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Admission au secondaire : la révision du «zoning» réclamée

Le « zoning » dans le système éducatif est loin de faire l’unanimité.  Le différentes zones sont considérées trop vastes. D’où la réclamation des professionnels du domaine d’en augmenter le nombre pour permettre une régionalisation efficace. D’autres, en revanche, estiment qu’un redécoupage ferait l’affaire.

Le zoning actuel n’est pas logique et pratique. C’est ce qu’indique d’emblée l’ancien ministre de l’Éducation, Armoogum Parsuramen. « Sinon comment expliquez-vous qu’un enfant habitant Goodlands puisse obtenir un collège à Pailles ? » fait-il remarquer.

Il fait référence au cas de Najihah Toorabally, 11 ans. Cette  jeune habitante de Goodlands a obtenu six unités au Primary School Achievement Certificate. Elle s’est vue offrir une inscription à la State Secondary School (SSS) de Pailles qui se trouve à plus d’une trentaine de kilomètres de sa maison. Alors que le collège SSS de Goodlands est à quelques centaines de mètres seulement de chez elle. 

L’ancien ministre considère qu’il y une certaine opacité entourant le présent système d’allocation de collège. « Avec le Certifcate of Primary Education, les résultats étaient publiés dans les journaux et le public pouvait facilement comprendre le mécanisme d’allocation des collèges aux étudiants. Cela dépendait de leurs résultats. Mais avec ce nouveau système, l’allocation des collèges se fait par ordinateur, sans prendre en considération les difficultés qui peuvent surgir », explique-t-il.

Or, selon lui, il faudrait que les cas difficiles soient traités individuellement « surtout, pour que les parents puissent avoir confiance dans ce nouveau système ». « Il faudrait, au moins dans le cas Toorabally, publier la liste des étudiants ayant obtenu ce collège, leurs résultats et leur adresse », réclame-t-il.

Faizal Jeerooburkhan, pédagogue estime, pour sa part,  que les zones sont trop « stretched ». « Les zones sont tellement étendues que parfois, un enfant doit voyager d’une extrémité à l’autre pour se rendre au collège », déclare-t-il. Le Dr Michael Atchia estime, lui, que le zoning a apporté un changement considérable au niveau du secondaire. « Avec ce système, on ne voit plus un enfant sortir de Grand-Gaube, par exemple, pour se rendre dans un collège à Curepipe », souligne-t-il.

Idem pour Preety Ramjuttun de la Government Secondary School Teachers Union (GSSTU) qui trouve que « le système de zoning marche bien ». « Chaque Directorate a sous sa responsabilité un certain nombre de collèges. Ce qui lui permet de bien faire leur travail », indique-t-elle.

Faizal Jeerooburkhan

Évaluation des zones

Or, pour Vinod Seegum de la General Teachers Union (GTU), le pays est trop petit pour le diviser en trois ou quatre zones. Cela entraîne, dit-il, une inégalité en termes d’infrastructures, que ce soit au niveau primaire que secondaire. Car, il y aurait, selon le président de la GTU, de bons établissements et d’autres qui seraient moins bons.

« C’est d’ailleurs ce qui pousse certains parents à commettre des actes frauduleux en procédant à un changement d’adresse, par exemple, afin de faire admettre leurs enfants dans un établissement qui ne se trouve pas dans leur zone », dénonce-t-il. 

D’où sa demande de procéder à une évaluation scientifique du zoning actuel, afin de déterminer ses forces et ses faiblesses. « Mais aussi pour savoir si certaines zones seraient favorisées plus que d’autres », fait-il ressortir. Pour Armoogum Parsuramen, il y a urgence de revoir le zoning actuel. « Même s’il faut augmenter le nombre de zones à dix, cela ne devrait pas être un problème. Nou deza ena nef distrik, alor ki problem si nou ena dis zonn ? » fait-il remarquer.
Faizal Jeerooburkhan propose, lui, d’augmenter le nombre de zones à huit, voire plus. De sorte, dit-il, que dans la même zone, les collèges ne soient pas trop éloignés les uns des autres. Il faudrait surtout, selon le pédagogue, éviter qu’il puisse y avoir 20 kilomètres de distance entre la résidence d’un étudiant et le collège qu’il fréquente, l’obligeant ainsi à prendre plusieurs bus pour se rendre au collège.

« C’est loin d’être pratique et surtout, it defeats the purpose of the zoning system. Des experts doivent se concerter sur la question », préconise-t-il. 

Armoogum Parsuramen

« Weightage » des critères

Pour que ce système à huit zones soit efficace, Faizal Jeerooburkhan indique qu’une révision du « weightage » de chacun des critères doit être pris en considération par le ministère lors de l’allocation des collèges. « Actuellement, ces critères sont au nombre de trois : les résultats, le choix des parents et la distance entre le collège et la résidence de l’enfant. Chaque critère comporte le même weightage. Or, il faut que la distance ait préséance sur les deux autres critères », recommande-t-il. 

Le Dr Michael Atchia propose, lui, de segmenter chaque zone en six catchment areas . « On pourrait diviser chaque zone en six catchment areas. Nous nous retrouverons ainsi avec 24 subzones et chaque enfant pourra obtenir un collège se trouvant dans sa subzone. Avec le nombre de collèges à travers le pays, on peut obtenir au minimum six collèges dans chaque sous-zone », indique-t-il. Ce système propose un « développement logique » de la réforme entreprise par le ministère dans ce domaine. 

