Ajay Gunness : «Limem li pa kone ki li anvi fer !»
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
La scène politique continue d’être marquée par de nouveaux rebondissements. Lors de sa conférence de presse du samedi 4 avril, Paul Bérenger a annoncé qu’il siégera désormais en indépendant, aux côtés de Joanna Bérenger et de Chetan Baboolall. Une décision qui intervient dans un climat de tensions internes au sein du Mouvement Militant Mauricien.
Voir Paul Bérenger siéger comme indépendant tout en restant leader du MMM : peu l’auraient imaginé. Et pourtant, à la reprise des travaux parlementaires prévue le mardi 7 avril, un nouveau « sitting arrangement » viendra acter cette situation inédite sur l’échiquier politique.
Interrogé sur cette décision, Ajay Guness, Deputy Leader du MMM et ministre des Infrastructures publiques, affiche son incompréhension face à la démarche de l’ancien Deputy Prime Minister. « Mo gagn limpresion ki li même pa kone ki li anvi fer. Il reste le leader mais siège comme indépendant. Il parle d’un choix personnel, sauf que cela ne s’aligne pas vraiment avec notre philosophie », déclare-t-il.
Si l’absence de Paul Bérenger des instances du parti continue d’alimenter les interrogations, Ajay Guness se veut toutefois rassurant sur le fonctionnement interne du MMM. Selon lui, cette situation n’aura pas d’impact sur le calendrier du parti. Il indique que les militants devraient y voir plus clair à l’issue de l’assemblée des délégués prévue le 11 avril.
De son côté, Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM et ministre de l’Environnement, se montre beaucoup plus tranchant. Il qualifie la situation de « véritable cinéma » et remet en cause les arguments avancés par Paul Bérenger, notamment sur la liste des délégués.
« Li pe rod bann fos prétextes », lance-t-il, estimant que les critiques formulées autour de cette liste ne reposent sur aucun fondement. Selon lui, le processus de mise à jour a été mené de manière transparente par le secrétariat du parti, avec des notifications régulières à chaque modification.
Il explique qu’après les dernières élections, les différentes instances du MMM avaient été invitées à actualiser leurs listes respectives. « Après les élections, nous avons demandé au parti ainsi qu’à ses différentes cellules de faire une mise à jour de leurs listes. Nous avons dû annuler l’exercice vers novembre 2025. La liste finale aurait dû être soumise le 30 mars.
Comment peut-il dire que cette liste n’est pas crédible ? Est-ce que la liste du No. 16 et du No. 20 n’est pas crédible ? Mo mett li au défi check enn par enn ! », affirme-t-il. Pour Rajesh Bhagwan, l’attitude de Paul Bérenger s’explique avant tout par des considérations politiques internes. Il estime que le leader du MMM est déjà conscient de la tendance qui se dégage au sein du parti, mais refuse de l’accepter.
« La majorité est dans le camp de ceux qui veulent que le MMM reste au gouvernement. Il ne veut pas accepter et utilise de faux prétextes. Attendons le 11 avril et nous y verrons plus clair », conclut-il.Les observateurs politiques apportent, pour leur part, une lecture plus approfondie de la situation. Pour Ajay Daby, le fait de voir le leader du MMM siéger comme indépendant constitue une configuration inhabituelle qui traduit des tensions internes.
Selon lui, cette posture dépasse le simple cadre d’un choix personnel et met en lumière des divergences au sein du parti. « Avant, il s’agissait de rester au gouvernement comme backbencher. Mais là, nous voyons un cas de figure différent. Le groupe de ceux qui sont restés au gouvernement ne va pas agir du jour au lendemain. Ils vont procéder par étapes », explique-t-il.De son côté, Jocelyn Chan Low, observateur politique et historien, adopte une approche plus nuancée. Il considère que la situation, bien que singulière, s’inscrit dans une logique institutionnelle.
« Institutionnellement, si un ministre décide de ne pas rester au gouvernement, cela ne veut pas dire que le parti ne peut pas y rester. Nous assistons là à une phase transitoire. Tout peut changer de direction à tout moment », analyse-t-il.
La reconfiguration des sièges à l’Assemblée nationale est désormais enclenchée. La Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, indique avoir eu un entretien téléphonique avec Paul Bérenger à la suite de sa décision de siéger comme indépendant. Elle précise également avoir rencontré Joanna Bérenger et Chetan Baboolall à son bureau jeudi dernier afin de faire le point sur leur position.
Dans ce contexte, la Speaker affirme avoir demandé aux concernés de formaliser leur requête par écrit, conformément aux procédures en vigueur à l’Assemblée nationale. Cette démarche vise à encadrer officiellement les changements à venir et à assurer une transition ordonnée.