Allégations de maltraitance et d’agression : 15 étudiants seront entendus par la police
Par
Meemah Aumeer, Irshaad Olitte, Nasif Joomratty
Par
Meemah Aumeer, Irshaad Olitte, Nasif Joomratty
Dans un contexte marqué par une vive émotion et une profonde inquiétude, une série d’allégations graves visant la Twaha Academy Boarding School, un internat islamique situé à Pont Lardier, Bel Air/Rivière Sèche, suscite un important émoi au sein de la communauté éducative et religieuse. Des plaintes pour agressions physiques et maltraitances ont récemment été enregistrées par la police, entraînant l’ouverture d’une enquête officielle. Les faits rapportés, encore au stade des investigations, concernent le comportement présumé d’Azhar Peerbocus, Acting Principal de l’établissement. Tandis que des parents et anciens élèves livrent des témoignages troublants, les autorités cherchent à établir les faits avec précision, dans un dossier d’une particulière sensibilité compte tenu de l’âge des enfants concernés.
Les enquêteurs de la Brigade pour la Protection de la Famille (BPF), en collaboration avec la police de Bel Air, ont en leur possession la liste des 15 étudiants qui fréquentaient la Twaha Academy Boarding School au moment des faits allégués.
En fin de semaine, quatre plaintes distinctes pour agressions physiques et maltraitances avaient été consignées auprès de la police. Les enfants concernés sont appelés à faire part de leur vécu afin d’expliquer le comportement reproché à Azhar Peerbocus dans le cadre de leurs interactions au sein de l’institut. L’objectif des enquêteurs est de recouper les récits des plaignants, lesquels accusent le religieux de maltraitance, d’agressions physiques et d’avoir remis des cigarettes à certains élèves.
Selon les informations communiquées par la police, Azhar Peerbocus a quitté le territoire mauricien avant que les plaintes ne soient officiellement enregistrées. Les Casernes centrales comptent prochainement entamer les procédures nécessaires afin de le localiser en Afrique du Sud. Il est indiqué que le suspect a embarqué le 1er avril à bord du vol SA 191 à destination de Johannesburg, muni d’un billet aller simple. Le lendemain, soit le 2 avril, deux enfants auraient formellement dénoncé des faits de maltraitance et d’agressions dans des plaintes déposées à la police de Bel Air Rivière Sèche. En parallèle, un appel a été lancé par les autorités afin que toute personne s’estimant victime de ce religieux se manifeste pour contribuer à l’enquête en cours.
Avec la médiatisation progressive de cette affaire, une bande sonore circulant sur les réseaux sociaux est venue alourdir le dossier déjà sensible. Cet enregistrement, attribué à un échange téléphonique entre le Mufti Azhar Peerbocus et un élève, contient des propos qui interpellent. On y entend une voix attribuée au religieux évoquer une promesse présumée d’offrir la somme de Rs 1 000 à un enfant, en échange de son silence. Il est notamment question de dissimuler certains faits, comme l’indique cet extrait : « Si dimande si lot zanfan dormi dan mo lasam, dir non, mem si to gagn bate ek banla met presion lor twa, to dir non ».
Selon le contenu de cette bande sonore, cette somme aurait été promise en contrepartie de cette omerta. Les autorités n’ont pas encore confirmé l’authenticité de cet enregistrement, qui fait désormais partie des éléments appelés à être vérifiés dans le cadre de l’enquête.
À mesure que les témoignages se multiplient, une série de récits fait état de pratiques jugées inacceptables dans cet internat islamique. Parents et anciens élèves évoquent un climat de peur, des violences physiques, des intimidations et une possible exposition à des substances illicites. L’émotion est palpable au sein de la communauté éducative et religieuse, où de nombreuses interrogations émergent quant aux mécanismes de contrôle et de supervision au sein de certaines structures accueillant des mineurs. Plusieurs voix appellent les autorités à agir rapidement afin de garantir la protection des enfants et de faire toute la lumière sur ces accusations.
Un autre parent livre également un témoignage après les révélations faites par son fils. Il évoque des intimidations et des comportements qu’il juge choquants. « Kan mo garson in rakont sa problem la, monn dimann li prev », explique t il. Il affirme qu’avant même d’entamer des démarches, Azhar Peerbocus serait venu à son domicile accompagné de deux personnes. « Azhar Peerbocus inn vinn kot mwa avek de dimounn ki sipoze de taper pou bat mo garson », avance t il, indiquant que le religieux reprochait à son fils de propager des rumeurs.
Soupçonnant que son enfant détenait des éléments concrets, ce parent dit avoir pris connaissance d’un enregistrement troublant. « Monn tann sa zelev la dir mo garson pa dir nanie akoz zot bizin res ankor 1 an laba », raconte t il. Plus grave encore, cette bande audio ferait référence à des comportements inappropriés. « Li dir pas dir ki profeser fim boukou gandia. Apre li met linz madam lor zelev… Pe fer zelev asiz lor li… » entend on dans un enregistrement circulant sur les réseaux sociaux. Face à la gravité de ces propos, le parent réclame des sanctions sévères et une enquête approfondie.
Un autre témoignage parental renforce ce sentiment d’inquiétude. « Bizin sanksionn imam la », affirme t il, expliquant avoir choisi cet établissement pour protéger son enfant des mauvaises influences et lui offrir une éducation de qualité.
Au Défi Plus, la mère d’un des étudiants concernés exprime son incompréhension et sa colère après les révélations. Faizah, dont le prénom a été modifié, confie être encore profondément bouleversée par ce qu’elle a appris. « Mo pa le krwar. Mo gagn sok kan monn tann sa, mo pa ti atann enn kiksoz parey », dit elle, la voix chargée d’émotion. Elle explique avoir inscrit son enfant à la Twaha Academy Boarding School en toute confiance, convaincue d’y trouver un environnement sécurisé, propice à une éducation à la fois islamique et académique.
