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Accident de la route - Chantal Palmyre : «Ma petite-fille doit vivre avec un tube dans la tête»

Chantal Palmyre revient sur l’accident de la route qui a changé à tout jamais le cours de sa vie et celui de sa famille. L’habitante de Cotteau-Raffin, Rivière-Noire, livre son témoignage sur ces quelque secondes durant lesquelles tout a basculé ce 16 octobre 2017.

Si Chantal Palmyre (43 ans) a accepté de se livrer, c’est parce qu’elle veut « que les gens prennent conscience que cela peut aussi leur arriver ». L’habitante de Cotteau-Raffin a payé un lourd tribut à cet accident de la route survenu l’an dernier. Sa petite-fille Eloina, âgée de 10 jours, a perdu la vie ; son autre petite-fille Elianna, qui a eu le crâne ouvert, est désormais contrainte de vivre avec un tube relié à la tête et descendant jusqu’à l’abdomen. Quant à sa fille Yovana, elle a été grièvement blessée. Elle a passé trois mois à l’hôpital où elle a subi de multiples interventions chirurgicales. Puis il y a Elodie, la deuxième fille de la quadragénaire, qui ne peut plus rester longtemps sur ses jambes, ayant eu le bassin fracturé. Chantal, qui est asthmatique, a elle-même été blessée à la jambe. Sans compter d’autres complications de santé.

Dieu est grand, nous dit cette mère brisée par le destin. « Kan inn ariv sa, mo pann kapav kriye fer narnyen. Monn zis trouv lamor pe vini », confie-t-elle, en balayant d’un revers de la main les grosses larmes qui ruissellent sur ses joues.

Le jeudi 16 octobre 2017, leur projet était de se retrouver en famille à la plage. En compagnie de Wayne (un an), Elianna (quatre mois), Eloina (10 jours) et Nesleanne (trois ans), Chantal Palmyre et ses deux filles Elodie (20 ans) et Jovana (16 ans) quittent leur maison enfouie dans la verdure de Cotteau-Raffin pour se rendre à Case-Noyale. « Nou ti pe al zwenn mo gran tifi Sharonne pou nou al lamer », raconte Chantal.

Ils rencontrent alors Jason. « Li enn konesanss ek linn donn nou enn lift. » Petits-enfants, enfants et grand-mère prennent place dans la voiture jaune du bon samaritain. Ce dernier démarre en trombe pour les conduire à destination. Sur la route, il accélère, histoire de donner des sensations à ses passagers. « Linn dir nou atann mo fer zot gagn papyon lor ladesant », raconte Chantal. Elodie lui dit de ralentir, mais il n’en fait qu’à sa tête.

«Il était trop tard…»

La petite famille voit les arbres défiler et le conducteur ne cesse d’accélérer. De loin, la quadragénaire voit une voiture blanche qui arrive à toute allure. « Monn trouv lamor pe vini. Mo pann mem kapav dir li atansyon. Ti tro tar… » Jason donne un coup de volant mais il est trop tard. Il termine sa course contre un arbre. La voiture fait plusieurs tonneaux. Chantal confie qu’elle avait l’impression d’être dans une machine à laver.

Sous le choc, elle perd connaissance. Idem pour ses filles et ses petits-enfants.  Lorsqu’elle ouvre les yeux, elle voit des gens massés autour d’eux. Le conducteur n’est pas là. Il s’en sort d’ailleurs sans blessures, indique Chantal. Le bilan est lourd du côté de la famille de la quadragénaire. Eloina, 10 jours, qui a été propulsée hors de la voiture, est conduite à l’hôpital où son décès est constaté. Elodie, qui vient d’accoucher, est sur l’asphalte. Wayne a du sang qui ruisselle de la tête et des oreilles. Nesleanne a le front ouvert et Elianna a le crâne arraché. Jovana a, elle, une fracture ouverte au pied, le bassin éclaté, le bras fracturé et d’autres blessures.

Chantal n’est pas épargnée. Le levier de vitesse a transpercé sa jambe coincée sous la carrosserie de la voiture. Les secours sont mandés et les  victimes reçoivent les premiers soins avant d’être transportées à l’hôpital de Candos. Chantal et Elodie passent un mois à l’hôpital. Jovana, alors âgée de 15 ans, passe trois mois aux soins intensifs. Elle était grièvement blessée.

Idem pour sa fille Elianna, qui a subi trois opérations chirurgicales à la tête.  Depuis, la petite, aujourd’hui âgée d’un an, souffre d’hydrocéphalie – un excès de liquide céphalo-rachidien dans la tête. L’enfant doit désormais vivre avec tube à la tête et relié à l’abdomen. Il s’agit d’un drain de dérivation posé par son médecin traitant pour évacuer l’excès de liquide céphalo-rachidien dans son ventre.

