64 ans plus tard, elle fait encore battre son cœur
Par
Ajagen Koomalen Rungen
Par
Ajagen Koomalen Rungen
Malligah et Mardaymootoo Parian se sont mariés le 2 septembre 1962. Une histoire simple, construite sou par sou, épreuve après épreuve.
Il ne la voit plus depuis vingt ans. Le diabète, puis le glaucome, lui ont pris la vue. Mais lorsqu’on lui demande de décrire sa femme, Mardaymootoo Parian, 89 ans, n’hésite pas une seconde. « C’est une femme exceptionnelle. Elle est généreuse, franche, elle n’aime pas l’hypocrisie. Elle est calme, elle a de bonnes pensées. »
Une pause. « Elle fait battre mon cœur. » À côté de lui, Malligah, 84 ans, rougit. Après 64 ans, il la fait encore rougir. « La plus belle chose dans ma vie, c’est ma rencontre avec Malligah », confie-t-il sans hésitation.
Tout commence dans les rues de Port-Louis, après les cours. Malligah fréquente le collège Bhujoharry, Mardaymootoo est inscrit dans un autre établissement de la capitale. Leurs chemins se croisent, d’abord par hasard, puis par habitude. « On se voyait souvent dans la rue, on parlait, on riait », raconte Mardaymootoo. « C’est devenu une habitude, une belle amitié. »
De cette complicité naît peu à peu un attachement plus profond. Mardaymootoo prend alors une décision qui changera sa vie. Il se rend chez les parents de Malligah pour demander sa main, avec détermination et respect.
Mais au départ, tout n’est pas simple. Les parents de Malligah sont réticents. Elle est encore en School Certificate, et l’avenir reste incertain. « Ils n’étaient pas d’accord au début », se souvient-elle. « Mais le vrai amour finit toujours par triompher. »
Le temps fait son œuvre, les résistances tombent, les cœurs s’ouvrent. « Tout s’est passé comme une lettre à la poste », dit-elle avec un sourire discret.
Le 2 septembre 1962, ils s’unissent. Ni luxe ni extravagance, mais l’essentiel. « La famille était là, c’était beau. On était heureux. » Aujourd’hui, 64 ans plus tard, lorsqu’ils replongent dans ce souvenir, leurs regards s’illuminent comme au premier jour. « C’est comme si c’était hier », souffle Malligah.
Le mariage marque le début d’un long chemin à deux, fait de défis mais aussi de bonheur et de complicité. Mardaymootoo décroche un emploi comme infirmier à l’hôpital. Un travail exigeant, mais stable. « Je travaillais dur. Chaque économie comptait. »
Avec patience et persévérance, il met de côté sou par sou. Son objectif est clair : offrir un toit à sa famille. Il finit par acheter un terrain et construit leur maison à Pointe-aux-Sables. « C’était notre rêve », dit-il.
Il travaillera aussi deux ans à Rodrigues, loin des siens. « Ce n’était pas facile, mais c’était pour la famille. » De leur union naissent deux enfants : Yul, aujourd’hui âgé de 62 ans, et Prettyllah, 55 ans. Ils grandissent dans un foyer où les valeurs de respect, de travail et d’amour sont au centre de tout. « On a toujours fait de notre mieux pour eux », dit Malligah. « On n’avait pas grand-chose, mais on avait tout ce qui comptait. »
Aujourd’hui, la famille s’est agrandie avec trois petits-enfants, qui apportent une joie immense au couple. Le fils aîné vit à l’étage de la maison familiale, tandis que Malligah et Mardaymootoo occupent le rez-de-chaussée, continuant à partager leur quotidien ensemble. La maison bâtie sou par sou est devenue le centre d’une famille entière.
Il y a vingt ans, la vue de Mardaymootoo commence à faiblir. Le diabète, puis le glaucome. Il perd la vue. C’est l’épreuve la plus lourde de leur vie commune. Mais au lieu de fragiliser leur équilibre, elle a renforcé leur lien. « Malgré tout, il connaît chaque coin de la maison », explique Malligah. « Il est autonome. »
Elle veille sur lui au quotidien, avec une attention constante. « Je suis là pour lui », dit-elle simplement. Malgré la maladie, Mardaymootoo garde le sourire. Il continue à s’informer, à écouter la radio, à suivre les actualités. « J’aime écouter les news », confie-t-il. Malligah, de son côté, aime regarder des series, mais aussi préparer de bons petits plats. « Je cuisine pour lui », dit-elle simplement. Deux personnes qui ont appris, avec le temps, à se tenir l’une l’autre sans faire de bruit.
Au fil des années, le couple a aussi eu l’occasion de voyager. Ensemble, ils ont découvert l’Europe, notamment cinq pays, plus d’une fois. L’Allemagne, la Suisse, l’Angleterre, la France, où vivent certains membres de sa famille. « C’était de beaux moments », confie Malligah. Ils évoquent aussi un séjour en Inde, qui reste gravé dans leur mémoire. Autant de souvenirs précieux qui viennent enrichir leur histoire commune.
Après plus de six décennies de vie commune, Malligah livre avec simplicité les clés de leur longévité. « La recette du succès, c’est la compréhension. Il faut comprendre l’autre, faire des concessions, être attentif et patient. Il faut savoir écouter. »
Mardaymootoo acquiesce. Pour lui, le respect mutuel est essentiel. « On peut ne pas être d’accord, on peut avoir des petits conflits. Mais on finit toujours par se réconcilier. »
À l’aube de leurs 64 ans de mariage, ils portent un regard apaisé sur leur parcours.
« L’amour, c’est un sentiment qui ne meurt jamais », affirme Malligah. « Notre amour est solide comme un roc. » Dans leur maison de Pointe-aux-Sables, entre souvenirs et gestes du quotidien, ils continuent d’avancer ensemble, unis, comme au premier jour. « On est là l’un pour l’autre », résume Mardaymootoo.
Et lorsqu’on leur demande ce qu’ils retiennent de toutes ces années, la réponse est simple, évidente. « On s’aime toujours », répond Malligah.