Accidents et contrôles positifs en hausse : l’offensive du GM contre la conduite sous emprise pour frapper plus vite et plus fort
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
La multiplication des cas de conduite sous l’influence de l’alcool et des stupéfiants, en ce début d’année, pousse l’Exécutif à adopter un ton plus ferme et à préparer un durcissement ciblé de l’arsenal répressif. Au-delà de la décision déjà annoncée vendredi soir par le Conseil des ministres, le gouvernement repose sur la nécessité d’une réponse jugée « intraitable » face à ce qu’il considère comme une dérive persistante mettant en péril la sécurité des usagers de la route.
Le Conseil des ministres a ainsi donné son accord pour que le ministère du Transport transmette des instructions de rédaction à l’Attorney General’s Office en vue d’amender les lois existantes. Les changements envisagés portent notamment sur la saisie systématique des véhicules en cas de conduite sous influence de drogues et/ou d’alcool, ainsi que sur la possibilité pour le Commissaire de police de solliciter, par requête ex parte devant un juge en Chambre, la suspension immédiate du permis de conduire des contrevenants. Les amendements devraient être apportés au Parlement dans les mois à venir.
Sur sa page Facebook samedi, le ministre du Transport, Osman Mohamed, a insisté sur l’évolution récente du dispositif de sécurité routière, affirmant que le système de permis à points, entré en vigueur le 31 janvier 2026, a permis de réduire le nombre d’accidents mortels sur nos routes ». Il a toutefois reconnu que les indicateurs liés à l’alcool et aux drogues demeurent préoccupants, ajoutant que le gouvernement a décidé « de renforcer d’avantage la sécurité routière en modifiant la loi concernant la conduite sous l’influence de l’alcool ou de stupéfiants, que l’accident soit mortel ou non ».
Les statistiques policières confirment cette inquiétude. Du 1er janvier au 12 février, 178 conducteurs ont été contrôlés positifs à la drogue, tandis que 411 automobilistes ont été testés positifs pour conduite en état d’ivresse sur la même période. Des chiffres qualifiés d’alarmants par les autorités, qui y voient un facteur récurrent dans plusieurs accidents graves enregistrés ces dernières semaines.
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a, à plusieurs reprises, dénoncé publiquement la conduite sous emprise, notamment après un accident survenu le 10 février dernier alors que des pèlerins se rendaient à Grand-Bassin. Ce jour-là, un véhicule a percuté une voiture, faisant deux blessés graves. Le conducteur, Jacques Kurly Babet, 39 ans, a été arrêté quelques heures plus tard et testé positif à l’alcool et aux drogues. « Li sagrinan ! Kouma kapav arive ki enn sofar pou Cavadee tap ek enn polisie ki ti pe donn direktiv ? Yer gramatin ankor enn aksidan parey. Tou sa arive parski ena iresponsabilite ek neglizans kriminel », a-t-il déclaré la semaine dernière, fustigeant des comportements qu’il juge incompatibles avec les exigences de sécurité publique.
Il a souligné : « Ena enn zenn ki pa mem ena lisans, li ena zis enn ‘learner’. Li ti pe kondir sou lefe lalkol ek ladrog. Li finn bless de pelrin, apre li pann arete, linn sove. Lapolis inn resi retras li ek aret li. Kan inn fer tes, inn trouve ki li ena 29 mikrogram lalkol dan so souf, alor ki limit legal li 9. Nou pa kapav aksepte sa ».
Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité d’une posture plus inflexible de l’État : « Lalwa deza sever, mo bizin dir, me nou bizin intranzizan. Ena prizon, ena lamann. Mwa, mo pe dir bizin ki nou bizin asir nou ki bann dimounn koumsa asiz dan prizon. Sa bizin otomatik sa ». Il a ajouté son intention de porter rapidement des amendements : « Mo pou amenn sa divan konsey minis. Mo anvi amann lalwa : si enn dimounn inn kondir sou lefe lalkol ou ladrog, ramas li ek sezi so loto toudswit. Pa pou ena loto ».
Ce discours s’inscrit dans une continuité. Déjà en février 2025, après un drame à D’Épinay impliquant des bénévoles heurtés par un véhicule dans lequel des substances illicites avaient été retrouvées, Navin Ramgoolam avait prévenu : « Nou pou pran ban mezir bien sever (…) Kouma enn dimounn ena ladrog dans so loto ou bien linn bwar, so loto pou sezi parski lalwa tro fasil-la. Li pou rantre, li pou sorti… Pa kapav aksepte sa ».
Les faits récents continuent d’alimenter la fermeté gouvernementale. Dimanche, aux petites heures à Surinam, un motocycliste de 24 ans a été mortellement renversé par une fourgonnette. Si l’alcootest du conducteur s’est révélé négatif, son test de dépistage de drogue est, lui, positif. Le suspect a été placé en détention et une enquête a été ouverte pour établir les circonstances exactes de l’accident (voir texte en pg 9).
Dans ce contexte, Osman Mohamed insiste sur la nécessité d’un signal dissuasif clair, soulignant que la réforme envisagée vise précisément les conducteurs sous influence, « que l’accident soit mortel ou non », traduisant la volonté gouvernementale de rompre avec toute tolérance face à des comportements considérés comme à haut risque.
Les statistiques des Casernes centrales parlent d’elles-mêmes : depuis le début de l’année, 179 automobilistes ont été testés positifs à la drogue lors de contrôles routiers, tandis que 411 conducteurs ont été épinglés pour conduite en état d’ivresse.
Deux de ces cas ont récemment viré au drame. Dimanche matin (15 février), à Surinam, le motocycliste Jean Christophe Carly a perdu la vie après avoir été percuté par une fourgonnette. Le conducteur a été testé positif à la drogue.
Le 24 janvier dernier, Dylan Rummun, 24 ans, passager d’une voiture, a péri lorsque le véhicule a terminé sa course contre un parapet. Là encore, le conducteur, âgé de 27 ans, avait été testé positif à la drogue.
Ces chiffres, déjà élevés en moins de deux mois, inquiètent les autorités. Face à la recrudescence des cas, le Conseil des ministres a approuvé un amendement à la loi pour permettre la saisie des véhicules lorsque les conducteurs sont contrôlés positifs à la drogue ou à l’alcool.
Les autorités se penchent sur l’élaboration d’un cadre légal afin de mieux réglementer l’utilisation des vélos et trottinettes électriques sur nos routes. Parmi les mesures envisagées figurent le port obligatoire du casque, la souscription à une assurance ainsi qu’un encadrement plus strict de leur utilisation. C’est ce qu’a indiqué Iqbal Oozageer, attaché de presse au ministère du Transport. Il intervenait samedi matin dans l’émission « La Voix Maurice », animée par Nawaz Noorbux.