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Agriculture : les petits planteurs boudent la coupe 2018

canne a sucre Les planteurs déplorent les coûts élevés de main-d’œuvre pour la coupe et pour la transportation à l’usine.

La production sucrière tournerait autour de 330 000 tonnes en 2018. En sus du climat défavorable, l’industrie se trouve dans une situation dramatique. Les planteurs préfèrent laisser la canne brûler et pourrir au lieu de les envoyer à l’usine. Le point avec les opérateurs du secteur et les planteurs.

La production sucrière pour 2018 est revue à la baisse à environ 330 000 tonnes de sucre par la Chambre d’Agriculture en raison des conditions climatiques actuelles. Elle se base sur une production de canne de presque 3,4 millions tonnes et d’un taux d’extraction moyen de 9,99 %. L’estimation initiale en mai 2018 était de 350 000 tonnes de sucre.

Selon la Chambre d’Agriculture, les petits planteurs envoient moins de cannes à l’usine en raison d’une part, du faible prix déjà annoncé et d’autre part, d’un manque de visibilité quant aux mesures d’accompagnement attendues des autorités dans ce contexte particulièrement difficile. Au 18 août, ce sont 82 000 tonnes de cannes qui ont été brûlées, parmi 60 000 tonnes n’étaient pas prévues et pas encore arrivées à maturation. Cela a un impact direct sur le programme de coupe du « factory area ».

Pour le secrétaire de la Small Planters Association, Kreepalloo Sunghoon, cette situation est le résultat d’une décision du gouvernement. « Le gouvernement a demandé au Mauritius Sugar Syndicate de payer aux petits planteurs une avance de 80 % des revenus sur la vente de sucre. Mais, cette avance est insuffisante pour couvrir les coûts de la main-d’œuvre pour la coupe et du transport vers l’usine. Ainsi, les planteurs préfèrent abandonner leurs champs », déplore-t-il.

Il indique que pour chaque tonne de sucre, les petits planteurs perdent entre Rs 7 000 et Rs 8 000 actuellement. Selon lui, s’il y a dix ans de cela, le pays comptait 26 000 petits planteurs de cannes, aujourd’hui il n’en reste que 12 000 planteurs.

Abandon des cultures

Kailash Ramdharry, ex-président de la Small Planters Welfare Fund et président du mouvement coopératif de Grand-Sable, abonde dans le même sens. « Plus de 3 500 petits planteurs de cannes ont abandonné leurs champs cette année, ce qui représente une baisse de 30 % dans la récolte des petits planteurs.  Ainsi, la révision de la production du sucre à la baisse est justifiée », avance-t-il.

Selon lui, les petits planteurs reçoivent un paiement d’avance de Rs 490 sur chaque tonne de canne à sucre. « Toutefois, le coût de la coupe et du transport de la canne à l’usine dépasse Rs 600.  D’ailleurs, les planteurs du Sud qui ont des cultures sur les montagnes payent jusqu’à Rs 750 la tonne pour envoyer les cannes au moulin », fait-il observer.  Pour lui, les petits planteurs n’ont jamais été dans une situation aussi critique.

Salil Roy, président de la Planters’ Reform Association, partage cet avis. « Les petits planteurs se trouvent dans une situation alarmante. Ils n’arrivent pas à couvrir les frais de la coupe et du transport de la canne. C’est triste de voir les cannes délaissées dans les champs », déplore-t-il. Il demande aux autorités de prendre des actions rapidement pour sauver l’industrie de la canne à sucre.

Devesh Dukhira : « Il nous faut s’adapter »

Une production de 330 000 tonnes de sucre suffit-elle pour respecter les engagements du pays ?  Le Chief Executive Officer du Mauritius Sugar Syndicate, Devesh Dukhira, est catégorique. « Nous allons exporter en nous basant sur ce que nous avons produit. Il faut s’adapter. Les ventes se feront au fur et à mesure de la production », dit-il. Cependant, pour lui, la baisse de la production n’est pas aussi grave que la chute du prix du sucre blanc sur le marché international. « Le prix du sucre ne cesse de baisser sur le marché mondial. Aujourd’hui, il est à USD 330 (Rs 11 467) la tonne de sucre blanc. Et les planteurs obtiennent Rs 9 700 la tonne. Alors qu’en 2015, le prix était de Rs 15 570 la tonne. Cela représente une baisse de plus de 30 % », indique le CEO.