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Ahmad Kaudeer : les dholl puris du succès

Ahmad Kaudeer

Ahmad Kaudeer, un marchand de dholl puris, a réussi sa vie sans école, sans diplôme. Il n’a jamais couru derrière plusieurs lièvres à la fois. Persévérant et fonceur, il s’est fixé un objectif et ne s’est pas laissé distraire. Aujourd’hui, il est une marque. Portrait.

Débuts

« Le système scolaire classique ne me convenait pas du tout. Je n’aimais pas rester enfermé durant des heures dans une classe. J’ai rejoint alors mon père, qui vendait des dholl puris devant le cinéma Ritz, à Curepipe. J’avais 11 ans. Mon père ne tarda pas à prendre sa retraite, me laissant me débrouiller tout seul », raconte Ahmad Kaudeer d’emblée.

Issu d’une famille de cinq enfants, il est le seul à avoir opté pour ce métier. Il y avait de la concurrence, puisque deux autres marchands y travaillaient aussi. Chaque matin, il pédale son vélo, avec une malle, de la rue Couvent pour rallier la rue Chasteauneuf.

« Soley, lapli, so, fre, mo komans travay seter edmi. Mo pou fini sizer. Bizin lev boner pou prepar bann zingredian. Mo manz ar li toulezour set zour lor set. Mo pa ti ena oter. Alor mo pran enn kes, mo mont lor la pou servi klian », explique-t-il.

Trouvez un créneau que vous aimez. Mettez-y toute votre volonté et votre énergie. Ayez un sens de l’organisation pour que les choses se fassent vite et bien»

Danger

Il y a eu des bagarres devant le Ritz à l’époque. « Li ti danzere. Ti ena ladrog, soular, gang. Enn fwa, enn loto arete. Kat zom avek sab e kask integral desann. Zot vinn ver mwa e demann mwa: ‘To finn trouv kitsoz ?’ Mo reponn: ‘Mo pann trouv nanie’. Zot ale. Mo ti ena 15 an a lepok e mo finn gagn per. Mo kit lamal, larzan tou, mo sove. Li ti danzere. Mo finn konpran osi ki travay zedi e dimans tanto danzere », ajoute-t-il. Mais c’était tout ce qu’il savait faire dans la vie et il n’abandonna pas.

Emplacement

Puis, il quitte la rue Chasteauneuf pour vendre ses dholl puris à la gare du sud, au Bruce Square. Les clients y sont plus nombreux et il réfléchit sérieusement aux moyens de développer son business. Finalement, il parvient à louer un emplacement à la rue Cere. Il redouble d’efforts, emploie plusieurs personnes et fidélise sa clientèle. Il est ouvert même le dimanche après-midi. À la demande des clients se trouvant à l’étranger, il exporte son produit dans un emballage spécial.

« Zot dir mwa li touzour bon kan li ariv Lareyon ek Lerop », indique-t-il. Il aime voyager, mais ne peut le faire actuellement. Il ne sort même pas avec la famille durant la journée. Les soirs parfois. « Kan ou kontan ou travay, li vinn enn plezir, pa enn korve ni enn prizon ! » lance-t-il.

J’ai toujours voulu avoir une BMW. J’ai pu m’en acheter une. Ce qui me ferait vraiment plaisir, c’est de dénicher à Curepipe un terrain assez grand pour y habiter et tenir ce commerce avec assez d’espace pour un restaurant et un parking. C’est ma seule ambition»

La marque Kaudeer sera-t-elle présente dans d’autres villes à l’avenir ? « J’ai trois fils. Ce sera à eux d’en décider. Moi, je suis satisfait de mon sort. Je crains une expansion, parce que dans ce domaine, les appareils ne suffisent pas. Il faut des employés sérieux et croyez-moi, c’est difficile d’en trouver. Vous savez, j’ai toujours voulu avoir une BMW. J’ai pu m’en acheter une. Ce qui me ferait vraiment plaisir, c’est de dénicher à Curepipe un terrain assez grand pour y habiter et tenir ce commerce avec assez d’espace pour un restaurant et un parking. C’est ma seule ambition. »  

Regrette-t-il de ne pas avoir étudié ? Aucun regret, dit-il avec conviction. « Je n’aimais pas l’école. Sur le plan financier, je n’aurais jamais progressé aussi vite. »

Succès

Quelles sont les qualités nécessaires pour réussir sur le plan professionnel ? « Trouvez un créneau que vous aimez. Mettez-y toute votre volonté et votre énergie. Ayez un sens de l’organisation pour que les choses se fassent vite et bien. »

« Mwa mo pas viv dan le pase ni dan fitir. Mo prepar lavenir, me mo viv dan prezan. Parey kouma sa interiew la. Mo pa reflesi nanie. Mo pe koz ar ou. Enn lot kalite, ou bizin adapte, mobil. Si mo anploye absan, mo pran moto, mo livre mo dholl puri. Mo rod tou seki konkre, pratik, itil. Les mo azoute osi ki ou fami bizin stab, alor ou fer plis progre dan ou travay. Touleswar mo pass mo letan avek mo fami. » 

Quel regard porte-t-il sur les jeunes ? « Les parents ne les guident pas assez. Des enfants de 15 à 17 ans fument, prennent des boissons alcoolisées, se droguent. Ils se laissent facilement influencer par leurs amis.

L’espace à côté de Monoprix a dû être fermé. Les étudiants se battaient à coups de poing ou avec des cutters. La State Bank a dû leur interdire l’accès aussi à cause de leur comportement indécent, de leur ivresse et de leur langage grossier », fait-il observer.

Feroz Saumtally