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Ahmed Parkar, industriel : «Le privé pourra-t-il soutenir des congés payés chaque cinq ans ?»

Sans prendre fait et cause pour le patronat sur toute la ligne, Ahmed Parkar, de Star Knitwear, entend défendre sa chapelle. Avec les amendements aux lois du travail, il estime que cela risque d’être contraignant financièrement pour les entreprises et avance que, sans le patronat, le pays serait plus pauvre. D’où sa demande pour l’ouverture de discussions avec le gouvernement.

Un mois de congés payants obligatoires après cinq années de service. Est-ce une épine dans les pieds du patronat ?
Le plus important est de savoir comment sera introduit le mécanisme, car cette mesure peut avoir un effet contraire et faire tiquer le patronat. Est-ce que le secteur privé pourra soutenir ces frais en offrant des congés payés ? Cela risque d’être contraignant financièrement. Tout comme augmenter le nombre de congés de maternité, ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais là encore, financièrement cela a un coût. Il faut que le gouvernement pense aussi au patronat dans l’équation.

Y a-t-il eu concertations avec le patronat au préalable concernant les amendements aux lois du travail ? 
J’ai reçu une correspondance en ce sens de la Mexa m’annonçant que le gouvernement comptait apporter d’importants amendements aux lois qui régissent le monde du travail. J’estime qu’il est impératif d’avoir des consultations secteur privé/gouvernement, car certains amendements pourraient peser lourd financièrement pour le patronat. Il faut avant tout voir la capacité d’absorptionde chacun. On veut bien améliorer le sort des travailleurs, mais il faut faire attention qu’on ne détruise rien en contrepartie. Pour le salaire minimum, le secteur privé a eu des séances de travail avec le gouvernement et nous sommes arrivés à trouver un consensus. Pourquoi pas un même processus pour ces amendements ?

Qu’arrivera-t-il si la chaîne de production est bloquée parce que certains ont opté pour le ‘flexitime’ ? »

Est-ce que le patronat a fait des propositions ou des contre-propositions et quelles sont-elles ? 
La Mexa compte faire des propositions et des contrepropositions également, surtout concernant certaines clauses. Comme payer des congés après tant d’années de travail, par exemple. Ma crainte demeure la suivante : les employeurs vont-ils embaucher davantage ? Certains amendements pourraient décourager le patronat et il n’y aura plus de création d’emplois.

Le Portable Gratuity Retirement Fund sera bientôt une réalité. Votre opinion ? 
C’est une très bonne mesure qui est à l’avantage des employés. Mais est-ce que l’employeur pourra verser la totalité de la contribution de l’employé qui décide de s’en aller ? C’est pour cela que je le répète : il faut des mesures réalisables, sinon il y a un risque de licenciements. Il ne faut pas introduire des amendements qui pourraient avoir un impact négatif sur l’emploi.

Dorénavant, on ne pourra plus embaucher sur une durée déterminée dans le cas d’un ‘on going business’. Cela inquiète-t-il le patronat ? 
Si demain, j’ai une grosse commande pour l’usine et que j’embauche des gens par manque de main-d’œuvre, est-ce qu’automatiquement ceux-ci deviennent permanents ? Je ne suis pas d’accord avec cette mesure.

Il ne faut pas introduire des amendements qui pourraient avoir un impact négatif sur l’emploi »

Il y a eu certains abus…
Effectivement, il y a eu des abus, mais cela ne concerne qu’une poignée. Avec ces amendements pour en finir avec les emplois sous contrat, le patronat ne va pas embaucher. Sans flexibilité, je prévois des problèmes à l’avenir. Imaginez les hôtels dans les peak periods.Ils ont l’habitude de prendre de la main-d’œuvre sur une période donnée. Si, maintenant, avec ces amendements, ces part time jobbers devraient être employés sur une base permanente... Donc, au lieu de créer de l’emploi, même à temps partiel, aucune entreprise ne le fera. Est-ce cela que nous voulons ?

Les PME disent que les nouvelles lois feront une pression de plus sur leurs finances. Que leur dites-vous ? 
Les grosses entreprises ont plus de visibilité et respectent la loi, car elles sont structurées, avec des cadres qui font de la paperasserie, qui font les comptes, qui tiennent les livres. Elles ont un responsable des Ressources humaines, entre autres. Mais les petites et moyennes entreprises n’ont pas les moyens de payer ces cadres non-productifs. Elles ont moins de visibilité pour mettre en place les amendements qui arrivent et cela pèsera davantage sur leurs finances. Si le gouvernement insiste pour introduire ces amendements, il faut qu’il mette en place un secrétariat général au sein de SME Mauritius, qui pourrait prendre en charge tout le travail administratif des PME. C’est pour cela que le gouvernement se doit de discuter avec la Mexa pour tirer au clair certaines choses.

Le « flexitime » serait-il une bonne chose pour les affaires ? 
Le flexitime est important, mais qu’arrivera-t-il si la chaîne de production est bloquée, parce que certains ont opté pour le flexitime ? Le gouvernement ne doit pas s’empresser et doit donner au secteur privé un breathing space pour ouvrir des discussions. 

Le ministre du Travail a déclaré que le patronat voyait d’un mauvais œil les amendements à venir. Est-ce le cas ?
Il y a des variables dans le monde des affaires qui sont hors de notre contrôle. Si demain, il y a une baisse dans les commandes, il faudra licencier. Maurice n’est pas isolé. Notre économie est tournée vers l’exportation. c’est pour cela qu’il ne faut pas prendre des décisions qui n’apporteront pas de résultats. Le gouvernement ne peut tout imposer du jour au lendemain. Il doit éviter les pertes d’emplois. Pour arriver à zéro chômage, avec des employés bien payés, il faut une vision à long terme, tout en prenant en considération qu’il ne faut pas se contenter des entreprises existantes. Il faut en encourager d’autres à venir s’implanter chez nous. Mais, avec des lois du travail rigides, celles-ci vont y réfléchir à deux fois avant d’investir à Maurice. Le gouvernement en place et le secteur privé ont toujours travailler dans le consensus. Il ne faut pas agir dans la précipitation.

Les syndicalistes ont une mauvaise image du patronat. Est-ce légitime ?
J’entends les critiques des syndicalistes. Ils ne font que parler, en donnant l’impression que le patronat est méchant. Ce qu’ils font semblant d’ignorer est que, sans les entrepreneurs, il n’y a pas de richesses. Ce sont eux qui réfléchissent, qui investissent, qui prennent des risques, qui vont chercher de nouveaux marchés, de nouvelles commandes. Sans le patronat, les gens seraient plus pauvres, car Maurice n’est pas le nombril du monde.

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