Affaire «Hacker» : la FCC examine un audit lié à des transactions en cryptomonnaies
Par
Reshad Toorab
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Reshad Toorab
Arrêté dans le cadre d’une enquête de la Financial Crimes Commission, Keshwarsing Nadan reste au centre d’un dossier portant sur des opérations en cryptomonnaies estimées à plusieurs milliards de roupies. De nouveaux documents versés à l’enquête et des éléments liés à des audits comptables relancent les interrogations sur des certifications financières impliquant plusieurs sociétés et intervenants du secteur.
L’affaire impliquant Keshwarsing Nadan, alias « Hacker », poursuivi dans le cadre d’une enquête menée par la Financial Crimes Commission (FCC), continue de prendre de l’ampleur avec de nouveaux éléments versés au dossier. Des documents soumis à la FCC et des éléments liés à la défense de l’expert-comptable M. K. s’inscrivent dans un dossier portant sur des opérations en cryptomonnaies estimées à plusieurs milliards.
Arrêté en avril pour des soupçons de transactions en bitcoins évaluées à plusieurs dizaines de millions de roupies, ce Software Engineer de 36 ans, domicilié à Flic-en-Flac, reste au centre d’une investigation aux ramifications locales et internationales. Selon des informations recoupées, des documents ont été soumis aux enquêteurs le mardi 12 mai afin d’appuyer des soupçons portant sur de possibles irrégularités dans la certification de documents financiers liés à deux sociétés : XBX Ltd et Xyberdata Ltd.
Il ne s’agit pas d’une plainte formelle, mais de pièces additionnelles versées à la FCC dans le cadre de l’enquête déjà ouverte, visant à soutenir des allégations relatives à des audits et rapports comptables jugés controversés par les enquêteurs.
Les documents transmis aux autorités évoquent plusieurs anomalies supposées dans la réalisation de certains travaux comptables, selon les éléments du dossier. L’un des points les plus sensibles concerne un audit et un Review Engagement Report réalisés sur une période très courte, entre le 4 et le 8 décembre 2023.
Dans un secteur aussi complexe que celui des actifs numériques, cette rapidité soulève des interrogations, selon des sources proches de l’enquête, d’autant plus que les montants en jeu sont particulièrement élevés.
Les états financiers examinés feraient état de chiffres très importants : XBX Ltd aurait déclaré environ USD 3,75 milliards en actifs numériques, soit près de Rs 175 milliards, tandis que Xyberdata Ltd afficherait environ CHF 19,1 milliards, soit près de Rs 1 147 milliards. Ces montants, particulièrement élevés, sont actuellement examinés dans le cadre de l’enquête.
L’un des axes de l’enquête concerne les conditions dans lesquelles le Review Engagement Report aurait été émis. Selon les éléments du dossier, le document aurait été signé sous le nom d’un cabinet comptable basé à Ébène, donnant une apparente validation institutionnelle aux opérations financières concernées.
C’est dans ce contexte que l’intervention d’un associé fondateur du cabinet, identifié dans le dossier comme M.K., est évoquée dans l’enquête.
Selon les éléments recueillis, certaines certifications auraient été réalisées dans un cadre interne restreint, sans que l’ensemble des associés ne soit nécessairement informé de l’ampleur complète des opérations liées aux actifs numériques.
Sollicité, l’expert-comptable M.K. apporte sa version des faits. Il explique que la mission en question relevait d’un Statutory Audit assimilé à une « agreed upon procedure », dans le cadre d’une démarche de conformité interne.
Selon ses explications, son intervention s’inscrivait dans une mission à usage interne, demandée par le groupe concerné à la suite d’une réunion, afin de produire un rapport destiné aux directeurs de la société. « Mon rôle en tant qu’auditeur, j’ai été contacté par le groupe de la société concernée. Suite à une réunion, ils avaient besoin d’un rapport d’audit pour des fins internes uniquement, destiné aux directeurs internes », explique-t-il.