« Dokter inn dir li bizin met sa ziska 7 an. Mo gard lespwar ki li pou byen enn zour », murmure la grand-mère. C’est d’ailleurs elle qui s’occupe de sa petite-fille au quotidien. Infirme, Elianna ne peut plus bouger, mais Chantal lui apprend le langage des signes. L’enfant fréquente depuis peu une école spécialisée à Rivière-Noire. Jovana, la mère d’Elianna, suit, quant à elle, des cours de Lifeskills à Rivière-Noire. Elle aspire à devenir guide touristique afin de pouvoir toucher un salaire et s’occuper de sa fille.

Coup de massue

C’est à l’âge de 15 ans que Jovana est tombée enceinte. Chantal a reçu comme un coup de massue sur la tête. Sa fille ne voulait plus aller à l’école, souffrant du regard des autres. Mais il était hors de question pour la quadragénaire d’abandonner Jovana. Elle l’a soutenue jusqu’à l’accouchement. Elianna est alors devenue leur raison de vivre.

Ce qui la marquera à jamais est le décès de son autre petite-fille Eloina. « Nous étions sur notre lit d’hôpital quand les funérailles de ma petite-fille ont été organisées », explique Chantal, qui pleure encore le décès d’Eloina.

Elodie, la mère du bébé, est meurtrie dans l’âme. Elle ne peut pas travailler car elle souffre de douleurs atroces. La vie de la jeune femme n’a pas été rose. Elle a perdu Ezra, un enfant à qui elle donnait le sein après que celui-ci a été rejeté par sa mère biologique. Ezra est mort noyé dans un canal d’eau à La Marie.  Ce cas a été référé à la police et Elodie continue de se rendre en Cour pour clamer son innocence. « On me dit que c’est de ma faute alors que j’ai dit la vérité sur ce qui s’est passé », dit-elle les larmes aux yeux.


Toute aide sera la bienvenue

Se reconstruire après ce tragique accident n’est pas facile. Mais ce qui fait la force de Chantal, qui souffre de crises d’épilepsie et d’autres complications de santé, ce sont ses enfants. Elles se serrent les coudes pour survivre. Il y a quelques mois, des fidèles de l’église qu’elles fréquentent ont rénové leur maison. Lieu que la petite famille a réaménagé à son goût, avec des meubles récupérés çà et là.

C’est au niveau des vivres que le bât blesse. Chantal n’a souvent rien à mettre dans la marmite. Elle tire un rideau et on voit sur une étagère deux boîtes de conserve et du riz. C’est tout ce qu’elle a en ce moment. Toute aide est la bienvenue. Cette famille a surtout besoin de vivres, de vêtements et de couches pour bébé, de meubles inutilisés, de lampes solaires (car la famille vit sans électricité), de poutres en bois, de matériel scolaire, de tonneaux en plastique pour conserver de l’eau (Chantal et ses filles doivent laver le linge à la rivière et faire la vaisselle à la mer car elles n’ont pas l’eau courante ; NdlR) et de feuilles de tôle. Ceux qui peuvent aider à faciliter les démarches auprès de la Sécurité sociale pour qu’Elianna et Jovana reçoivent une pension sont les bienvenus. Elodie et Chantal sont également à la recherche d’un emploi. Des dons de médicaments pour la petite Elianna seront aussi appréciés, car l’enfant souffre de troubles respiratoires.


Marche du Kolektif Rivier Nwar ce dimanche

Le cas de Jovana et de sa fille Elianna fait le buzz sur les réseaux sociaux, dans le cadre de la campagne Met enn frin lancée par le Kolektif Rivier Nwar. Celui-ci souhaite sensibiliser les automobilistes qui empruntent le tronçon de route reliant Tamarin à Case Noyale à la sécurité routière. Le collectif, qui a pour mission d’améliorer les conditions de vie des habitants de ces localités, invite le public à une marche pacifique qui se tiendra ce dimanche 23 septembre à Rivière-Noire.

Un cycliste de 64 ans victime d’un délit de fuite

La route a fait une nouvelle victime dans la soirée du vendredi 21 septembre, à Poste-Lafayette. Daniel Trompeuse, 64 ans, était à bicyclette quand l’accident s’est produit. Selon les premières indications, il s’agit d’un délit de fuite. La police de Flacq est à la recherche du véhicule impliqué dans l’accident. Le corps du cycliste a été transporté à la morgue. L’autopsie est prévue ce samedi.