Lors de l’admission, elle affirme avoir été pleinement rassurée par l’encadrement en place. « Imam Luckheea ti prezant mwa bann profeser ledikasion islamik ek academik. Directer ti asir mwa ki bann zanfan pou an sekirite ek zot pou lwin ar bann move frekantasion. » Avec le recul, certains éléments sont toutefois venus troubler cette confiance. Faizah affirme avoir été témoin de scènes de violence impliquant son enfant. « Plizir fwa monn koz ek Mufti Peerbocus kan li ti pe bat mo zanfan », raconte t elle. Selon elle, les explications avancées par le principal l’ont profondément choquée. « Li dir li si li ti pe gagn bate kan li ti ankor zelev », confie t elle, avant d’ajouter fermement : « Isi dan Moris, nou pa bate ».
La mère décrit un enfant vivant dans la peur, incapable de s’opposer à l’autorité du Mufti. « Mo zanfan pa ti pe kapav kontredir li », affirme t elle, évoquant une relation marquée par l’intimidation. Elle parle également de conditions de vie éprouvantes au sein de l’internat. « Kan mo ti pe poz li kestion, mo garson dir mwa zot lev bien boner ek zot pa gagn letan reviz ban kour islamik », explique t elle. Le rythme imposé lui semblait particulièrement exigeant. « Zot fatige, zot dormi tar, zot lev boner ek zot gagn boukou devwar ». Pourtant, lors des week ends passés à la maison, rien ne laissait présager une telle situation. « Dan wikenn, kan mo garson vinn lakaz mo ti pe trouv li normal akoz sa mo pa ti pe pran kont », confie t elle aujourd’hui.
Faizah accuse désormais directement Azhar Peerbocus d’avoir infligé des violences physiques à son enfant. « Limem ki ti pe bate », affirme t elle. Ces révélations s’ajoutent à d’autres témoignages concordants faisant état de maltraitance au sein de cet établissement. Elle espère désormais que l’enquête permettra de faire émerger la vérité et d’éviter que d’autres enfants ne vivent une situation similaire. « Zame mo ti pou atan pou ariv enn zafer koumsa », répète t elle, encore sous le choc.
Le témoignage d’un ancien pensionnaire vient renforcer la gravité des accusations. L’élève raconte un quotidien marqué par la peur, la violence et l’intimidation. « Mufti Azhar Peerbocus parfwa bat nou ar lame, parfwa ar rotin. Pou nanie nou gagn bate, parfwa zis parski nou pa lir bien », affirme t il. Il évoque également des insultes et un langage qu’il juge inapproprié. « Pa tiena rezon valab pou li bat nou ek li servi ban langaz bien vilger ».
Un incident précis survenu durant le mois de Ramadan l’aurait profondément marqué. « Pandan Ramadan, mo ti mal plas Coran. Linn tap mwa enn koudpwin dan mo labous ek monn segne. Apre linn met vazlinn ek linn dir mwa pa dir nanie mo mama. » Au delà des violences physiques, l’ancien élève décrit un rythme quotidien rigoureux. « Nou leve 4h30 pou bann kour Coran, apre lapriyer, ti dezene ek kour akademik apartir 8 h 10 », relate t il. L’après midi laissait peu de place au repos. « A 14 h 40, nou repoze inpe apre nou manze avan nou repran bann kour islamik, apre nou al dormi ».
Le récit prend une dimension encore plus inquiétante lorsque l’ancien pensionnaire évoque la consommation de substances illicites. « Mufti la amenn bann prodwi lekol. Li ferm laport ek li anferm nou dan so lasam ek li fors nou pou konsom sa », allègue t il. Selon lui, les élèves agissaient sous la contrainte et la peur. « Li dir nou pa dir nou paran nanie sinon li pou bat nou. Par per, nou ti oblize konsom sa ban sibstans la san ki nou kone kiete sa. » Il décrit les effets ressentis : « Mo ti pe gagn vertiz, mo latet lour ek mo res asize san bouze ». Par crainte de représailles, il n’osait pas se confier directement à ses parents et dit avoir sollicité un camarade pour les alerter.
Lorsque la situation aurait été portée à la connaissance des adultes, des démarches auraient été entreprises. « Mo paran in al koz ek li. Linn demanti… », affirme l’ancien élève. Selon son récit, des mesures auraient ensuite été prises par l’administration. « Imam Luckheea inn ranvway li », indique t il. L’ensemble de ces éléments demeure au centre des vérifications menées par les autorités.
Face aux graves allégations de maltraitance d’enfants dans un cadre éducatif religieux, la Jummah Mosque est sortie de son silence. Dans une déclaration sans équivoque, l’institution condamne fermement tout acte d’abus et souligne la nécessité d’une vigilance accrue. Par la voix de Bilaal Salemohamed, membre du Jummah Mosque Committee, elle rappelle que « les prédateurs sexuels peuvent se trouver partout » et que de tels actes doivent être dénoncés avec la plus grande rigueur.
La mosquée insiste sur l’urgence de renforcer les mécanismes de contrôle au sein des institutions éducatives islamiques. Vérification des antécédents, contrôle des références du personnel et exigence de certificats de moralité figurent parmi les mesures évoquées. « Au moindre doute, il est impératif d’agir pour préserver la sécurité des enfants », souligne Bilaal Salemohamed, appelant à des actions rapides et concrètes.