Allégations de Joanna Bérenger- Reza Uteem défend sa mère et s’emporte : «Mo pena disan colon»
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
La disparition d’une travailleuse bangladaise employée comme aide-soignante auprès de la mère de Reza Uteem a déclenché une vive controverse mardi à l’Assemblée nationale. Les échanges entre le ministre du Travail et Joanna Bérenger ont rapidement dégénéré, nécessitant l’intervention de la Speaker.
Une question parlementaire sur la disparition d’une travailleuse bangladaise employée comme aide-soignante au domicile de la mère du ministre du Travail, Reza Uteem, a donné lieu à un échange tendu mardi à l’Assemblée nationale.
Tout en détaillant les circonstances de l’emploi et de la disparition de cette travailleuse, le ministre a rejeté toute implication personnelle dans le renouvellement de son permis de travail avant de s’emporter face à des allégations évoquées par la députée Joanna Bérenger, lançant notamment : « Mo pena disan colon dan mo disan. Mo pena disan colon. »
Répondant à une question parlementaire, Reza Uteem a expliqué que la travailleuse était employée comme aide-soignante auprès de sa mère âgée de 80 ans, souffrant de problèmes cardiaques et vivant avec son père de 85 ans, l’ancien président de la République, Cassam Uteem.
Selon le ministre, sa mère avait subi une fracture de l’épaule et de la clavicule en 2023 et avait été conseillée par son médecin de recruter une aide-soignante résidant à domicile. « Le 10 avril 2023, ma mère a soumis une demande de permis de travail au ministère pour l’emploi de Mme M.M.B. comme aide-soignante pour une période de trois ans », a-t-il indiqué.
Il a précisé que la demande avait été traitée conformément aux procédures en vigueur et qu’un permis de travail avait été délivré le 20 juin 2023 pour une durée de deux ans. Le 30 mai 2025, sa mère a demandé le renouvellement de ce permis pour deux années supplémentaires.
Reza Uteem a insisté sur le fait qu’il n’avait joué aucun rôle dans cette procédure. « Je n’ai pas été impliqué du tout dans cet exercice de renouvellement », a-t-il affirmé, précisant que la décision avait été prise par le secrétaire permanent de son ministère dans le cadre des pouvoirs délégués prévus par les règlements applicables.
Le ministre a ensuite relaté les circonstances de la disparition de la travailleuse. « Le 6 avril 2026, ma mère a informé mon ministère que Mme M.M.B. avait quitté sa maison le 3 avril 2026 vers 20 heures et n’était pas revenue depuis », a-t-il déclaré.
Il a également réfuté l’affirmation selon laquelle l’information aurait émané du Haut-Commissariat du Bangladesh. Il a insisté que c’est sa mère qui a signalé la disparition à son ministère.
Une enquête a alors été menée par la Special Migrant Workers Unit. « Il n’y avait aucun salaire ou autre somme impayée, absolument aucune plainte contre l’employeur et aucun cas de mauvais traitement ou d’exploitation n’a été détecté concernant cette travailleuse », a soutenu le ministre.
Le permis de travail de l’intéressée a ensuite été annulé et le Passport and Immigration Office (PIO) en a été informé. Reza Uteem a ajouté que la police n’avait pas encore localisé la travailleuse, mais qu’elle se trouvait toujours sur le territoire mauricien.
Le ministre a profité de sa réponse pour évoquer le problème plus large des travailleurs migrants disparus. Il a rappelé qu’une interdiction de recrutement de nouveaux travailleurs bangladais avait été instaurée en 2023 en raison du nombre élevé de disparitions signalées. « Il existe un réseau bien organisé par lequel certains travailleurs étrangers destinés à un employeur sont incités à quitter leur employeur pour travailler ailleurs contre la promesse d’un meilleur salaire », a-t-il évoqué.
Selon les chiffres avancés par le ministre, le nombre de travailleurs étrangers en situation irrégulière était d’environ 3 940 lorsque le gouvernement actuel est arrivé au pouvoir en novembre 2024. Après diverses mesures destinées à faciliter le recrutement légal, le nombre de travailleurs bangladais sans permis valide aurait diminué à 1 412, conduisant le gouvernement à autoriser à nouveau leur recrutement dans plusieurs secteurs en septembre 2025.
