58 ans d’indépendance : Dirigeants et professionnels appellent à plus d’audace pour Maurice

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 12 mars 2026 à 12:00
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port louis

À l’occasion du 58e anniversaire de l’Indépendance de Maurice, plusieurs dirigeants et professionnels livrent leur vision de l’avenir du pays. Entre fierté du parcours accompli et appel à davantage d’audace, ils soulignent l’importance de l’unité, de la bonne gouvernance, de la résilience économique et d’un développement durable.

Afsar Ebrahim, directeur de Kick Advisory : « Notre diversité et notre résilience sont notre plus grande force »

En 58 ans d’indépendance, si Maurice a accompli des progrès remarquables, Afsar Ebrahim, directeur de Kick Advisory, estime que l’île doit aujourd’hui éviter la complaisance et retrouver l’audace qui a jalonné son développement. « 58 ans peuvent sembler peu dans la vie d’une nation, mais Maurice a accompli des progrès remarquables pour une île qui ne possède pas de ressources naturelles, hormis sa beauté exceptionnelle et, surtout, son peuple », souligne-t-il. 

La coexistence harmonieuse des cultures et des religions constitue l’une des plus grandes forces du pays. Il cite notamment la succession de célébrations religieuses au cours des dernières semaines, telles que Thaipoosam Cavadee, Maha Shivaratri, le Nouvel An chinois, le Carême chrétien et le Ramadan, comme illustration de cette richesse. « Cette coexistence des traditions n’est pas simplement symbolique, elle constitue l’ADN même de Maurice et explique notre résilience face à l’adversité », ajoute-t-il. 

Pour Afsar Ebrahim, cette capacité à vivre ensemble s’accompagne également d’un esprit entrepreneurial et d’un optimisme profondément ancré dans la société mauricienne. « Nous restons une nation d’entrepreneurs, un pays où la politique est un sport national et où l’humour et l’optimisme font partie du quotidien », précise-t-il.

Cependant, il met en garde contre certains signes inquiétants, évoquant « un manque d’urgence, un affaiblissement du sens de l’ambition et une tolérance croissante aux raccourcis ». À ses yeux, ces dérives pourraient fragiliser les valeurs qui ont permis à Maurice de progresser. Il s’inquiète également de phénomènes sociaux préoccupants, notamment la montée de la drogue et la recherche de gains illicites.

Dans un contexte international marqué par les bouleversements géopolitiques, les conséquences de la pandémie de COVID-19 et les transformations technologiques rapides, notamment l’intelligence artificielle, il estime que Maurice doit repenser sa place dans le monde. « Maurice doit donc voir le monde à travers son propre prisme, et non à travers des lentilles occidentales défaillantes », affirme-t-il. 

Il plaide ainsi pour un positionnement plus affirmé du pays comme centre financier crédible et attractif. Selon lui, Maurice devrait chercher à attirer davantage d’investissements, notamment du monde arabe, tout en capitalisant sur sa réputation de juridiction stable et fiable. Afsar Ebrahim rappelle que la fête de l’Indépendance doit être plus qu’une simple commémoration. « La fête de l’Indépendance n’est pas seulement un moment de fierté ; c’est aussi un appel à l’action. »

Sheila Ujoodha, CEO du ]MIoD : «Le développement de qualité, responsable et durable doit continuer»

Pour Sheila Ujoodha, Chief Executive Officer du Mauritius Institute of Directors (MIoD), l’avenir de Maurice repose sur la création de valeur, l’ouverture à de nouveaux horizons et la capacité à offrir de vraies perspectives aux générations présentes et futures. « Il est essentiel que Maurice investisse dans son potentiel, consolide ses piliers économiques, modernise ses infrastructures, accélère sa transformation numérique et cultive un environnement propice à l’innovation, à l’initiative et à la confiance. » 

Elle insiste également sur l’importance de la cohérence et de la durabilité dans le développement du pays. Dans ce cadre, la gouvernance d’entreprise joue un rôle central : « Elle contribue à renforcer la qualité des décisions, la solidité des organisations, leur capacité d’anticipation et, plus largement, leur aptitude à créer de la valeur de manière durable. » Le MIoD, quant à lui, demeure engagé à accompagner les dirigeants et administrateurs dans ce cheminement : « Nous continuerons à soutenir le renforcement de pratiques de gouvernance d’entreprise plus stratégiques, plus responsables et mieux adaptées aux réalités de demain. »

Lawrence Wong, président de l’Association of Mauritian Manufacturers : «J’espère que notre base industrielle va grandir davantage»

Dans le cadre de l’indépendance de Maurice, Lawrence Wong, président de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), met en avant le rôle de l’industrie locale dans le développement économique du pays. Selon lui, la promotion du label local reste un levier pour soutenir la production nationale. « Je crois profondément au Made in Moris. Cela permet de créer de la valeur, de proposer des produits de qualité et fabriqués à Maurice », affirme-t-il. Lawrence Wong exprime aussi le souhait de voir le secteur manufacturier se développer davantage de façon inclusive et durable.

