Société

Allégations de harcèlement policier contre Jean-Marie Richard: «La commission des droits humains a ignore mon dossier pendant cinq ans»

DISMOI reçoit régulièrement des plaintes de citoyens qui dénoncent la manière de faire de la police. Certaines allégations sont frivoles. Cependant, les arrestations arbitraires et illégales existent et sont parfois… édifiantes. En 2015, DISMOI a étudié le dossier du citoyen Jean-Marie Richard. DIS-MOI a bouclé son enquête. Dans cet entretien, M. Richard revient sur ces évènements traumatisants. Vous êtes éditorialiste à une radio privée et patron de l’agence Imagine Communication. Vous êtes aussi connu pour votre sens de la provocation. Peut-on penser que vous avez provoqué la police ? Je suis un citoyen averti, engagé socialement, conscient de ses droits et devoirs et plus encore des droits et devoirs des citoyens de la République, y compris des agents de l’État. Vous vous référez aux événements du 24 septembre 2009, quand sous les ordres d’un chef inspecteur, censé faire respecter les lois, des policiers ont pénétré chez moi, m’ont agressé verbalement et physiquement, et tabassé jusqu’au poste de police de Grand-Baie. Il n’y a pas eu de provocation : j’avais un ordre d’éviction de la Cour et j’étais la partie lésée. Les policiers étaient censés faire respecter cet ordre du judiciaire. Une caméra a filmé ces exactions. Les certificats médicaux  sont révélateurs. Dans quel état d’esprit  est celui qui est molesté par des agents de l’État ? Lorsque vous subissez cette torture morale et physique, vous êtes dans un état second. Vous ne sentez pas les coups parce que vous lâchez prise. Il y a eu ensuite un moment où j’ai eu ce déclic et je suis revenu à moi. Aujourd’hui, je me sens ‘empowered’, responsable pour tous ceux gens qui ont vécu la même chose et n’ont rien pu faire. Soit parce qu’ils sont morts ou parce qu’il y a eu des coercitions et tortures morales sur eux ou leurs familles pour qu’ils ne dénoncent pas les faits. J’ai une mission et un devoir de mémoire par rapport à toutes ces personnes. Après septembre 2009, une série de charges provisoires seront logées  contre le citoyen Richard. Vous avez raison de le signaler. Si je l’affirmais, on dirait que je suis à la fois juge et partie ! Plus que cela, lorsque la cour de Mapou raye l’affaire principale et que je décide de poursuivre la police, quelques semaines après, d’autres charges seront logées à mon encontre. Il me parait évident que l’appareil de la police (et je blâme pour cela l’ancien Commissaire) décide de me faire payer mon outrecuidance, sans considération aucune pour la justice. Si c’est ainsi que la police agit dans notre République, je plains les victimes qui n’ont pas les moyens de se battre. Nous ne pouvons  mettre les 12 000 policiers dans le même panier… Loin de là. J’ai beaucoup de respect pour ces fonctionnaires qui accomplissent des tâches extrêmement difficiles, dans des conditions incroyables. Toutefois, il existe un noyau de bandits qui, n’ayant pas peur des mots, n’ont aucun respect pour la personne humaine. Je suis bien placé pour savoir que ce type de policiers existe, alors qu’en 2015, les citoyens mauriciens s’attendent à une police juste, indépendante et qui respecte les lois de la République. Je le clame haut et fort : il existe encore des policiers violents qui ternissent la réputation de notre République. Le nouveau Commissaire devrait d’urgence établir des mesures de ‘checks and balances’ pour s’assurer que ce qui m’est arrivé ne se reproduise plus. Pourquoi avoir contacté DISMOI ? Et quid de la Commission des droits humains ? J’ai contacté la Commission des droits humains dès le début des événements. La Commission s’est assise sur ce dossier pendant cinq ans pour différentes raisons. Ce que n’est que cette année qu’elle a référé l’affaire au Directeur des poursuites publiques. Je m’interroge : est-ce ainsi que fonctionne une Commission grassement rétribuée des fonds publics ?  DISMOI a, certes, beaucoup moins de moyens, mais je salue la promptitude avec laquelle vous avez enquêté. J’en profite pour saluer le travail de formation citoyenne que vous entreprenez. Croyez-moi, sensibiliser les citoyens à leurs droits ne fera pas cesser les abus, mais contribuera à les rendre plus difficiles. Avez-vous contacté le nouveau Commissaire de police ? Que lui diriez-vous ? J’ai trop de respect pour les institutions de ce pays pour rencontrer le Commissaire de police avant même que toutes ces affaires soient terminées. Au fur et à mesure que la cour se prononce (voir plus loin les décisions rendues par le judiciaire) le public mauricien se rend compte avec horreur jusqu’où peut aller l’arbitraire de certains au sein de la force policière. J’attendais que tout soit terminé avant de solliciter une rencontre. Monsieur Nobin est nouveau dans sa fonction, je n’ai rien à lui reprocher. Nous savons ce que vous pensez de la police, quid du DPP et du judiciaire ? La République de Maurice a un appareil judiciaire dont nous devons être fiers. Je suis satisfait que le DPP et le judiciaire m’aient rendu justice dans cette affaire. Le problème est systémique : lorsque vous êtes sous le coup d’une charge provisoire de la police, en tant que citoyen, vous subissez tout le pouvoir de l’appareil policier. Il y a un trop long délai entre le moment où la charge provisoire (un système qui donne trop de pouvoirs à la police) et l’examen de l’affaire par le judiciaire, les tribunaux. Entre-temps, ce sont les policiers qui font la loi.

La Justice dicte le droit

L’enquête de DISMOI révèle que les versions de la police et du citoyen Richard étaient à deux extrêmes. Il faut s’intéresser à ce que dit la justice sur ce cas particulier dans des jugements rendus. Chronologie... [padding-p-1 custom_class=""][/padding-p-1]
 

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