Accord avec Maurice sur les Chagos : Londres craint une facture de dizaines de milliards en cas d’échec

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 24 février 2026 à 15:30
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Archipel des chagos

Sous pression américaine, le Royaume-Uni redoute qu’un abandon du traité sur les Chagos ne provoque des poursuites internationales de Maurice, qui exigerait des compensations financières immédiates et colossales pour l’archipel.

L’hypothèse d’un abandon de l’accord sur l’archipel des Chagos suscite de vives inquiétudes au sein du gouvernement britannique. À Londres, on redouterait qu’un échec du traité n’oblige le Royaume-Uni à verser des compensations financières colossales à Maurice.

Selon des sources citées par le quotidien britannique The Telegraph, des responsables à Whitehall estiment qu’une rupture du processus pourrait exposer le Royaume-Uni à des poursuites judiciaires internationales engagées par Maurice, avec à la clé des indemnisations susceptibles d’atteindre plusieurs dizaines de milliards.

L’accord négocié prévoit notamment que le Royaume-Uni verse environ 35 milliards de livres sterling (soit Rs 2 185 Md selon le taux de change du jour) à Maurice sur un siècle, en échange de la location de la base militaire de Diego Garcia et d’un soutien au développement du pays.

La viabilité politique de cet arrangement reste toutefois fragilisée par les prises de position fluctuantes du Président américain Donald Trump, qui, mercredi dernier, a critiqué le projet, estimant que le Royaume-Uni ferait une « grande erreur » en 
« cédant » Diego Garcia.

D’après le journal britannique, des ministres craignent que l’opposition de Washington ne conduise à l’abandon pur et simple du traité, l’accord étant difficilement envisageable sans l’appui des États-Unis, partenaires stratégiques dans l’exploitation de la base conjointe américano-britannique. Des sources gouvernementales citées indiquent qu’en cas de retrait forcé du Royaume-Uni, Maurice pourrait engager une action en justice pour récupérer les montants prévus ou obtenir une compensation équivalente devant les juridictions internationales.

Les autorités britanniques redoutent cette éventualité, d’autant que les précédents contentieux juridiques sur les Chagos ont souvent tourné en faveur de Maurice. Le pays a multiplié par le passé les recours contre Londres concernant la souveraineté de l’archipel, s’appuyant sur des experts juridiques internationaux dans des procédures étalées sur plus d’une décennie. Selon des analyses relayées par The Telegraph, cette jurisprudence pourrait renforcer la position mauricienne en cas de litige consécutif à un revirement britannique. 

En interne, certains responsables estiment que si le traité était annulé, Maurice chercherait vraisemblablement à obtenir, par voie judiciaire, les bénéfices financiers associés à l’accord, considérant que les négociations avancées ont créé des attentes légitimes. Une telle procédure pourrait contraindre Londres à verser d’importantes indemnités en une seule fois, transformant un engagement étalé sur 100 ans en charge financière immédiate. Washington n’étant pas partie au traité signé entre Londres et Port-Louis, les États-Unis ne seraient pas tenus de verser une quelconque compensation en cas d’annulation.

Malgré ces incertitudes, le gouvernement britannique maintient officiellement sa volonté d’aller de l’avant, soulignant que l’accord constitue, selon lui, la meilleure garantie pour préserver l’opérationnalité à long terme de la base stratégique de Diego Garcia. Néanmoins, en coulisses, la crainte d’un coût financier massif en cas d’échec des négociations apparaît désormais comme un facteur déterminant dans la gestion politique et diplomatique du dossier chagossien.

Ramgoolam : « Ne croyez pas que nous n’avons pas d’options… »

« Nous suivons de très près les développements. » Navin Ramgoolam s’est voulu rassurant face aux récents rebondissements autour du dossier des Chagos. 

« J’ai parlé avec le Premier ministre adjoint Paul Bérenger aujourd’hui. Je vais rencontrer l’Attorney General demain. Nous aurons ensuite un comité interministériel sur la question », a-t-il déclaré, ajoutant avoir déjà pris contact avec des légistes afin d’évaluer les options juridiques disponibles. « Ne croyez pas que nous n’avons pas d’options, car nous en avons », a-t-il assuré.

Ses déclarations interviennent alors que le texte de loi permettant à Maurice d’exercer sa souveraineté sur l’archipel des Chagos, attendu lundi à la Chambre des Lords britannique, a été mis sur pause à la suite d’une volte-face du président américain Donald Trump.

Le chef du gouvernement mauricien s’exprimait, lundi après-midi, en marge de la cérémonie de dépôt de gerbes organisée au Square Guy Rozemont, à Port-Louis, à l’occasion du 90e anniversaire du Parti travailliste (PTr). L’événement, empreint de solennité, a réuni cadres du parti et sympathisants.

Commentant cet anniversaire, Navin Ramgoolam a replacé l’événement dans une perspective historique. « C’est un très grand jour pour le Parti travailliste. Ce n’est pas tous les jours que l’on célèbre les 90 ans d’un parti. Ce qui est remarquable, c’est que le PTr est toujours debout », a-t-il déclaré. Il a rappelé que 1936 marquait le début de l’histoire moderne de Maurice, soulignant que le combat engagé vers la liberté et l’indépendance « continue » et qu’« il y a encore beaucoup à faire ».

Le Premier ministre a enfin retracé la succession des dirigeants du parti depuis sa création, citant notamment Dr Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, Guy Rozemont, Renganaden Seeneevassen, sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Satcam Boolell. Interrogé sur la relève au sein du PTr, il a répondu brièvement : « Je suis toujours là. »

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