Mise à jour: 22 janvier 2026 à 12:34

Accord sur les Chagos : l’armée américaine alertent Trump contre un « affaiblissement stratégique » 

Par Defimedia.info
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Donald Trump

La base aérienne de Diego Garcia serait « fondamentalement moins sûre » dans le cadre de l’accord conclu par le Royaume-Uni avec Maurice, ont averti des responsables militaires. 

Le président américain a reçu une lettre signée par neuf anciens chefs de l’armée, de la marine et du renseignement, 48 heures avant de qualifier l’accord « d’acte d’une grande stupidité ». 

Dans cette lettre, les responsables de la défense avertissent que l’accord britannique visant à céder l’archipel à Maurice rendrait la base aérienne américano-britannique de Diego Garcia « intrinsèquement moins sûre ». 

C’est ce que rapporte The Telegraph sur son site Web, mercredi 21 janvier. 

Donald Trump avait prudemment soutenu l’accord lors de sa signature l’an dernier, déclarant qu’il était disposé à « l’accepter ». 

Il apparaît désormais que son revirement est intervenu peu après la réception de cette lettre, signée par de hauts responsables militaires, mettant en garde contre les dangers du pacte. 

Les noms des signataires n’ont pas été rendus publics, mais la lettre a été signée par des amiraux et des généraux quatre étoiles à la retraite — le grade le plus élevé dans l’armée américaine — ainsi que par d’anciens chefs du renseignement de la défense. 

D’anciens dirigeants de l’Indo-Pacific Command, de l’US Central Command et de l’organisme chargé de la dissuasion nucléaire (Stratcom) figurent parmi ceux qui ont exprimé leurs préoccupations. 

Ils écrivent : 

« D’un point de vue militaire, la souveraineté est déterminante. Une base détenue sous bail, soumise à un arbitrage international, à des pressions politiques ou à des obligations issues de traités avec des tiers, est intrinsèquement moins sûre qu’une base placée sous autorité souveraine. 

« Cela introduit de l’incertitude dans la planification des situations de crise et affaiblit la dissuasion en signalant un accès conditionnel plutôt qu’un accès garanti. À l’ère de la judiciarisation des conflits et de la diplomatie coercitive, cette distinction est opérationnelle, et non théorique. 

« Le transfert proposé de la souveraineté à Maurice introduirait une variable nouvelle et inutile dans l’environnement de commandement, juridique et politique entourant l’une des bases étrangères les plus importantes des États-Unis. 

« Une fois la souveraineté transférée, elle ne peut être récupérée. Toute crise future serait gérée à partir d’une position plus faible que celle que nous occupons aujourd’hui. » 

Si la plupart des signataires ont souhaité garder l’anonymat, l’un d’eux a accepté de révéler son identité : le colonel Grant Newsham, ancien chef du renseignement de réserve des Marine Forces Pacific et expert de la Chine. 

La lettre fait écho aux préoccupations exprimées par les partisans d’une ligne dure envers la Chine au Royaume-Uni. Le rapprochement croissant entre Maurice et Pékin a suscité l’inquiétude de députés et de membres de la Chambre des lords qui mènent une action de dernière ligne pour tenter de bloquer l’accord. 

La semaine dernière, le gouvernement mauricien a publié un communiqué s’engageant à « renforcer la coopération » à l’issue d’une rencontre avec l’ambassadeur de Chine. 

Outre son rôle de base aérienne américaine essentielle pour les opérations de bombardement à longue distance, l’île constitue un port en eau profonde clé pour les sous-marins à propulsion nucléaire opérant dans la région. 

Les anciens responsables militaires avertissent : 

« Diego Garcia soutient depuis longtemps des missions impliquant des navires et des plateformes à propulsion nucléaire, essentiels à la dissuasion et à la projection stratégique. Même si des garanties sont données aujourd’hui, de futurs gouvernements ou des tiers pourraient invoquer les obligations du traité de Pelindaba pour contester ou restreindre les opérations. 

« Cela crée une voie de pression juridique, de coercition diplomatique et de perturbation opérationnelle qui n’existe pas dans le cadre des arrangements souverains actuels. » 

S’adressant directement à M. Trump, ils ajoutent : 

« Il ne s’agit pas de diplomatie ni de symboles. Il s’agit de préserver la capacité des États-Unis et de leurs alliés à agir de manière décisive pour défendre des intérêts de sécurité communs. 

« Nous vous exhortons respectueusement à engager un dialogue direct avec le gouvernement britannique et à faire clairement comprendre que tout arrangement diluant la souveraineté sur Diego Garcia compromet l’efficacité militaire, la valeur dissuasive et la sécurité à long terme de la base. Les alliances solides reposent sur la certitude. Diego Garcia doit rester une certitude. » 

Downing Street a signé l’accord visant à restituer les îles Chagos en mai dernier, malgré les controverses liées aux coûts et aux implications sécuritaires. 

Dans un message publié mardi matin sur sa plateforme Truth Social, M. Trump a critiqué l’accord, affirmant qu’il avait été conclu « sans aucune raison valable ». 

Il a également cité cet accord comme l’une des raisons pour lesquelles l’Amérique devrait prendre le contrôle du Groenland — une exigence qui a déjà nui aux relations entre le Royaume-Uni et les États-Unis. 

Il a ensuite déclaré lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche : 

« Je pense qu’au départ, ils envisageaient une forme de propriété, mais maintenant ils cherchent essentiellement à faire un bail et à vendre. Et je suis contre cela. » 

Les ministres britanniques soutiennent que l’accord est nécessaire pour garantir l’avenir de la base de Diego Garcia en raison d’un avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice (CIJ). 

Dans cet avis non contraignant, la CIJ a soutenu les revendications de souveraineté de Maurice - située pourtant à 1 300 miles, et qui n’est même pas le voisin le plus proche de l’archipel. 

La chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, a insisté sur le fait que l’accord irait de l’avant, malgré les déclarations antérieures des ministres selon lesquelles il ne serait pas appliqué sans le soutien des États-Unis. 

Sir Keir Starmer a opéré plus d’une douzaine de revirements au cours de ses 18 premiers mois au gouvernement, mais il est peu probable qu’il recule sur le dossier des Chagos, celui-ci bénéficiant du soutien de la quasi-totalité des députés travaillistes. 

La Maison-Blanche a indiqué que les négociations commerciales avec le Royaume-Uni étaient suspendues, dans un contexte de différend croissant. 

Dans le cadre de l’accord, le Royaume-Uni cédera le contrôle de cet archipel stratégique et isolé de l’océan Indien à Maurice. Londres relouera ensuite Diego Garcia pour une durée de 99 ans, pour un coût pouvant atteindre 35 milliards de livres sterling pour les contribuables. 

Source : The Telegraph

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