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Accouchement dans un véhicule de police : le sang-froid exemplaire de deux jeunes constables leur vaut les honneurs

Par Kendy Antoine, Nasif Joomratty
Publié le: 10 May 2026 à 12:00
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policiere
La policière Gaurisha Bulluck Kistoo et sa collègue Keshnee Gayadin félicitées par le Commissaire de police après leur intervention.
  • Le CP leur décerne un Certificate of Commendation

Le mardi 5 mai restera gravé dans la mémoire des constables Gaurisha Bulluck Kistoo et Keshnee Gayadin. En poste à Abercrombie, ces deux jeunes policières ont fait preuve d’un sang-froid remarquable en assistant une femme de 25 ans lors d’un accouchement inopiné, alors qu’elles étaient en route vers l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Une intervention d’urgence devenue un moment de vie intense, et qui leur vaut aujourd’hui la reconnaissance de leurs supérieurs et du public.

Quelques jours après les faits, les deux constables ont été reçues aux Casernes centrales par le Commissaire de police (CP), Rampersad Sooroojebally, qui leur a décerné des Certificates of Commendation. Une reconnaissance officielle qui vient saluer une intervention hors du commun.

« J’ai failli tout abandonner »

À seulement 23 ans, la constable Gaurisha Bulluck Kistoo fait désormais partie des jeunes visages montants de la police mauricienne. Affectée au poste d’Abercrombie depuis peu, elle vit sa première grande expérience de terrain comme un tournant personnel et professionnel.

Le 5 mai, elle participe à une intervention d’urgence : une femme enceinte est signalée en travail dans un autobus en direction de l’hôpital. Avec sa collègue, elle escorte la patiente vers le Dr A. G. Jeetoo. Mais en chemin, les événements s’accélèrent. Le bébé naît finalement à l’arrière du véhicule de police.

« Une dame est venue au poste pour nous informer qu’une femme allait accoucher dans un bus. Nous avons appliqué ce que nous avons appris à l’académie sur les premiers soins », raconte-t-elle. Un moment fort pour la jeune policière, qui mesure le chemin parcouru. Pourtant, son parcours n’a pas été simple.

« J’ai failli tout abandonner », confie-t-elle sans détour. Originaire de Fond-du-Sac, elle tente une première fois d’intégrer la force policière, sans succès. Un manque de condition physique l’en empêche. Elle travaille ensuite dans le secteur privé avant de retenter sa chance.

« Mon père avait voulu être policier, mais il avait raté sa chance. C’était son désir de me voir porter l’uniforme », explique-t-elle. Sa persévérance finit par payer lors de sa deuxième tentative.

La formation, cependant, s’avère éprouvante. « Le 1er août 2024 était un jeudi que je n’oublierai jamais. J’ai même voulu rentrer chez moi et tout arrêter », dit-elle. Le soutien de ses proches et de ses formateurs l’aide à tenir. « Mon père, mon fiancé et le sergent Dinaram, le Squad Commander à la Training School, m’ont beaucoup encouragée à ne pas abandonner », ajoute-t-elle. Après neuf mois de formation, elle intègre officiellement la force policière en avril 2025.

Aujourd’hui, elle découvre les réalités du métier. « Dans cette région, entre accidents et disputes, nous devons faire face à la réalité du terrain », souligne-t-elle.

Un rêve d’enfant devenu réalité

Pour la Woman Police Constable (WPC) Keshnee Gayadin, originaire de Cottage, ce moment d’intervention est aussi l’aboutissement d’un long combat personnel. Depuis son enfance, elle rêvait de porter l’uniforme. « Depuis mon enfance, mon père me disait que j’avais la carrure et le tempérament pour la police », confie-t-elle.

Mais le chemin est long. Première tentative, échec. Puis une deuxième, une troisième… toujours sans succès. Malgré tout, elle refuse d’abandonner. « Je n’ai jamais abandonné », insiste-t-elle. Ce n’est qu’à la quatrième candidature qu’elle est finalement retenue. « Je savais que c’était ma chance ; je me suis donnée à fond. »

La formation à la Police Training School est exigeante. Discipline, fatigue, éloignement familial : les obstacles sont nombreux. Mais elle tient bon. « Les débuts étaient très difficiles, mais c’est devenu plus gérable avec le temps », explique-t-elle. Elle participe également à des déploiements sur le terrain pendant des périodes sensibles, notamment lors des élections de 2024.

Le 5 mai, les deux policières se retrouvent confrontées à une situation qu’aucune simulation ne peut totalement préparer. « Je ne m’attendais pas à vivre une telle situation à peine un an après mon intégration », confie la WPC Gayadin.

À l’intérieur du véhicule, la tension monte rapidement. Grâce aux gestes appris en formation, elles prennent en charge la mère et sécurisent la situation. Le bébé naît finalement dans la voiture de police.

Quelques jours plus tard, l’intervention prend une dimension publique. Relayée sur les réseaux sociaux, elle suscite de nombreuses réactions positives. Les deux policières sont ensuite reçues aux Casernes centrales par le Commissaire de police. « Il nous a félicitées longuement ; cela nous encourage énormément », disent-elles. Elles reçoivent des Certificates of Commendation, symbole de reconnaissance institutionnelle.

Au-delà de l’événement, cette intervention met en lumière la réalité du métier de policier : l’imprévu, la gestion du stress et la capacité d’adaptation. Pour Gaurisha Bulluck Kistoo et Keshnee Gayadin, cette expérience restera un moment marquant. 

Les proches sans nouvelles de la jeune maman

La jeune mère, Marie J., 25 ans, et son nouveau-né ont été pris en charge à leur arrivée à l’hôpital. Tous deux se portent bien, selon les informations disponibles. La mère a pu quitter l’hôpital quelques jours plus tard, tandis que le bébé est resté en observation médicale. Selon les policières, elle est même passée au poste pour les remercier après sa sortie. Toutefois, selon ses proches, la jeune femme ne s’est pas encore rendue à l’hôpital pour voir son enfant. Elle est sortie de l’hôpital, mais ne s’est pas présentée auprès de son bébé et reste injoignable, se désole l’un d’eux.

Le DASP Lidialam : « Nous sommes formés pour faire face à ces situations »

Le Deputy Assistant Superintendent of Police (DASP) Suhail Lidialam, du Police Public Relations Office (PPRO) des Casernes centrales, souligne que les policiers sont spécifiquement formés pour faire face à des situations imprévues, parfois critiques, comme celle vécue récemment par deux constables ayant assisté à un accouchement en pleine intervention. Il rappelle que la formation policière vise à transformer des recrues en agents pleinement opérationnels, capables d’évoluer dans des contextes complexes et sous pression.

Cette formation repose sur plusieurs piliers essentiels, notamment le cadre juridique et déontologique, la maîtrise opérationnelle incluant les techniques d’intervention et la gestion du stress, ainsi que la dimension humaine et sociale couvrant la psychologie, la gestion des conflits et l’assistance aux personnes en détresse. Avant toute affectation sur le terrain, chaque recrue est ainsi dotée des réflexes nécessaires pour assurer sa propre sécurité et celle du public.

Le DASP Lidialam insiste également sur l’importance des modules de premiers secours, considérés comme essentiels dans la mission quotidienne des forces de l’ordre. Les policiers doivent être capables de stabiliser une victime et d’apporter une assistance immédiate en attendant les services médicaux spécialisés. Même si les accouchements d’urgence ne constituent pas le cœur du métier, des notions de base sont intégrées à la formation pour permettre aux agents de réagir en cas de nécessité.

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