Abolition de l’esclavage : Paul Bérenger appelle à la transmission de la mémoire

Par Patrick Hilbert
Publié le: 2 février 2026 à 09:51
Image
Paul Bérenger

Lors des célébrations nationales de l’abolition de l’esclavage, organisées dimanche au Morne, le Premier ministre adjoint Paul Bérenger est revenu sur les repères historiques internationaux et mauriciens liés à l’esclavage, à la traite négrière et à leurs abolitions respectives, tout en appelant les jeunes à s’approprier cette mémoire.

Il a rappelé que les Nations unies commémorent l’abolition de l’esclavage le 2 décembre, date correspondant à l’adoption, en 1949, d’une convention de l’Assemblée générale interdisant le trafic d’êtres humains. « Nous, nous la célébrons le 1er février. Les dates sont différentes dans d’autres pays », a-t-il indiqué. L’UNESCO, pour sa part, commémore l’abolition de la traite négrière chaque 23 août.

Paul Bérenger a ensuite distingué l’esclavage de la traite des esclaves noirs. « L’esclavage a malheureusement existé dans presque tous les pays du monde, mais la traite des esclaves noirs a surtout meurtri l’Afrique. Il y a eu trois grandes traites d’esclaves noirs à partir de l’Afrique : une entre l’Afrique et l’Amérique latine, les États-Unis et l’océan Indien, une deuxième entre l’Afrique et le Moyen-Orient, et une troisième entre pays africains eux-mêmes », a-t-il précisé.

Revenant sur la période révolutionnaire française, il a rappelé que l’esclavage avait été aboli le 4 février 1794 en France et dans ses colonies, avant d’être rétabli par Napoléon en 1802. Selon lui, cette première abolition avait été obtenue sous la pression de la révolte des esclaves haïtiens. « C’est le seul pays où les esclaves se sont révoltés, mais ils l’ont payé très cher. La France, les États-Unis, l’Espagne et la Grande-Bretagne ont imposé des embargos à Haïti. Jusqu’à aujourd’hui, Haïti en paie le prix », a-t-il déclaré. Il a également souligné le lien linguistique entre Haïti et Maurice à travers la langue créole, qu’il a qualifiée de « la même ». Aux jeunes Mauriciens, il a lancé un appel à « connaître l’histoire ».

S’agissant de Maurice, Paul Bérenger a indiqué qu’après l’abolition en France en 1794, des représentants de la Révolution française, accompagnés de 300 soldats, étaient venus à Maurice dans le cadre de l’abolition de l’esclavage, et avaient été expulsés par les propriétaires d’esclaves. De 1794 à 1802, l’île aurait ainsi connu « une première indépendance, mais esclavagiste ». 

Paul Berenger souligne aussi l’ironie de l’abolition. En 1835, sous l’administration britannique, des compensations financières ont été accordées aux propriétaires dans le cadre de l’abolition de l’esclavage, « mais rien aux esclaves », lesquels ont été soumis au système d’apprentissage jusqu’en 1839, date marquant la fin effective de l’esclavage. Ce système a ensuite cédé la place à l’engagement, « que certains appellent l’engagisme », qui s’est accéléré à partir de 1834. Le Premier ministre adjoint a ainsi soutenu que l’esclavage et l’engagement sont très liés.

Il a enfin souligné la portée symbolique du Morne. « Les esclaves, ici et à travers le monde, ont résisté de mille façons. L’esclavage et l’engagement sont au cœur de notre histoire. Quand on célèbre l’abolition de l’esclavage, on doit donc célébrer l’unité à travers la diversité », a-t-il conclu.
 

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE
quotidien-4094