Agriculture : le prunier de cythère menacé par un insecte venu d’Asie
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
Les pruniers de Cythère, autrefois généreux, sont désormais dénudés en quelques semaines. Le « Hog Plum Beetle », insecte invasif originaire d’Asie du Sud-Est, menace ce fruit emblématique des jardins mauriciens. Face à sa prolifération rapide, le ministère de l’Agriculture explore des solutions biologiques pour protéger les arbres et l’écosystème.
Depuis plusieurs mois, des planteurs à travers l’île tirent la sonnette d’alarme. Leurs pruniers de Cythère, autrefois verdoyants et chargés de fruits, se retrouvent dénudés en quelques semaines. En cause : le « Podontia quatuordecimpunctata », plus connu sous le nom de « Hog Plum Beetle ». Cet insecte ravageur a été recensé pour la première fois à Maurice le 17 mars 2025, à Gentilly, Moka, où il a été observé se nourrissant des feuilles du fruit de Cythère (« Spondias dulcis »). Depuis, sa présence s’est étendue, suscitant une inquiétude croissante chez les cultivateurs.
« Nous pensions que c’était un insecte comme les autres, mais très vite nos arbres fruitiers sont devenus secs », confie un planteur de l’Est, impuissant face à la rapidité des dégâts. Les larves et les coléoptères adultes s’attaquent aux feuilles, provoquant une défoliation massive. Certains exploitants affirment avoir vu leurs arbres fruitiers disparaître sous leurs yeux en un rien de temps.
Originaire d’Asie du Sud-Est, le « Podontia quatuordecimpunctata » est considéré comme un insecte invasif redoutable. En l’absence de prédateurs naturels adaptés, sa prolifération peut être rapide et difficile à contenir. Face à la menace, les services agricoles ont déjà mis en place des stratégies de contrôle inspirées des méthodes utilisées dans les pays asiatiques touchés ». Parmi elles, l’utilisation du champignon « Beauveria bassiana », aussi connu sous le nom de « white muscardine fungus (WMF), qui agit comme agent biologique contre l’insecte. Des punaises prédatrices, notamment « Eocanthecona furcellata » (Hemiptera : Pentatomidae), sont également utilisées dans certains pays pour limiter la population du coléoptère.
En cas d’infestation sévère, des traitements chimiques peuvent être recommandés, mais la riposte pourrait bientôt franchir une nouvelle étape. Les services agricoles, sous l’égide du ministère de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, envisagent d’introduire prochainement un parasite spécifique capable de lutter naturellement contre le « Hog Plum Beetle ». Toutefois, au-delà des solutions ponctuelles, le ministère travaille sur une stratégie biologique à plus long terme.
Le Dr Preeaduth Sookur, responsable du département d’entomologie au ministère de l’Agriculture, explique : « Nous sommes déjà sur un projet en collaboration avec des scientifiques d’Afrique du Sud pour trouver un prédateur efficace et sans danger, adapté à notre climat ». Selon lui, l’introduction d’un agent biologique doit être menée avec prudence afin d’éviter tout déséquilibre écologique. « D’autres pays comme la Thaïlande et les Philippines ont adopté certains insectes pour lutter contre cette espèce de coléoptère. Nous étudions ces modèles pour identifier une solution appropriée à Maurice », précise-t-il.
L’objectif : restaurer un équilibre écologique et freiner durablement la progression de cet insecte invasif. En attendant, les planteurs, préoccupés par les pertes économiques, restent sur le qui-vive.