Les avantages de ce système sont, selon lui, multiples. « Primo, les élèves passeront moins de temps dans les transports. Secundo, certains pourront se rendre à l’école à pied ou à bicyclette. Et tertio, cela permettra au pays de faire des économies considérables en termes de dépenses pour le transport des étudiants. Cela éliminera par la même occasion les collèges substandard », dit-il.

Dr Michael Atchia

Niveau

D’ailleurs, la « parity of esteem » serait, selon le Dr Michael Atchia, une condition sine qua non pour la réussite de cette formule. Car il y aurait actuellement, dit-il, de bons collèges qui sont bien équipés, alors qu’il y en a d’autres qui sont « mal foutus ».

Le Dr Michael Atchia est rejoint par Faizal Jeerooburkhan à ce propos. « Pour que cela marche, et j’insiste dessus, il faut obligatoirement que tous les collèges soient du même niveau. Il faut s’inspirer, pour cela, du modèle finlandais qui est une référence en matière d’éducation dans le monde », propose le pédagogue. 

Vinod Seegum n’est, lui, cependant pas en faveur d’une augmentation du nombre de zones. Le président de la GTU propose, à la place, un redécoupage. « À titre d’exemple, les établissements de Beau-Bassin/Rose Hill pourraient être annexés à la zone 1 (Port-Louis et Nord) ou à la zone 3 (Vacoas-Phoenix et Ouest) », suggère-t-il. Un avis que partage la présidente de la GSSTU, Preety Ramjuttun qui suggère de revoir certains collèges en fonction de leur zone.

Vinod Seegum

Nombre de collèges

Si Vinod Seegum estime qu’il y a suffisamment d’établissements pour le cycle primaire, il déplore toutefois qu’avec l’avènement de la Nine-Year Schooling, de nouveaux collèges n’aient pas été construits. « Certains collèges tels que le Royal College de Port-Louis ou le Queen Elizabeth College ont été convertis en académie. Il aurait fallu, en parallèle, qu’au moins deux ou trois établissements additionnels voient le jour dans chaque zone, afin de remplacer ces collèges. On n’a pas donné d’alternative aux parents », fait-il remarquer. 

Preety Ramjuttun, de la GSSTU, pour sa part, considère que le pays compte suffisamment de collèges. « Prenons la zone 1 par exemple, il y en a à Triolet, Goodlands, Rivière-du-Rempart, Terre-Rouge, etc. Et surtout, il ne faut pas oublier que la population estudiantine dans les collèges est en déclin.  Le mieux serait peut-être de consolider les collèges existants », estime-t-elle. 

Pour Faizal Jeerooburkhan, ce qui manque ce sont « de bons collèges ». « Le nombre d’élèves admis dans les collèges est en baisse, à raison de 4 % en moyenne chaque année. D’ailleurs, certains collèges devront peut-être, à l’avenir, fermer leurs portes. Ce qui est une bonne chose pour les collèges qui n’ont pas le niveau », dit-il.  

Preety Ramjuttun

La décision du ministère contestée

Un avocat a été mis à la disposition du couple Toorabally. Objectif, demander une Judicial Review concernant la décision du ministère de l’Éducation d’allouer le collège  Pailles SSS à sa fille Najihah. L’initiative revient à Armoogum Parsuramen. Celui-ci indique avoir rencontré la famille cette semaine. « Je n’arrive pas à comprendre comment on peut demander à une jeune fille habitant Goodlands de prendre deux bus pour se rendre au collège à Pailles. Alors qu’à 200 mètres à peine de sa maison, il y a un collège. J’ai donc proposé à la famille les services d’un avocat, pro bono (gratuit) pour demander une Judicial Review », indique l’ancien ministre de l’Éducation à Le Dimanche/L’Hebdo. 

Amira Toorabally envisage un sit-in

Amira Toorabally
Amira Toorabally et sa fille Najiha.

Plus d’une semaine après la rentrée scolaire, Najiha Toorabally, 11 ans, est toujours à la maison, en attente d’une réponse du ministère de l’Éducation. Sa mère, Amira Toorabally, envisage de faire un sit-in devant le ministère si aucune alternative acceptable n’est proposée à sa fille. 

Des développements sont intervenus durant la semaine écoulée. D’abord, l’Ombudsperson for Children a pris contact avec la famille pour s’enquérir de la situation. Selon la mère de Najiha, Rita Venkatasawmy aurait promis de faire le nécessaire. Le même jour, Amira Toorabally est informée par une préposée du bureau de l’Ombudsperson for Children que c’est le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ashit Gungah, également député de la circonscription, qui va s’en occuper. Ce dernier a d’ailleurs reçu la mère de Najiha Toorabally à son bureau et aurait promis de plaider son cas auprès de son collègue de l’Éducation. 

Dans l’éventualité où les démarches n’aboutissent pas, Amira Toorabally n’écarte pas la possibilité de faire un sit-in devant les locaux du ministère de l’Éducation. « Je ne peux attendre indéfiniment le coup de fil du ministère de l’Éducation. Je ferai un sit-in, avec ma fille, devant le siège du ministère de l’Éducation aussi longtemps qu’une solution ne nous sera pas proposée », dit-elle. 

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