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À 90 ans : sacrée Jessy a toujours la pêche !

Plaisante personnalité et débordant d’humour, on ne se lasse pas de d’écouter Jessy Cooper. L’entendre raconter l’histoire de ses 40 années de vie commune aux côtés de son mari Lewis qui l’a quittée est un pur délice. Réalisant qu’elle a été un peu trop loin dans ses confidences croustillantes, elle nous lance à la fin de la rencontre une sévère mise en garde : « To pa pou rakont tou seki monn dir twa. Tu es prévenu (rires) ! » 

Dans la capitale, Jessy est une petite célébrité. La bijouterie Mon Bijou, vous connaissez ? Elle se trouvait à la rue La Chaussée, juste vis-à-vis du bâtiment où est située la maison de jeux L’Amicale.

C’est là que Jessy et Lewis ont tenu leur commerce pendant de longues années. Ils habitaient alors avec leur fils unique à la Cité Martial. Le couple était engagé dans la fabrication de bijoux. « Il y avait des hauts et des bas, mais on n’avait pas à se plaindre.  Je peux dire que j’ai eu une belle vie », se rémémore-t-elle. 

Elle a vécu les bagarres qui se sont déroulées à la veille de l’indépendance du pays. Au plus fort des incidents, rares étaient ceux qui osaient s’aventurer dans les rues, mais pas Jessy! Elle devait rentrer chez elle après le travail en passant par les quartiers chauds. « Je n’ai jamais été inquiétée par qui que ce soit », confie-t-elle avec fierté. 

Sa silhouette était familière dans tout le quartier, avec sa manière de se déplacer et son couvre-chef qui ne la quittait jamais, d’où son surnom de « Madame chapeau ».  Vers la fin du conflit, elle a quitté la capitale pour s’installer à Rose-Hill. Toutefois, avant de partir, elle a pu aider ceux qui ont dû plier bagage à la hâte sans rien emporter.


Comme la plupart des familles de l'époque, nous n'étions pas riches mais nous étions heureux."

Jessy est une turfiste comme son mari Lewis qui fréquentait assidûment le Champ-de-Mars.
Jessy est une turfiste comme son mari Lewis qui fréquentait assidûment le Champ-de-Mars. 

La générosité de jessy

Assez de souvenirs tristes… Et voilà que son regard se remet à briller quand nous l’interrogeons sur son enfance. « Nous vivions à Montagne-Longue. Mon père Joseph et ma mère Marcelle avaient neuf enfants. Comme la plupart des familles de l’époque, nous n’étions pas riches, mais nous étions heureux », confie Jessy. 

Jessy était une enfant débrouillarde. « Je prenais le train seule et on pouvait compter sur moi pour aller faire des commissions. » Elle prend la vie comme elle vient et ceux qui la côtoient affirment que sa générosité est légendaire.

Lors de cette rencontre avec cette octogénaire qui réside aujourd’hui à la Tour-Koenig, à Pointe-aux-Sables, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec une de ses nièces avec laquelle elle a toujours été très proche. Il s’agit de Marie qui nous raconte une scène dont elle a été témoin dans la bijouterie de Sy, comme elle l’appelle affectueusement.  

« Un jour, j’ai vu arriver une femme au magasin. Elle avait besoin d’aide. Jessy était désemparée, car les affaires n’avaient pas marché ce jour-là. Il n’y avait rien dans la caisse et elle voulait venir en aide à cette pauvre âme…» Sy a plongé la main dans son sac à la recherche de quelques sous pour la visiteuse. Cette dernière suivait avidement ses mouvements. Les recherches dans ce véritable fouillis n’ont donné aucun résultat. « Aux grands maux les grands moyens», raconte Marie. Jessy a alors vidé le contenu de son sac sur la table. « C’était astucieux, car un billet et des pièces de monnaie qui étaient cachés au fond de son sac venaient d’apparaître. Sans hésiter, elle a remis tout l’argent à la femme. Celle-ci a quitté la bijouterie en emportant son trésor, après mille remerciements », poursuit la nièce.

La bonne fée

Toute contente d’avoir pu aider la visiteuse, Jessy s’est contentée de dire : «Ne t’inquiète pas pour moi, je ne resterai pas sans le sou ». Sa prière sera exaucée, car dans l’heure qui a suivi, un monsieur à l’allure distinguée s’est présenté pour acheter un bijou, dont le prix a couvert amplement une journée de travail normale. « Qu’est-ce que je vous avais dit », a-t-elle déclaré, heureuse de sa bonne fortune.

C’est une qualité innée chez Jessy. Elle compte aussi de nombreux amis, dont les marchands ambulants opérant dans les environs. C’est dans sa bijouterie, sous l’escalier ou encore à l’étage que ces marchands conservaient leurs articles durant la nuit. Cette image de bonne fée est encore très répandue parmi les marchands de rues de la ville, ce malgré le fait que le magasin a fermé ses portes depuis quelques années.

Le grand voyage

Nous n’allons pas vous dévoiler tous les secrets de Jessy. Nous laisserons cela à votre imagination. Mais ce qu’on peut vous dire, elle peut être la reine du bal, elle aime siroter un bon whisky et que sa collection de chaussures ne manquera pas de faire des jalouses !

Il y a certains sujets sur lesquels Jessy préfère garder le silence. « Taler zot kwar mo fol.» Par exemple, quelque chose d’étrange lui est arrivé le jour de ses 85 ans. Elle était assise seule dans sa cour, tandis que deux de ses amies étaient occupées dans la cuisine à préparer des snacks pour la fête qui allait avoir lieu  le soir. En levant la tête vers le ciel, elle a vu de façon très nette trois groupes d’une dizaine d’enfants en train de faire la ronde. Ils étaient lumineux et leurs vêtements avaient la couleur vive d’un coucher du soleil. « Cela ne pouvait qu’être un signe, je ne saurais jamais dire lequel », dit-elle. « Je suis allée voir mes amies pour leur raconter ce que j’avais vu, mais elles ne voulaient pas croire aux histoires d’une vieille radoteuse. » Lorsqu’elle est retournée dehors, les apparitions dans le ciel avaient disparu.

Jessy a beaucoup voyagé en compagnie de son époux, mais son « plus grand voyage » et le « plus merveilleux » l’attend. C’est celui qui la mènera jusqu’à son Dieu qui est au centre de sa vie. Lorsqu’elle avait 45 ans, un sage lui a dit qu’elle avait parcouru la moitié de sa vie. «Faites le calcul…», lance-t-elle. Le jour de ce grand départ, elle dit l’attendre avec sérénité. Mais gageons que ce n’est pas pour tout de suite, car il y a des centenaires dans la famille. C’est en tous cas ce que nous lui souhaitons.


 

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