Addiction au réseaux sociaux: procès test à Los Angeles pour Instagram, TikTok et YouTube

Par Defimedia.info
Publié le: 27 janvier 2026 à 09:18
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Crédit photo : BBC

Un procès inédit débute ce mardi en Californie, où un jury populaire doit déterminer si TikTok, Instagram et YouTube ont sciemment conçu leurs applications pour rendre la jeunesse accro aux réseaux sociaux et s'ils peuvent être donc tenus responsables de la détérioration de leur santé mentale.

Ce procès civil, qui doit se tenir plusieurs mois devant la Cour supérieure de Los Angeles, s'annonce très suivi. Il pourrait établir un précédent juridique majeur pour toute une vague de litiges aux Etats-Unis contre les géants de la tech, accusés d'avoir volontairement organisé l'addiction aux réseaux sociaux pour maximiser leurs revenus publicitaires.

Mark Zuckerberg, le patron de Meta (Facebook et Instagram), est le plus célèbre des dirigeants appelés à la barre, même si sa comparution en personne reste incertaine.

L'audience débute mardi par un long processus de sélection du jury avant l'ouverture des débats début février.

Le procès examinera en premier la plainte d'une Californienne de 19 ans identifiée comme "K.G.M.". Son dossier a été jugé assez représentatif pour constituer une procédure test dont l'issue influera sur des centaines de plaintes similaires.

Les plaintes visent les entreprises ByteDance (TikTok), Meta (Instagram et Facebook) et Alphabet (YouTube).

Egalement attaqué, l'éditeur de Snapchat, Snap Inc., a préféré conclure un accord à l'amiable confidentiel quelques jours avant le procès, mais reste visé par d'autres procédures.

"C'est la première fois que des réseaux sociaux doivent faire face à un jury pour avoir causé du tort à des enfants", souligne Matthew Bergman, fondateur du Social Media Victims Law Center, dont l'équipe gère plus de 1.000 dossiers similaires.

"Que K.G.M. et sa famille puissent se tenir dans une salle d'audience à l'égal des entreprises les plus grandes, les plus puissantes et les plus riches du monde est, en soi, une victoire très significative", se félicite l'avocat.


– Conception contre contenu –

La jeune femme, utilisatrice de YouTube à partir de six ans puis détentrice d'un compte Instagram dès 11 ans avant Snapchat deux ans plus tard et TikTok à 14 ans, affirme avoir développé une forte addiction aux réseaux sociaux qui l'ont entraînée dans une spirale de dépression, d'anxiété et de troubles de l'image de soi.

En défense, les géants de la tech s'estiment couverts par la section 230 du Communications Decency Act, une loi américaine de 1996 qui les exonère très largement de toute responsabilité pour les contenus publiés par des utilisateurs sur leurs plateformes.

Pour contourner l'obstacle, les plaignants attaquent donc la conception même des réseaux sociaux, c'est-à-dire l'algorithme et les fonctions de personnalisation encourageant au défilement compulsif de vidéos, plutôt que les messages hébergés.

"Nous ne reprochons pas aux entreprises de réseaux sociaux de ne pas avoir supprimé les contenus malveillants de leurs plateformes", explique Matthew Bergman à l'AFP.

"Nous leur reprochons d'avoir conçu leurs plateformes pour rendre les enfants accros, et d'avoir développé des algorithmes qui montrent aux enfants non pas ce qu'ils veulent voir, mais ce dont ils ne peuvent pas détourner le regard".

La stratégie fait écho explicitement à celle menée dans les années 1990 et 2000 contre l'industrie du tabac, accusée d'avoir vendu un produit défectueux et nocif en connaissance de cause.


– Enjeu national –

La juge Carolyn Kuhl est chargée de mener ces joutes juridiques prévues sur plusieurs mois, et dont la portée ira bien au-delà de Los Angeles.

Une procédure semblable tente d'obtenir un procès d'ampleur nationale devant une juge fédérale d'Oakland, dans le nord de la Californie, dès 2026.

Plusieurs Etats ont aussi lancé des poursuites contre les plateformes, comme celle menée par un procureur de Santa Fe (Nouveau-Mexique) qui les tient responsables d'exposer des mineurs aux prédateurs sexuels.

Si le jury donne raison à K.G.M., les géants de la tech pourraient être contraints de verser d'importants dommages et intérêts, mais surtout de refondre totalement la conception de leurs algorithmes et de leurs applications.

Les entreprises concernées, jointes par l'AFP, n'ont pas souhaité s'exprimer.
© Agence France-Presse

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