Dr Aadila Issack, Medical Director de Life MedicalClinics : «Maurice a toujours été admirée pour sa capacité à réunir des cultures diverses»

Selon le Dr Aadila Issack, Medical Director de Life MedicalClinics, « Maurice a toujours été admirée pour sa remarquable capacité à réunir des cultures diverses dans une identité nationale partagée ». Dans un contexte mondial marqué par de nombreuses incertitudes, la Dr Aadila Issack estime que la préservation de la paix et de la stabilité demeure essentielle. 
Sur le plan économique, elle souligne l’importance de renforcer et de diversifier l’économie nationale, « tout en consolidant les bases solides qu’a offertes le secteur du tourisme ». Enfin, dans le domaine de la santé, elle insiste sur la responsabilité collective des professionnels, notamment face à l’augmentation des maladies non transmissibles : « Le renforcement de la prévention, du dépistage et de l’éducation à la santé sera essentiel pour améliorer la santé à long terme de la population. »

Sonny Wong, Chief Operating Officer d’Innodis : «Soutenir la monnaie locale et investir dans la durabilité»

Pour Sonny Wong, Chief Operating Officer d’Innodis, la stabilité économique de Maurice passe par un renforcement des fondamentaux économiques, notamment le soutien à la monnaie locale « afin de contenir l’inflation dans une fourchette acceptable ». Le COO d’Innodis estime également qu’il est essentiel de renforcer la résilience économique du pays : « Nous devons sécuriser les chaînes d’approvisionnement et renforcer les compétences locales au niveau de la manufacture. »

Par ailleurs, Sonny Wong plaide pour des investissements accrus dans la durabilité, notamment dans les projets d’énergies renouvelables, d’économie circulaire et d’adaptation au changement climatique. Il insiste également sur la nécessité de mieux cibler les aides sociales.

Diane Maigrot, directrice générale de La Turbine : «’innovation dont notre pays a besoin est avant tout humaine et sociale»

Diane Maigrot, directrice générale de La Turbine, appelle à une réflexion collective sur l’avenir du pays et sur la manière de renforcer la cohésion nationale dans le cadre des célébrations de l’indépendance de Maurice. « Mon souhait le plus profond est que nous trouvions collectivement le courage d’innover – pas seulement dans l’économie ou la technologie, mais dans notre manière de penser, de gouverner et surtout de vivre ensemble. L’innovation dont notre pays a besoin est avant tout humaine et sociale. »

Pour Diane Maigrot, la diversité culturelle du pays reste une richesse importante. Toutefois, une nouvelle étape doit être franchie : « La simple coexistence des cultures ne suffit plus. Notre défi aujourd’hui est de construire une société véritablement interculturelle, où les traditions, les langues et les sensibilités ne se contentent pas de coexister, mais se rencontrent, dialoguent et s’enrichissent mutuellement. »

Elle souligne également le rôle de l’éducation et des institutions dans cette évolution : « Cela demande aussi de l’innovation dans la politique et dans les institutions, pour encourager une vision du pays qui dépasse les logiques communautaires et privilégie l’intérêt national. »

Par ailleurs, Diane Maigrot évoque la nécessité d’une transformation plus profonde. « Nous devons oser penser Maurice autrement : non pas comme une addition de communautés, mais comme une identité en construction, partagée par tous », conclut-elle. « La véritable “Mauricianisation” de notre pays ne viendra pas d’un slogan ou d’un discours, mais d’un travail patient, créatif et audacieux. »

Stéphany Noëllis, CEO de Zenlife Mauritius : «Il est temps que le mauricianisme prime»

Stéphany Noëllis, CEO de Zenlife Mauritius, partage ses préoccupations concernant la situation économique et sociale du pays, en particulier la cherté de la vie : « Il serait important de trouver des moyens pour que ceux qui sont au bas de l’échelle puissent subvenir à leurs besoins essentiels, notamment l’achat des produits de base. » Ayant voyagé dans plusieurs pays, elle estime que les prix de l’alimentation y sont souvent plus accessibles. Elle évoque également l’écart entre revenus et dépenses pour certaines familles. « Le salaire minimum et le coût de la vie sont disproportionnés, notamment pour les ménages qui ont des enfants. » Elle exprime le souhait de voir des mesures permettant d’alléger la pression financière sur la population. 

Au-delà de l’économie, Stéphany Noëllis appelle à renforcer la cohésion nationale. « Il est temps que le mauricianisme prime et non le communautarisme. Nous avons besoin d’un pays et d’un peuple unis, de vivre ensemble en tant que peuple mauricien. »

Daniel Saramandif, consultant chez International Tourism Business : «Le tourisme est notre avenir»

Le tourisme demeure un pilier de l’économie, rappelle Daniel Saramandif, consultant chez International Tourism Business. « Cela se traduit par sa contribution au Produit Intérieur Brut (PIB) national », souligne-t-il. Il cite les résultats récents du secteur : « Nous sommes parvenus à franchir la barre des 1,4 million de touristes en 2025. » L’objectif reste de consolider cette contribution économique.

Il appelle également à la solidarité nationale : « Les Mauriciens doivent être solidaires pour protéger le tourisme, car c’est notre avenir. » Malgré la situation actuelle au Moyen-Orient, il indique rester confiant pour l’avenir du secteur.

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