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Acquitté du meurtre de Lee-Ann Palmarozza à Anahita - Peter Wayne Roberts : «Je n’ai pas pu tourner complètement la page»

Par Kursley Thanay
Publié le: 7 June 2026 à 18:47
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Peter Wayne Roberts poursuit Anahita et l’État.

Acquitté en 2016 du meurtre de sa compagne Lee-Ann Palmarozza à Anahita, l’homme d’affaires sud-africain poursuit aujourd’hui l’État mauricien pour Rs 1,3 milliard. Dix ans après les faits, il dit ne jamais avoir tourné la page.

Il parle calmement, sans élever la voix. Assis dans le hall de l’hôtel Le Labourdonnais, au Caudan Waterfront, Peter Wayne Roberts regarde les allées et venues des passants. À 51 ans, l’homme d’affaires sud-africain revient sur les 12 dernières années de sa vie. Les blessures, dit-il, sont toujours là.

Pour beaucoup, son nom reste indissociable d’une affaire qui a défrayé la chronique à Maurice. Le 29 décembre 2014, Lee-Ann Palmarozza, sa compagne sud-africaine de 35 ans, est retrouvée morte dans une piscine à Anahita, où le couple passait les fêtes de fin d’année. Peter Wayne Roberts est arrêté, puis poursuivi. En 2016, après 15 mois de détention préventive, il comparaît devant la Cour d’Assises pour « manslaughter ». Le jury l’acquitte (voir plus loin). « Ils ont essayé de me tenir responsable. Mais j’ai été acquitté. » Pour lui, tout est dit.

Dix ans après les faits, deux actions civiles sont toujours devant la Cour suprême. La première, dirigée notamment contre l’État mauricien et la police, réclame Rs 1,3 milliard. La seconde, contre les sociétés liées au projet Anahita, porte sur Rs 136 millions. Des montants considérables, qu’il se refuse à présenter comme l’essentiel. « C’est une question de principe. Les dommages que je réclame reflètent les pertes que j’ai subies. » 

La Cour, dit-il, sera seule à déterminer si ses demandes sont fondées. Ce qu’il dit vouloir avant tout, c’est la responsabilité. « Les gens veulent voir des actions. Ils veulent voir des comptes être rendus. »

Liens étroits avec l’île Maurice

Avant 2014, Maurice était pour Peter Wayne Roberts bien plus qu’une destination. L’histoire commence avec son père, Managing Director d’un important groupe industriel sud-africain avant de créer sa propre entreprise dans le secteur du plastique. Une entreprise qui l’amène à tisser des liens avec l’île dès 1987. Peter Wayne Roberts, lui, la découvre l’année suivante, à 14 ans. « Maurice était un pays différent. C’est impressionnant de voir son évolution. »

Après des études au prestigieux St John’s College de Johannesburg puis à l’université, il choisit une voie distincte de celle de son père. Là où ce dernier évoluait dans l’industrie, lui se tourne vers les marchés financiers. « J’ai étudié le commerce et j’ai toujours voulu travailler dans la bourse. » Très jeune, il rejoint une société spécialisée dans le négoce d’actions en Afrique du Sud et construit progressivement sa carrière dans la finance.

À partir des années 2000, Maurice prend une place croissante dans sa vie. Entre 2002 et 2010, il y passe entre quatre et dix semaines par an, principalement au Touessrok et au Saint Géran. Mais ces séjours ne sont pas des vacances. « En plus de trente ans de carrière, je n’ai jamais réellement pris de vacances. Où que j’aille, je travaille. » 

Il dit avoir été parmi les premiers professionnels de son secteur à exécuter des opérations boursières à distance via des réseaux privés virtuels, depuis sa chambre d’hôtel. « Aujourd’hui cela paraît normal, mais c’était déjà possible il y a vingt-cinq ans. »

Au-delà du travail, il dit avoir développé un attachement particulier envers les Mauriciens, prenant l’habitude de quitter les complexes hôteliers pour visiter les villages, aller au marché central de Port-Louis, parler avec les gens. « Les Mauriciens sont accueillants, gentils et attentionnés. » 

Le théâtre du pire

Originaire d’un pays marqué par l’apartheid, il dit avoir toujours essayé de voir les individus au-delà de leur couleur de peau. « Je suis peut-être blanc à l’extérieur, mais je crois que nous sommes tous les mêmes à l’intérieur. » L’une des principales forces de Maurice, affirme-t-il, reste sa diversité.

C’est cet attachement qui l’a poussé, lorsque le marché immobilier s’est ouvert aux étrangers, à investir dans une villa à Anahita. « Je voulais avoir un endroit à moi ici. » Cet endroit est devenu le théâtre du pire.

Depuis 2014, dit-il, plus rien n’est comme avant. « Quand je me réveille le matin, rien n’est plus pareil. Pas une seule partie de ma vie n’est la même. » La détention préventive a laissé des traces qu’il décrit comme indélébiles, et qui ne se limitent pas aux conséquences financières. « Cette expérience a exercé une pression énorme sur moi. » Elle a affecté, avance-t-il, tous les aspects de sa vie. Même après l’acquittement, il n’a pas retrouvé la paix. « Je n’ai jamais eu la possibilité de tourner complètement la page. Pour moi, c’est comme si c’était arrivé hier. »

Sur le système judiciaire mauricien, Peter Wayne Roberts choisit ses mots avec soin. Il ne verse pas dans la charge frontale, reconnaît volontiers que les magistrats exercent un métier difficile – « les gens doivent comprendre que ce n’est pas un métier facile » –, et concède que les responsables judiciaires « connaissent les défis et essaient d’y remédier ». Mais sa préoccupation principale est celle des délais. « Les gens souffrent à cause des délais. » Et de conclure, en reprenant le principe juridique bien connu : « Justice delayed is justice denied. »

Ce qu’il dit vouloir, au bout du compte, n’est pas tant l’argent que la reconnaissance. « C’est de laver sa réputation pour le préjudice subi. »

Le verdict de 2016 et les procédures civiles

Le procès de Peter Wayne Roberts devant la Cour d’Assises s’est tenu en mars et avril 2016. Poursuivi sous une accusation de « manslaughter » (homicide involontaire) pour le décès de Lee-Ann Palmarozza survenu le 29 décembre 2014 à Anahita, l’homme d’affaires sud-africain a comparu libre après avoir passé 15 mois en détention préventive. Le 12 avril 2016, les jurés ont rendu un verdict d’acquittement à une majorité de 7 voix contre 2.

Durant les audiences, l’accusation s’est appuyée sur l’existence de tensions au sein du couple et sur les doutes entourant les circonstances de la noyade. La défense a plaidé le doute raisonnable, en invoquant l’absence de preuves matérielles ou scientifiques reliant directement l’accusé au décès. Ce verdict a mis fin aux poursuites pénales.

Le lendemain du verdict, Jack Haye, le beau-père de Lee-Ann Palmarozza, a publiquement contesté cette décision. Déclarant que le verdict était « difficile pour la famille », il a soutenu que les éléments factuels défavorables à Peter Wayne Roberts n’avaient pas été retenus par la cour.

La famille Palmarozza avait alors annoncé son intention d’engager des poursuites civiles parallèles contre Peter Wayne Roberts et contre le domaine d’Anahita afin d’établir les responsabilités de chaque partie. À ce jour, aucune procédure civile initiée par les proches de la victime n’a abouti devant la justice mauricienne. Actuellement, seules les deux actions civiles introduites par Peter Wayne Roberts contre l’État mauricien (Rs 1,3 milliard) et contre les sociétés liées au projet Anahita (Rs 136 millions) sont devant la Cour suprême.

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