Allaghen Tamby tué dans un accident - Sa famille : «On n’a pas pu le voir une dernière fois»
Par
Kendy Antoine
Par
Kendy Antoine
À 75 ans, Allaghen Tamby a trouvé la mort en rentrant de la prière à Trou-d’Eau-Douce. Portrait d’un retraité paisible dont la disparition alourdit le bilan déjà alarmant des routes mauriciennes.
Allaghen Tamby avait 75 ans, des cabris, des tortues, des chiens, et l’habitude de chercher de l’herbe fraîche pour ses bêtes chaque matin. Mercredi soir, il est mort seul à l’hôpital. Sa famille n’a pu le voir une dernière fois.
Au village de Queen Victoria, tout le monde connaissait cet homme. Sa silhouette sur sa motocyclette, ses allers-retours dans les champs, sa façon d’être, simple, joviale, sans histoires. Allaghen Tamby était de ces retraités qui remplissent leurs journées de petites choses essentielles : ses animaux, sa terre, sa famille.
Dimanche dernier encore, il avait fait le déplacement jusqu’à Rivière-des-Anguilles pour rendre visite à sa sœur malade. Un moment ordinaire, comme il en avait vécu des centaines. Ni lui ni elle ne savaient que c’était le dernier moment de joie partagée.
Mercredi, vers 15 h 40, Allaghen Tamby revenait d’un moment de recueillement. Il empruntait un chemin de terre qui traverse les champs de cannes, celui qu’il connaissait par cœur, celui qu’il avait pris cent fois. Au moment d’émerger de ce chemin pour rejoindre la route principale de Belle-Étoile, à Trou-d’Eau-Douce, sa motocyclette a été percutée par un van conduit par un électricien de 35 ans, habitant Sept-Croisées. « Mon oncle était allé prier. Il rentrait tranquillement vers 16 heures quand l’accident s’est produit », dit son neveu. Il s’arrête. Reprend. Les mots viennent difficilement.
Le Samu a pris en charge le septuagénaire et l’a transporté en urgence à l’hôpital SAJ. Son état nécessitait un scanner cérébral et il a été transféré à Vacoas. Dans la soirée, son état s’est brutalement dégradé. Puis, il n’y a plus eu grand-chose à faire.
Ce qui hante la famille aujourd’hui, au-delà du choc, c’est cette image qu’ils n’ont pas : celle de ses derniers instants. Personne n’était là. Entre les transferts d’hôpital en hôpital, entre les coups de téléphone et les trajets précipités, le temps a manqué. « Quand il est décédé, il n’y avait personne de la famille à ses côtés. On n’a même pas pu le voir une dernière fois. » Il y a des deuils qu’on porte différemment quand on n’a pas pu dire au revoir.
Sa nièce parle de lui avec ce sourire triste qu’ont les gens quand ils évoquent quelqu’un qui manque déjà. « Il adorait les animaux. Il passait ses journées à chercher de l’herbe pour ses cabris ; il s’occupait de ses tortues, de ses chiens. C’était un homme jovial. » Un retraité qui avait trouvé sa paix dans les choses simples.
Le conducteur du van a été soumis à un alcotest ; le résultat s’est révélé négatif. Cela ne suffit pas à apaiser la colère de la famille. « Il était bien, il était en forme. Nous voulons que justice soit faite », dit la nièce. Pour eux, un homme est mort en rentrant de la prière. Les circonstances exactes de l’accident devront être établies.
La mort d’Allaghen Tamby n’est pas un fait isolé. Elle s’inscrit dans une série qui, depuis le début de l’année 2026, ressemble de moins en moins à une coïncidence. Au 19 mars, Maurice comptait déjà 34 morts sur les routes, contre 29 à la même période l’an dernier. Trente-deux accidents mortels en moins de trois mois. Les tranches horaires les plus meurtrières sont celles du soir, entre 18 heures et minuit, et celles du matin. Parmi les victimes, les seniors sont les plus touchés : 16 morts depuis janvier. Les passagers, eux, meurent trois fois plus qu’en 2025. Piétons et jeunes sont également de plus en plus représentés dans ce bilan.
Si les chiffres des motocyclistes marquent une légère baisse, la tendance globale, elle, s’aggrave. Les spécialistes parlent d’urgence nationale.
Les chiffres progressent. Les visages derrière ces chiffres, eux, disparaissent. Allaghen Tamby en était un. Soixante-quinze ans, un village qui le connaissait, des animaux qui l’attendaient. Il ne rentrera pas.