Plongée dans le quotidien des enquêteurs mauriciens : de l’intervention sur les lieux d’accidents à la reconstitution des faits, découvrez les coulisses d’une procédure minutieuse et cruciale.
L’annonce du ministre des Transports Osman Mahomed d’un renforcement de l’arsenal répressif braque les projecteurs sur les procédures policières en cas d’infractions routières ou d’accidents. Des membres de la Road Safety Unit (RSU) nous éclairent.
C’est une course contre la montre qui s’engage sur les lieux d’un accident, explique un policier. « ‘Saving of life’, c’est la priorité absolue. » Les gestes accomplis dans les premières secondes peuvent être déterminants : « Defwa enn ti zes sap lavi enn dimounn. »
Commentant les délits de fuite, où des blessés sont abandonnés sur place, le message des autorités est sans équivoque : il faut porter secours ou au minimum alerter la police. « Defwa enn dimounn trouv kikenn inkonsian li panike li sove. Me sa enn ti zes-la kapav sap lavi enn dimounn, bizin pa kit ‘les lieux’ », affirme le cadre de la RSU.
Il reconnaît cependant que, dans certaines situations, les conducteurs impliqués font face à des foules hostiles. Dans ce type de cas, il précise que la meilleure chose à faire est de se rendre au poste de police le plus proche ou de passer un simple appel au 148 ou au 999. « C’est l’enquête policière qui établira les faits et situera les responsabilités », précise-t-il.
La police, assistée des sapeurs-pompiers, veille ensuite au déblayage rapide des routes, soulignant l’importance de ne pas abandonner les véhicules accidentés sur les lieux. « Cela peut créer une autre source de danger. Il faut assurer le passage des véhicules de secours, dont l’ambulance », précise-t-on au sein de la Traffic Branch.
Dans les cas d’accidents majeurs, des passages temporaires sont créés pour les véhicules d’urgence, confie un gradé de la Traffic Branch : « Parfois, nous fermons une voie dans le sens inverse qui est utilisée strictement par les véhicules des services d’urgence. » Les pompiers, formés à l’évacuation et à l’extraction de victimes coincées dans des véhicules, jouent un rôle crucial dans ces opérations.
Il est également essentiel que les automobilistes impliqués dans l’accident, ou même les témoins de la scène coopèrent afin de ne pas créer d’autres dangers, voire d’autres accidents, rappelle-t-on.
La reconstitution, un exercice délicat
Une fois l’urgence passée, l’enquête proprement dite commence. Sur les lieux, la police suit un protocole établi : identification des témoins, enregistrement de leurs versions, constats visuels parfois appuyés par des images de caméras de surveillance. Les policiers vérifient la validité des permis, des assurances et des certificats de contrôle technique. L’état des véhicules et celui de la route sont minutieusement étudiés. Les experts analysent les traces de freinage et d’impact, examinent les systèmes de freinage et l’état des pneus.
Un « assessment » de l’état général des automobilistes impliqués est également effectué lorsqu’ils ne présentent pas de blessures nécessitant un traitement médical. Outre l’alcootest ou le drug test, l’état d’esprit des conducteurs est pris en compte et des constats sont consignés. Un ex-cadre de la Traffic Branch estime d’ailleurs qu’il serait nécessaire d’approfondir cet aspect : « Nou bizin fer enn letid lor sa… Chaque accident a sa propre particularité. Sitiasion kondikter ou bann lezot protagonis enn aksidan pa parey », fait-il ressortir.
L’identification du conducteur réel constitue souvent un enjeu majeur. Même lorsqu’une personne se présente spontanément comme telle, les enquêteurs exigent des détails précis sur la distance de l’impact, les traces de freinage et leur cohérence avec les déclarations. « Defwa kan sa dimounn-la donn bann informasion ki pa korobore, nou kone ki li pe pran enn sarz ek pa li ki ti o volan », expliquent des policiers.
Dans certains cas, des enquêteurs chevronnés parviennent rapidement à dégager les faits essentiels et à identifier les zones d’anomalie. Des éléments comme les traces de freinage offrent des indications sur la vitesse d’un véhicule ou la direction de l’impact. Lorsque la police dispose de photos ou de vidéos d’un accident, les protagonistes, suspects ou témoins, y sont confrontés afin de rétablir la réalité des événements. Les images des caméras CCTV contribuent d’ailleurs désormais aux investigations. « Defwa ena de sofer inplike, personn pa aksepte tor. Gras a bann zimaz video nou trouv seki finn pase faktielman », poursuivent-ils.
Les protagonistes et les témoins sont ensuite appelés à participer à une reconstitution des faits sur les lieux mêmes de l’accident. « L’importance de faire cela à des heures similaires, c’est pour avoir une idée exacte du déroulement des faits. La visibilité et la densité de circulation sont importantes », expliquent des enquêteurs expérimentés.
Ces reconstitutions, qui nécessitent l’accord des personnes concernées, sont systématiquement documentées par les photographes et vidéographes du Scene of Crime Office (SOCO). Sur place, les participants doivent indiquer les points clés mentionnés dans leurs dépositions et décrire, étape par étape, ce qui s’est produit selon leur version.
Des procédures jugées trop lentes
Malgré ces protocoles, certains dossiers présentent des zones d’ombre. Lorsque deux protagonistes fournissent des versions contradictoires, la police étudie l’ensemble des preuves pour établir la version la plus crédible. Les personnes concernées sont ensuite confrontées aux éléments retenus et finissent souvent par livrer les faits exacts dans une déclaration complémentaire. « Souvan dimounn dir pa ti ena frin dan veikil, akoz sa tape. Lerla nou verifie si ena tras lor larout. »
Les carnets d’entretien des véhicules peuvent également être examinés. « Les enquêteurs doivent être rusés. L’expérience est un atout », résume un haut gradé.
Cette mécanique judiciaire se heurte toutefois à des critiques récurrentes. Un ancien de la Traffic Branch pointe du doigt la lenteur des procédures liées aux alcootests et aux tests de dépistage de stupéfiants. Il préconise l’instauration d’une méthode Fast Track permettant de finaliser les affaires dans un délai de 15 jours pour les cas positifs. Il suggère également la création d’une Counter Court pour les conducteurs contestant les résultats.
Évoquant les systèmes européens, cet ancien policier plaide pour des classes de rappel obligatoires le week-end pour les conducteurs épinglés pour diverses infractions, sur le modèle des opérations « Code Bleu », et pour un système de réhabilitation approprié. Quant au permis à points, il le considère comme un moyen de répression dont il doute toutefois de l’efficacité.
Que faire en cas d’accident de la route
« En cas d’accident, les premiers secours sont vitaux. Appelez le 112 ou le 999 pour la police et les ambulances, le 114 pour le SAMU ou le 115 pour les pompiers », explique Alain Jeannot, responsable de l’association Prévention sécurité routière avant tout (Prat).
Il insiste sur l’importance de ne pas encombrer les lieux pour prendre des photos ou vidéos. « Un accident est un drame humain et non un prétexte pour faire le buzz. Arrêtez avec cette mauvaise manière ! Certains Mauriciens ne comprennent pas qu’ils doivent céder la route aux services d’urgence », déplore-t-il.
Il préconise également un premier secouriste dans chaque famille.
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