AGOA : Maurice obtient un an d’accès préférentiel au marché américain

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 5 février 2026 à 12:00
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Chaque année, des produits mauriciens d’une valeur d’environ Rs 8 milliards sont exportés vers les États-Unis.

Avec la prolongation d’un an de l’African Growth and Opportunity Act, Maurice gagne un répit pour ses exportateurs. Les autorités et les opérateurs misent sur ce délai pour préparer un futur accord commercial bilatéral, garantissant un accès plus stable au marché américain.

Les États-Unis ont officiellement réactivé, mardi 3 février, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) pour une durée d’un an, relançant ainsi un dispositif clé qui permet à de nombreux produits africains d’accéder au marché américain sans droits de douane. L’accord est prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, avec effet rétroactif au 30 septembre 2025, date de son expiration initiale. Cette extension est incluse dans la loi promulguée par le président Donald Trump.

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Ritish Ramful, ministre des Affaires étrangères. 

Le représentant américain au Commerce, l’ambassadeur Jamieson Greer, a souligné que « l’AGOA pour le 21ᵉ siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux tout en offrant un meilleur accès au marché aux entreprises, agriculteurs et éleveurs américains ». Selon lui, le programme doit continuer à renforcer les échanges entre les États-Unis et l’Afrique, tout en étant modernisé pour s’aligner sur la politique commerciale America First. Il a également précisé que l’United States Trade Representative (USTR) travaillera prochainement avec les agences concernées afin de mettre en œuvre les ajustements nécessaires au tarif douanier harmonisé des États-Unis découlant de cette réautorisation.

Le renouvellement de l’AGOA pour une durée d’un an constitue un véritable soulagement pour les exportateurs mauriciens. C’est ce qu’affirme le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful. Selon lui, cette décision offre une meilleure visibilité aux opérateurs économiques. « Au moins pour la prochaine année, les exportateurs ont désormais une meilleure visibilité et peuvent planifier leurs commandes plus sereinement », déclare-t-il.

Le ministre souligne que ce renouvellement est le résultat de plusieurs cycles de négociations entre Maurice et les États-Unis, impliquant notamment le Premier ministre mauricien. « Dans un premier temps, nous avions proposé au Congrès américain un renouvellement de l’accord pour trois ans. La Maison-Blanche a finalement opté pour une durée d’un an, mais cela reste une bonne nouvelle », explique Ritish Ramful.

Par ailleurs, il met en avant l’importance de l’effet rétroactif de la mesure. « Toutes les commandes passées depuis septembre 2025 seront exemptées de droits de douane », précise-t-il. Il ajoute que chaque année, des produits mauriciens d’une valeur d’environ Rs 8 milliards sont exportés vers les États-Unis, soutenant près d’un millier d’emplois, principalement dans le secteur textile. À plus long terme, le gouvernement mauricien vise la conclusion d’un accord bilatéral avec Washington. « Notre objectif est d’offrir une visibilité durable à nos exportateurs », affirme le ministre.

Le saviez-vous ?

L’AGOA offre aux pays éligibles d’Afrique subsaharienne un accès en franchise de droits au marché américain pour plus de 1 800 produits, en plus des plus de 5 000 produits déjà concernés par le programme des Systèmes de Préférences Généralisées (SPG). Pour répondre aux exigences strictes d’éligibilité de l’AGOA, les pays doivent établir ou progresser continuellement vers l’établissement d’une économie de marché, le respect de l’état de droit, le pluralisme politique et le droit à une procédure régulière. De plus, ils doivent éliminer les barrières au commerce et aux investissements américains, adopter des politiques de réduction de la pauvreté, lutter contre la corruption et protéger les droits humains.

Lilowtee Rajmun-Jooseery, directrice de la MEXA : «Un accord bilatéral assurerait un accès durable au marché américain»

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Lilowtee Rajmun-Jooseery, directrice de la Mauritius Export Association (MEXA), souligne que le renouvellement de la loi a été le fruit d’un processus long et particulièrement complexe, bien plus difficile que lors des précédentes échéances. « Nous sommes tout de même soulagés d’avoir obtenu ce renouvellement, ne serait-ce que pour un an. Évidemment, nous espérions une durée plus longue, mais cette année nous offre malgré tout une marge de manœuvre », confie-t-elle. Selon elle, ce délai constitue une véritable fenêtre stratégique pour approfondir les relations commerciales avec les États-Unis.
Désormais, l’objectif de la MEXA est clairement défini : engager des discussions en vue d’un accord commercial bilatéral. « Cette année devrait être suffisante pour entamer des négociations avec les États-Unis autour d’un bilateral trade agreement », affirme Lilowtee Rajmun-Jooseery. Un tel accord permettrait, selon elle, d’assurer une stabilité bien plus durable que les renouvellements successifs de dispositifs temporaires. « Un accord commercial bilatéral offrirait une pérennité en matière d’accès préférentiel au marché américain, contrairement à une loi de courte durée », explique-t-elle.

