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Affaire CNT : une enquête interne ouverte après une vidéo qui fait polémique

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 13 février 2026 à 11:47
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Haniff Peerun, du Mauritius Labour Congress, dénonce  un climat d’impunité préoccupant. Le sociologue Rajen Suntoo estime que la société est en déclin.
Haniff Peerun, du Mauritius Labour Congress, dénonce un climat d’impunité préoccupant. Le sociologue Rajen Suntoo estime que la société est en déclin.

La diffusion d’une vidéo montrant trois employés de la CNT endormis sur leur lieu de travail a suscité une vive polémique. Une enquête interne a été ouverte, tandis que responsables politiques, syndicaux et experts évoquent un malaise plus large.

La polémique enfle autour de la Corporation Nationale de Transport (CNT) après la diffusion d’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. Les images, largement partagées depuis ce week-end, montrent trois employés de la compagnie apparemment endormis sur leur lieu de travail. Selon plusieurs commentaires accompagnant la vidéo, ces derniers auraient été sous l’influence de substances illicites au moment des faits — une accusation qui reste à ce stade non confirmée.

Face à l’ampleur de la controverse et aux interrogations du public, le ministre du Transport, Osman Mahomed, a réagi. Selon un responsable de communication au niveau du ministère, la CNT a initié une enquête interne afin de faire toute la lumière sur cette affaire. « Il faudra attendre les retombées de l’enquête avant toute conclusion », fait-on comprendre, soulignant que « le dossier est désormais entre les mains de la direction de la compagnie ».

De son côté, le directeur de la CNT, Harvin Soonarane, confirme que des dispositions ont été prises dès la publication de la vidéo. Les trois employés concernés, tous résidant dans le Nord de l’île, ont été suspendus avec effet immédiat. Une enquête interne a également été enclenchée afin de déterminer les circonstances exactes de l’incident. « Il est encore trop tôt pour dire quoi que ce soit. Il faudra attendre leur convocation et suivre la procédure de la compagnie. C’est l’enquête qui déterminera s’il y a eu faute ou non », explique le directeur. Les employés seront convoqués dans les prochains jours pour fournir leur version des faits.

Cependant, la décision de suspension ne fait pas l’unanimité. Du côté syndical, la réaction est vive. Krishnadath Gobin, secrétaire du Transport Corporation Employees Union, conteste la mesure prise par la direction. Selon lui, une suspension basée uniquement sur une vidéo diffusée en ligne pose problème. « Je ne suis pas d’accord avec cette décision. Il y a déjà un manque d’effectif dans nos autobus. Comment peut-on se baser sur une simple photo ou vidéo et prendre une décision aussi lourde ? A-t-on vérifié les informations et l’état de ces employés avant de les suspendre ? Ce n’est pas juste », déclare-t-il.

Navin Ramgoolam : « La loi plus sévère pour les conducteurs sous influence de drogue »

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a rapidement réagi à l’incident survenu à la CNT. Intervenant mercredi 11 février, à l’occasion du Maha Shivratri Mahotsav au Ganga Talao, le chef du gouvernement a adopté un ton ferme sur la question de la conduite sous l’influence de substances illicites ou d’alcool.

Sans commenter directement l’enquête en cours, il a souligné que la sécurité des usagers de la route demeure une priorité nationale. « Nous ne pouvons pas mettre la vie de personnes innocentes en danger. Il faut que les conducteurs soient plus responsables sur les routes », a-t-il déclaré.

Navin Ramgoolam a annoncé que le gouvernement envisage un durcissement du cadre légal. « La loi sera plus sévère pour les conducteurs retrouvés sous influence de drogue ou d’alcool. Nous envisageons de saisir les véhicules s’il le faut », a-t-il affirmé, laissant entendre que des amendements pourraient être introduits bientôt pour renforcer la dissuasion.


Haniff Peerun : « Une montée de violence qui s’explique par une frustration généralisée »

Le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, s’est exprimé sur la recrudescence des agressions visant les travailleurs, notamment dans les secteurs du transport et de la santé. Selon lui, les incidents récents ne sont pas des cas isolés, mais le reflet d’un malaise plus profond qui traverse actuellement la société mauricienne.

« Nous constatons une augmentation inquiétante des agressions contre les travailleurs. Que ce soit des receveurs d’autobus, des chauffeurs, des infirmiers, voire des policiers, les cas ne manquent pas », affirme-t-il. Pour le MLC, ces actes constituent « une menace sérieuse pour la sécurité, la dignité et les droits fondamentaux des employés du service public ».

Haniff Peerun déplore également le manque d’application effective des lois existantes. « Malgré les dispositions légales prévues pour sanctionner les agressions, dans plusieurs cas, les auteurs ne sont pas inquiétés. Les victimes, quant à elles, ne bénéficient ni de protection adéquate ni de réparation. Cela favorise un climat d’impunité inacceptable », soutient-il.

Au-delà de la dimension syndicale, le président du MLC analyse cette montée de violence comme l’expression d’une frustration généralisée. « Il existe un mécontentement profond au sein de la population, lié aux difficultés économiques et sociales. Cette frustration quotidienne se transforme parfois en agressivité envers ceux qui représentent l’autorité ou le service public. »

Le MLC réclame des actions immédiates, notamment des sanctions exemplaires contre les agresseurs, la mise en place de comités de santé et de sécurité dans chaque institution et un dialogue social renforcé entre autorités, employeurs et représentants des travailleurs. « La sécurité des travailleurs n’est pas négociable. Les autorités doivent agir sans délai », conclut Haniff Peerun.

 

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