, dans un contexte où, selon lui, rien ne bouge. Mais quand un gouvernement devient impopulaire, il devient difficile de refaire un parti en restant au pouvoir. La solution pourrait alors passer par une reconstitution du MMM dans l’opposition, avec à sa tête un successeur potentiel. »