Il ajoute avoir travaillé sur la base des données disponibles dans les systèmes informatiques de l’entreprise au moment de l’intervention : « J’ai réalisé l’audit et j’ai soumis le rapport en me basant sur les données physiques et systèmes disponibles. »
Concernant la nature des actifs numériques, M.K. souligne la volatilité du secteur : « Il ne s’agit pas d’un actif physique mais d’un actif virtuel. Sa valeur n’est pas stable et peut varier. »
Il précise enfin que si une plainte ou des demandes d’éclaircissements sont adressées à la FCC, il est disposé à fournir toutes les explications nécessaires : « S’il y a une plainte à la FCC, je suis prêt à apporter toutes les explications nécessaires. »
Par ailleurs, des éléments du dossier indiquent qu’un associé fondateur du cabinet, également identifié dans le cadre de l’enquête comme M.K., serait intervenu dans certaines validations internes liées au processus de certification.
Cette situation amène les enquêteurs à s’intéresser à la gouvernance interne du cabinet, notamment aux procédures de supervision des missions, à la circulation de l’information entre associés et aux mécanismes de validation des rapports émis sous le nom de la firme.
Au-delà des aspects comptables, les enquêteurs s’intéressent à la cohérence globale des flux financiers évoqués dans le dossier. Les documents examinés font état de transferts et d’investissements en bitcoins pouvant dépasser 250 000 unités, des éléments actuellement analysés dans le cadre de l’enquête.
Ces données auraient également été utilisées dans des démarches impliquant Nilam Resources, une société sud-américaine ayant annoncé un projet d’acquisition de 24 800 bitcoins en partenariat avec Xyberdata.
Cette opération, estimée à plus d’un milliard de dollars américains selon les annonces publiques, avait déjà suscité des interrogations dans les milieux financiers internationaux, certains observateurs évoquant des montages complexes et difficiles à tracer.
À ce stade, la FCC poursuit ses investigations à travers l’analyse de documents, la saisie de matériels informatiques et l’examen de transactions numériques. Les enquêteurs cherchent à reconstituer les flux financiers, identifier les bénéficiaires et déterminer si des infractions liées au blanchiment, à la fraude ou à des irrégularités comptables ont pu être commises.
Dans cette affaire complexe mêlant cryptomonnaies, audits rapides et structures internationales, les prochaines étapes de l’enquête pourraient s’avérer déterminantes pour établir la réalité des opérations financières et le rôle des différents intervenants.
Cette affaire a également attiré l’attention au-delà de Maurice. Plusieurs médias internationaux spécialisés dans les cryptomonnaies et les marchés financiers, dont PANews, ont relayé des informations concernant une opération impliquant Xyberdata et la société sud-américaine Nilam Resources.
L’affaire a pris une dimension supplémentaire lorsque l’ancien CEO de Nilam Resources, Ron McIntyre, s’est exprimé publiquement pour prendre ses distances avec l’opération.
Selon des propos rapportés par des médias spécialisés, il aurait indiqué avoir quitté ses fonctions et demandé le retrait de son nom des documents liés à cette transaction.
Il aurait également évoqué, dans ses déclarations, les caractéristiques d’un schéma spéculatif de type « pump and dump », une stratégie consistant à gonfler artificiellement la valeur d’un actif avant un repli brutal du marché. Toujours selon ces éléments, il aurait mentionné que la FINRA pourrait s’intéresser à ce dossier.
Selon les annonces publiques, Nilam Resources devait acquérir une entité baptisée “MindWave”, en partenariat avec Xyberdata, afin d’obtenir l’accès à 24 800 bitcoins, soit une valeur estimée à plus de USD 1,2 milliard.
Des analystes financiers et observateurs du secteur crypto ont toutefois soulevé des interrogations sur la crédibilité de l’opération, notamment en raison du manque d’éléments détaillés sur son financement.
Les données financières accessibles publiquement montrent par ailleurs que Nilam Resources disposait de moyens limités au regard des montants annoncés.