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Alain Laridon : «Nous serons dans une période de turbulences économiques sans précédent en 2019»

Alain Laridon : «Nous serons dans une période de turbulences économiques sans précédent en 2019»

« L’année 2019 sera décisive au regard des défis économiques et des choix à faire », déclare Alain Laridon, ancien PPS et ambassadeur de Maurice au Mozambique. L’impact de l’économie internationale, conjugué aux contraintes domestiques, commandent d’être judicieux dans les décisions de tout gouvernement appelé à sortir des urnes aux échéances législatives de 2019, soutient-il.

«La bonne nouvelle est que la catastrophe économique n’est pas pour 2019. La mauvaise est qu’elle s’approche », déclare Peter Westaway, économiste en chef pour l’Europe de Vanguard, cité dans le tirage de Le Monde en date du 11 décembre 2018, avant de poursuivre : « Le pessimisme ambiant augmente et beaucoup affirment qu’une récession mondiale est inévitable l’année prochaine. Nous ne le pensons pas, mais il est vrai que les risques augmentent. Les mesures prises pour lutter contre la crise financière de 2008 portent en germe la prochaine crise. » Même s’il ne dit pas la même chose, Alain Laridon n’écarte pas les conséquences de ce sombre tableau sur l’économie mauricienne, compte tenu également de la décroissance en France, à la suite des événements Gilets jaunes, des effets du Brexit et de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

« Turbulences économiques »

« Nous allons entrer dans une période de turbulences économiques sans précédent. Je ne sais pas si Maurice s’y est préparé. Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de petites querelles politiques et jouer à l’autruche », fait valoir l’ex-ambassadeur, qui fait observer que Maurice peine toujours a atteindre une croissance de 4 %. Selon lui, la situation restera cornélienne pour n’importe quel gouvernement qui tiendra les rênes du pays, car demander plus d’efforts à la population en vue d’augmenter la productivité rencontrera l’opposition syndicale, prompte à réclamer une révision salariale. « Nous sommes dans un cercle vicieux, car d’une part, l’État doit être en mesure de remplir ses responsabilités sociales pour assurer le maintien de l’équilibre social et, d’autre part, il doit aussi s’assurer du maintien des emplois en collaboration avec le patronat. Jusqu'à présent, cet équilibre a permis d’éviter des crises sociales », fait-il observer.

Si Maurice a, par le passé, connu de graves crises sociales et économiques, notamment les grandes grèves de 1971, la dévaluation, un fort taux de chômage, aujourd’hui, la situation est inédite en raison de la mondialisation de l’économie et de la finance, la fin des barrières tarifaires préférentielles et la libre circulation des biens et des services. « Dans le domaine du tourisme, notre échec à attirer la clientèle chinoise montre bien qu’il n’est pas aussi aisé d’accommoder des touristes issus de cultures différentes. Donc, il y a des choix à faire. Il faut se demander si nous ne sommes pas devenus prisonniers d’un modèle de développement touristique qui risque de s’essouffler, compte tenu du statu quo de la croissance en Europe », fait ressortir Alain Laridon. 

Désinvestissement des capitaux étrangers

Dans le même souffle, il note que la Bourse de Maurice a perdu de son attractivité, au vu du volume de désinvestissement des capitaux étrangers, qui préfèrent d’autres places financières plus avantageuses. « La première banque de Maurice, elle-même, réalise une grande partie de ses profits à l’étranger. Cela signifie que la production à Maurice fait face à l’étroitesse du marché local, même s’il faut reconnaître que c’est une pratique dans le domaine bancaire et de la finance. Aux États-Unis, la politique protectionniste de la Banque fédérale a encouragé les investisseurs américains à rester chez eux, grâce à des revenus plus intéressants, avec en appoint, un dollar plus robuste. C’est aussi le cas au Japon et en Europe. Cela a, pour conséquence, qu’il est devenu plus difficile pour les pays en développement de rembourser leurs dettes en dollars. Cela a eu des résultats négatifs sur les devises turques, argentines, sud-africaines et brésiliennes, comme l’a souligné, dans un article, Leo Abruzzese, Global Director of Public Policy for the Economist Intelligence Unit’s. On sait aussi qu’un gros groupe de textile mauricien réalise la majorité de ses profits en Inde, où les coûts de production sont bas. Est-ce que cette production aurait pu être réalisée à Maurice, dans les coûts mauriciens ? Je pense que ce groupe a réfléchi à cette question, mais est-ce qu’il se sert de ses profits pour investir à Maurice. Je me pose la question. Je note tout simplement que certaines entreprises locales ne jouent pas le jeu. »

Endettement des ménages

Dans un autre ordre d’idées, se rattachant malgré tout à l’économie mauricienne, notre interlocuteur explique que le niveau d’endettement des ménages chez nos partenaires commerciaux fait que ceux-ci, même lorsqu’ils partent en vacances, ne dépensent plus comme ils le faisaient. Dans une interview publiée la semaine dernière dans le supplément économie du Défi-Économie, Sen Ramsamy, spécialiste du secteur touristique, attirait l’attention sur ce phénomène nouveau.

Pour Alain Laridon, la question est de savoir si Maurice est arrivé à la fin d’un cycle de gestion des affaires, où il s’agit de questionner les dépenses publiques, notamment celles des gros salaires versés aux grands commis de l’État ou les directeurs des corps paraétatiques, ainsi que leurs privilèges. « Si nous n’examinons pas ces enjeux et que nous continuons avec les largesses de l’État, nous irons droit dans le mur. Le secteur privé doit lui-aussi revoir les salaires versés à ses patrons, car nous savons que les petits employés dans le privé sont moins rémunérés que ceux de l’État. L’effort doit être à tous les niveaux », fait ressortir avec force Alain Laridon.

Lorsqu’il en vient à la  promesse à peine voilée de rehausser la pension universelle, il incite à la prudence, refusant toute démagogie politicienne sur la question. « En jouant avec les finances publiques pour céder à la pression populaire, on met en danger les futures générations, car nous avons une population vieillissante. »