Abrar Anwar : «Les banques financent aujourd’hui plus de 50 % des projets du secteur privé»

Par Fabrice Laretif
Publié le: 19 février 2026 à 14:00
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À la tête de la Mauritius Bankers Association, Abrar Anwar esquisse les priorités d’un secteur bancaire mauricien solide mais confronté à un environnement international exigeant. Entre compétitivité, finance durable, digitalisation et ancrage africain, il détaille les leviers pour transformer performance financière en impact socioéconomique durable et inclusif.

La récente conférence tenue par la MBA s’intitule From Competitiveness to Sustainability: The Banking Imperative. Concrètement, comment les banques mauriciennes peuvent-elles concilier compétitivité internationale et impératifs de durabilité sans compromettre leur performance financière ? 
La conférence de la MBA a démontré que les banques mauriciennes ne font pas face à un problème structurel mais qu’elles évoluent plutôt dans un environnement fiscal et international complexe. Pour rester compétitives tout en répondant aux exigences de durabilité, les banques doivent s’appuyer sur leur expertise en transactions internationales et développer davantage la finance durable, un domaine où Maurice a déjà fait ses preuves. Face à des centres financiers comme Dubaï qui progressent rapidement, il est aussi essentiel de préserver un cadre attractif ainsi qu’une image de place financière à la fois solide et crédible. 

Le secteur bancaire est le premier contributeur au fisc national et le plus grand contributeur du Corporate Income Tax.»

Dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et des ruptures technologiques rapides, quels sont aujourd’hui les principaux chantiers de croissance pour le secteur bancaire mauricien et pour le Mauritius International Financial Centre ? 
Les principaux chantiers de croissance pour le secteur bancaire mauricien et pour le Mauritius International Financial Centre passent inévitablement par un positionnement plus affirmé vers l’Afrique. Pour cause, il s’agit surtout d’attirer les centres régionaux d’entreprises ayant des investissements sur le continent, de faire venir des équipes stratégiques comme les ‘regional treasuries’ ou le ‘procurement’ et d’encourager l’implantation des sociétés à Maurice. Grâce à ses accords commerciaux et sa position stratégique entre l’Afrique et l’Asie, Maurice est idéalement placé pour diriger les flux d’investissements vers l’Afrique. Le pays a également un rôle clé à jouer comme hub régional de finance durable et comme plateforme pour les paiements transfrontaliers notamment avec le travail déjà engagé au sein du COMESA pour renforcer son statut de ‘regional payment hub’. 

La digitalisation a été au cœur des discussions. Jusqu’où les banques à Maurice sont-elles prêtes à aller dans la transformation digitale, et quels freins - réglementaires, technologiques ou humains - doivent encore être levés ? 
À Maurice, même s’il n’existe pas de banque 100 % digitale, le cadre légal existant permet qu’une telle banque voit le jour dans les prochaines années. Les banques traditionnelles sont déjà en pleine digitalisation : accès client 24/7, procédures en ligne pour les PME, optimisation des processus internes et utilisation de l’IA. Le vrai défi pour les banques traditionnelles sera de s’adapter et de rester compétitives face à l’arrivée possible de banques entièrement digitales, tout en surmontant les freins réglementaires, technologiques et humains. 

Le vrai défi pour les banques traditionnelles sera de s’adapter et de rester compétitives.»

Avec près de Rs 2 772 milliards d’actifs, moins de 5 % de prêts non performants et une contribution de 7 % à la VAB nationale, le secteur bancaire affiche des fondamentaux solides. Comment transformer cette solidité en un impact socio-économique encore plus inclusif et durable pour le pays ? 
Le secteur bancaire est déjà un pilier majeur de l’économie mauricienne. En effet, il est le premier contributeur au fisc national et le plus grand contributeur du Corporate Income Tax avec un niveau de taxation bien plus élevé que ceux associés à d’autres centres comme Dubaï. Les banques financent aujourd’hui plus de 50 % des projets du secteur privé, soutiennent les partenariats public-privé et jouent donc un rôle direct dans le développement des infrastructures et des entreprises du pays. Depuis plus de 15 ans, elles proposent aussi des financements durables, notamment à travers des programmes comme SUNREF en collaboration avec l’Agence française de développement. Leur contribution à l’économie est comparable à celle du tourisme en termes de valeur ajoutée, de création d’emplois et d’impact sur la chaîne de valeur. Elles soutiennent également de nombreux projets sociaux, éducatifs et sportifs à travers la RSE. 

La MBA a souligné le rôle clé de la finance durable et des Development Finance Institutions (DFIs). Quel rôle spécifique les banques commerciales peuvent-elles jouer, aux côtés des DFIs, pour financer la transition économique et environnementale de Maurice à long terme ? 
Maurice aura besoin de USD 11 milliards pour atteindre ses objectifs climatiques dont USD 3,8 milliards dans les cinq prochaines années. Les banques commerciales peuvent jouer un rôle clé en structurant des financements durables, tels que des Green Bonds ou Blue Bonds, en apportant expertise et assistance technique aux côtés des DFIs. Ces dernières fournissent un appui technique pour renforcer les capacités du secteur public et privé tandis que les banques facilitent l’accès au financement et contribuent ainsi à combler le financing gap. Un Green Bond finance des projets écologiques (énergie renouvelable, reforestation, mobilité verte), tandis qu’un Blue Bond finance des projets liés à l’océan et l’eau (pêche durable, protection des côtes, traitement de l’eau).

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