Agression mortelle au foyer Mon Destin : le combat du frère de Rebecca Larétif pour la vérité

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 15 mars 2026 à 12:00
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rebecca
La maison de retraite Mon Destin, à Forest-Side, où Rebecca Larétif a été retrouvée morte. La mort de Rebecca Larétif, 33 ans, suscite colère et interrogations.
  • « Bizin ferm sa sant-la », martèle-t-il
  • Il dit être victime de tentatives d’intimidation pour le faire taire

Six jours après la mort de sa sœur Rebecca dans une maison de retraite à Forest-Side, son frère Frederick se bat pour obtenir des réponses. Face à lui : le mutisme d’un établissement qu’il accuse d’opacité, et des pressions qu’il dit avoir reçues pour le faire taire.

Frederick n’a pas dormi. Pas vraiment, pas depuis ce mardi 10 mars où un proche – pas le centre, pas la direction – lui a appris que sa sœur, Rebecca Larétif, était morte. Il était 10 h 40 du matin. Les faits s’étaient produits vers 3 heures. Sept heures s’étaient écoulées dans le silence.

Rebecca Larétif avait 33 ans. Elle était pensionnaire de la maison de retraite Mon Destin, à Forest-Side, où elle avait été placée pour être prise en charge. Aux petites heures du mardi 10 mars, elle a été retrouvée étendue au sol, des blessures dans le dos, du sang sur les mains. Un câble électrique découvert sur les lieux est soupçonné d’avoir servi à l’étrangler. L’autopsie pratiquée par les Drs Sudesh Kumar Gungadin et Prem Chamane a confirmé le décès par strangulation. 

Une autre résidente de l’établissement, Marie Isabelle Mégane Ang-Ho, 22 ans, a été provisoirement inculpée de meurtre devant le tribunal de Curepipe. Elle a depuis été placée à l’hôpital psychiatrique de Brown-Séquard, après être passée aux aveux devant les enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe.

Ce qui consume Frederick, ce n’est pas seulement le deuil. C’est l’absence. L’absence d’un appel, d’une explication, d’un geste. Lorsqu’il a lui-même contacté le centre après avoir appris la nouvelle par des tiers, la réponse au téléphone aurait été brève : « Madam Rebecca finn mor ». Interrogée sur les circonstances, son interlocutrice n’aurait fourni aucune explication, avant de lâcher, sur un ton qui a blessé Frederick autant que le reste : « Fer seki ou anvi ou. »

Pire encore : selon Frederick, des agents de police lui auraient confié que le centre avait affirmé que Rebecca n’avait pas de famille. « Zot dir mo ser pa ti ena fami, pena personn ar lapolis. Se lapolis mem ki dir nou sa kan nou ti pe al konfirm dese », relate-t-il, la voix lourde, aux côtés de son épouse.

Le jour des funérailles, aucun représentant de Mon Destin ne s’est présenté. Des responsables d’anciens foyers où Rebecca avait séjourné ont, eux, fait le déplacement pour soutenir la famille.

Frederick décrit un établissement hermétique, peu accessible aux familles. « Zot oper dan lopasite. Kan vinn vizite, zot pa les rantre, laport plis ki prizon », dit-il. Pour lui, le fond du problème est là : sa sœur aurait dû être protégée. Elle avait été confiée à des professionnels précisément pour cela. « Nou pou al de-lavan ar sa ‘case’-la. Sa pa pou fini la », prévient-il.
Sa conviction est désormais arrêtée : « Bizin ferm sa sant-la. » Il dit avoir eu vent, au fil du temps, de multiples actes de traitements douteux et d’agissements troublants au sein du foyer, sans pour l’heure en apporter la preuve publiquement.

Des pressions pour le faire taire

Mais ce qui a poussé Frederick à franchir un pas supplémentaire, c’est ce qui s’est passé après. Après qu’il a témoigné auprès de Défi Media sur la mort de sa sœur, une femme se présentant comme responsable du centre Mon Destin l’aurait contacté pour lui demander de faire retirer la publication. « Zot dir mwa zot pou pourswiv mwa akoz mo’nn koz lor Defi Media », rapporte-t-il. 

Elle lui aurait également demandé de faire retirer sa vidéo publiée sur Facebook ; une vidéo que Frederick n’avait pourtant pas lui-même sollicitée auprès du média. Vendredi, Frederick a enregistré une Precautionary Measure au poste de police de Curepipe, afin de garder trace de ces appels et de se protéger juridiquement.

De son côté, le directeur de Mon Destin a affirmé n’avoir rien à se reprocher quant au traitement des pensionnaires, renvoyant à l’enquête policière en cours le soin d’établir les circonstances exactes du drame. « Je laisse le soin à la police de mener l’enquête, en vue de faire la lumière sur les circonstances exactes », a-t-il déclaré.

Frederick, lui, n’attend pas. Il dit vouloir engager toutes les procédures nécessaires pour que la vérité éclate. Sa question, il la pose simplement, sans détour : « Nou bizin kone exakt kouma li fi’nn mor e kifer personn pa’nn tir li kan ti pe et agrese. »

L’enquête de la Criminal Investigation Division de Curepipe se poursuit afin d’établir l’ensemble des circonstances entourant le décès de Rebecca Larétif.

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