Allégations de trafic humain - une Marocaine : «Je suis une survivante»

Par Reshad Toorab
Publié le: 15 mars 2026 à 19:00
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La Marocaine dit ne pas avoir accès à son fils depuis deux ans.

Dans une déposition au poste de police de Rose-Belle le 19 février 2026, une Marocaine a dénoncé son ex-mari pour trafic humain. L’enquête a été transmise au CCID. L’homme mis en cause nie catégoriquement l’ensemble des allégations.

Elle dit être arrivée à Maurice en 2010, à 23 ans, convaincue de commencer une nouvelle vie. Quinze ans plus tard, elle dépose une plainte au poste de police de Rose-Belle pour trafic humain visant son ex-mari, un commerçant mauricien, réclamant justice. Et, surtout, le droit de revoir son fils, qu’elle affirme ne plus avoir vu depuis deux ans. 

« Aujourd’hui, je suis une mère qui ne se taira plus. Je ne suis pas une fugitive ; je suis une survivante », déclare-t-elle dans sa déposition. L’ex-mari nie catégoriquement ces allégations.

Son histoire, telle qu’elle l’a consignée dans sa déclaration du 19 février 2026, est celle d’une femme qui affirme avoir été piégée pendant plus d’une décennie dans une succession de mariages religieux et civils qu’elle dit avoir été contrainte de contracter. Tout commence en 2010, lors d’une cérémonie de mariage au Maroc. C’est là, selon elle, qu’elle fait la connaissance du commerçant mauricien propriétaire d’une entreprise. Quelques jours suffisent pour qu’il lui propose un Nikah, un mariage religieux islamique. Il lui affirme, dit-elle, être divorcé. Convaincue, elle accepte et décide de le suivre à Maurice.

Le 21 octobre 2010, elle pose ses valises sur l’île. Selon ses dires, le Nikah est célébré le jour même, à la résidence du commerçant, en présence de témoins dont un de ses employés. Un mois plus tard, le 18 novembre 2010, le couple se rend à l’état civil de Port-Louis. Elle signe les documents présentés, sans en comprendre le contenu, affirme-t-elle, ne maîtrisant ni l’anglais ni le français et ne sachant écrire qu’en arabe.

Deux ans passent. En 2012, en montrant son certificat de mariage à un employeur, la plaignante reçoit une révélation qui la plonge, selon elle, dans l’incompréhension et la colère : les documents officiels ne la marient pas au commerçant, mais à l’un des témoins présents lors du Nikah, un employé de ce dernier. Une semaine après cette découverte, elle dit avoir confronté son compagnon. La relation, affirme-t-elle, se détériore rapidement, marquée par des violences et des comportements abusifs. Elle obtient le divorce d’avec l’employé le 6 septembre 2012.

Les mariages à répétition 

Peu après, elle quitte Maurice et retourne au Maroc. Mais selon ses déclarations, le commerçant la contacte à plusieurs reprises pour la convaincre de revenir – avec une proposition qu’elle dit avoir acceptée : contracter un mariage civil avec un autre de ses employés, afin de lui permettre d’obtenir un permis de résidence. Le 13 décembre 2012, elle épouse donc civilement ce second homme à l’état civil de Port-Louis, tout en continuant, affirme-t-elle, à vivre sous le même toit que le commerçant.

En décembre 2013, elle donne naissance à un garçon. Elle affirme dans sa déposition que le père biologique est le commerçant, bien que son mari civil soit, sur le papier, un autre homme. Les années suivantes sont marquées, selon elle, par des disputes et des violences persistantes. 

En 2018, elle prononce le talak, mettant fin au Nikah. Elle s’installe à Port-Louis avec son fils. En 2021, elle obtient le divorce d’avec le second prête-nom. La même année, elle contracte un nouveau Nikah avec un homme de Quatre-Bornes. Apprenant cette relation, le commerçant lui demande, dit-elle, de quitter le domicile et prend la garde de leur fils.

Entre 2021 et 2026, elle effectue plusieurs allers-retours entre Maurice et le Maroc, en raison, explique-t-elle, de difficultés liées à son permis de résidence. Elle affirme être revenue définitivement en janvier 2026 et vivre aujourd’hui à Quatre-Bornes.

Dans sa déposition, elle confie avoir tenté à plusieurs reprises de se tourner vers la police sans jamais aller au bout de ses démarches. « La peur de représailles m’avait empêchée d’aller au bout. J’étais dans une vulnérabilité extrême », dit-elle. Ce qu’elle réclame aujourd’hui, avant tout, c’est de retrouver son fils. « Tout ce que je souhaite, c’est retrouver mon fils, auquel je n’ai plus accès depuis deux ans. »

La déposition a été formellement enregistrée par la police, et un sub-statement consigné au dossier. L’affaire a été transmise au Central Criminal Investigation Department pour la suite de l’enquête. Les autorités devront examiner les documents de mariage, recueillir les témoignages et confronter les versions, afin de déterminer si des infractions ont été commises.

L’enquête est en cours.

L’homme mis en cause dénonce une machination 

Le commerçant nie catégoriquement l’ensemble des allégations. Selon lui, il s’agirait d’une machination destinée à ternir sa réputation, montée dans le but d’obtenir un permis de résidence en utilisant leur enfant comme levier judiciaire. Il affirme qu’une procédure concernant la garde de l’enfant avait déjà été introduite devant la Cour familiale, mais rejetée.

Il soutient, par ailleurs, qu’au cours de leurs quinze années de relation, c’est lui qui aurait été instrumentalisé pour faciliter le séjour de la plaignante à Maurice, ajoutant que cette dernière avait l’habitude de quitter le foyer à plusieurs reprises avant d’y revenir après avoir rencontré des difficultés ailleurs. Il affirme également n’avoir jamais empêché la mère de voir leur enfant, et invite les autorités à vérifier les circonstances d’un mariage que la plaignante aurait contracté à l’étranger.

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