La directrice de la MEXA précise que les démarches sont déjà engagées, en étroite collaboration avec les autorités mauriciennes. « Nous avons bien avancé avec le gouvernement et ces démarches se feront conjointement, bien entendu », indique-t-elle. Des échanges formels ont déjà eu lieu et les premiers retours se veulent encourageants. « Nous avons reçu des réponses assez positives de la part des autorités américaines, ce qui démontre qu’au niveau gouvernemental, il existe une réelle volonté de travailler ensemble en faveur de cette bilatéralité », ajoute-t-elle.

François de Grivel, industriel : «Le renouvellement aurait dû être pour au moins trois ans»

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Le renouvellement de l’AGOA pour une durée d’un an est perçu comme un signal positif par l’industriel François de Grivel, même s’il estime que ce délai reste insuffisant pour consolider les échanges commerciaux avec les États-Unis. « Le renouvellement d’AGOA pour un an est très encourageant, mais trop court, parce qu’un an ne permet pas de relancer le commerce avec l’Amérique ou de le maintenir de façon solide », souligne-t-il.

Selon lui, l’idéal aurait été une prolongation de trois ans, comme initialement envisagé. « Nous aurions dû avoir, comme prévu, jusqu’en 2028. Je suggère au gouvernement et à l’ensemble de l’association mauricienne de renégocier cet accord », insiste François de Grivel, rappelant qu’un horizon trop court complique la prise de décisions à long terme.

L’industriel reconnaît toutefois que le commerce avec les États-Unis ne s’est jamais totalement arrêté, malgré les fluctuations tarifaires. « Il y a eu un moment où les droits de douane sont montés jusqu’à 40 %, avant de redescendre à 15 % », explique-t-il. Il salue également l’effet rétroactif du renouvellement. « Les droits de douane ne s’appliquent pas de septembre 2025 à septembre 2026, ce qui est une bonne chose ». Pour François de Grivel, la voie à privilégier reste celle d’un renforcement des relations bilatérales. « Il faut continuer à améliorer notre commerce et développer des relations bilatérales entre Maurice et les États-Unis », affirme-t-il.

Aadil Ameer Meea : « 2026, une année charnière pour nos exportations »

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La prolongation de l’AGOA jusqu’au 31 décembre 2026 par les États-Unis donne un sursis limité aux pays bénéficiaires, dont Maurice. Une décision dont le ministre de l’Industrie, des PME et des Coopératives, Aadil Ameer Meea, a pris acte, en soulignant qu’elle offre avant tout une visibilité à court terme aux opérateurs économiques.

Alors qu’une extension sur une période plus longue avait été évoquée, Washington a finalement opté pour une reconduction d’un an. Un choix qui maintient les échanges dans un cadre connu, mais qui laisse peu de marge à moyen terme pour les exportateurs dépendant de ce dispositif.

Pour le ministre, cette décision confirme néanmoins le caractère stratégique des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique. Maurice, a-t-il rappelé, continue de se positionner comme un partenaire fiable, respectueux des règles commerciales internationales et engagé dans des pratiques fondées sur la transparence et la durabilité.

L’échéance de 2026 reste toutefois un point de vigilance. Le gouvernement considère cette prolongation comme une période charnière devant permettre d’anticiper l’avenir des exportations mauriciennes. Dans cette optique, des démarches devraient être renforcées afin d’intensifier les échanges bilatéraux avec les États-Unis et d’évaluer la possibilité d’un accord commercial spécifique entre les deux pays, au cas où l’AGOA ne serait pas reconduit au-delà de cette date.

Parallèlement, les autorités entendent poursuivre la stratégie de diversification des marchés et de montée en gamme de l’appareil productif, tout en renforçant la compétitivité des exportateurs, dans un contexte international marqué par une concurrence accrue et des règles commerciales en constante évolution.

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