Toutefois, Reza Uteem a indiqué que depuis cette reprise, le nombre de travailleurs signalés comme disparus avait fortement augmenté. « Sur 2 819 travailleurs portés manquants, 2 219 sont bangladais. Près de 80 % des travailleurs disparus aujourd’hui viennent du Bangladesh », a-t-il déclaré.
Joanna Bérenger a insisté : « Il est interdit d’enfermer un ou une employée. Le ministre affirme qu’un grand nombre de travailleurs bangladais sont portés manquants, mais comment peut-il expliquer que le Haut-Commissariat du Bangladesh a émis un communiqué spécifiquement pour cette personne ? Il a dit plus tôt qu’il n’y a pas eu d’implication ministérielle dans ce cas. »
Reza Uteem a rétorqué qu’il a eu plusieurs conversations avec le Haut-commissaire, mais pas par rapport à ce cas spécifique, plutôt au sujet du fort taux de travailleurs bangladais qui s’évanouissent dans la nature.
Interrogé ensuite par Joanna Bérenger sur la liberté de mouvement des travailleurs étrangers et sur des informations selon lesquelles la travailleuse aurait quitté la résidence par une sortie arrière, le ministre a répondu qu’un témoin avait déclaré à la police avoir vu Mme M.M.B. quitter la maison et monter dans un taxi avec un homme bangladais.
Concernant les droits des travailleurs migrants, il a assuré qu’ils bénéficiaient des mêmes protections que les employés mauriciens. « Il n’y a absolument aucune discrimination entre un travailleur mauricien et un travailleur étranger », a-t-il souligné. Il a également rappelé que la rétention illégale des passeports de travailleurs migrants par certains employeurs faisait l’objet de signalements aux autorités policières.
La séance a cependant dégénéré lorsque Joanna Bérenger a déclaré qu’« il est à déplorer que cette employée ait été maintenue enfermée illégalement ». Reza Uteem a immédiatement contesté cette affirmation. « C’est un mensonge absolu et c’est extrêmement honteux venant d’une personne qui a été au MMM de parler ainsi de ma mère. Honte ! Honte ! Honte ! », a-t-il lancé.
Dans la foulée, il a ajouté : « Nous ne sommes pas comme vous, nous ne sommes pas coloniaux. Mo pena disan colon dan mo disan. Mo pena disan colon. » La députée de l’opposition a répliqué : « Mwa osi mo pena disan colon. » Face à la montée de la tension, la Speaker a demandé aux deux parlementaires de retirer leurs propos.
Revenant sur l’incident, la Speaker de l’Assemblée nationale, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a tenu à rappeler, dans un ruling rendu après le tea break, aux députés les règles encadrant les questions parlementaires. Dans une déclaration prononcée mardi après-midi, elle a insisté sur le respect des Standing Orders et mis en garde contre la tendance de certains élus à transformer les séances de questions-réponses en débats politiques.
Citant le Standing Order 22(1)(h), elle a souligné qu’« une question ne doit pas inclure le nom de personnes ou des déclarations de faits, sauf lorsqu’ils sont nécessaires pour rendre la question intelligible et, dans le cas de déclarations de faits, qu’ils peuvent être authentifiés par le membre concerné ». Elle a également rappelé que les questions ne doivent pas contenir « des accusations que le membre qui pose la question n’est pas prêt à étayer ».
Shirin Aumeeruddy-Cziffra s’est ensuite référée au Standing Order 22(1)(i), qui interdit l’inclusion dans les questions parlementaires « d’arguments, d’expressions d’opinion, d’inférences, d’imputations, de citations ou d’extraits de journaux et périodiques », ainsi que d’« expressions controversées, ironiques ou offensantes ». v« J’en appelle une nouvelle fois à tous les honorables membres, quel que soit le côté de l’hémicycle où ils siègent, à respecter les Standing Orders et à m’aider à préserver la dignité de notre Parlement », a-t-elle déclaré.
La Speaker a également mis l’accent sur la responsabilité des députés à l’égard du public qui suit les travaux parlementaires. « Vous avez le devoir de défendre vos idées, bien sûr, mais faites-le avec respect pour vos adversaires, ainsi que pour tous ceux qui vous regardent sur Parliament TV », a-t-elle martelé.