58 ans de l’Indépendance de Maurice : Navin Ramgoolam appelle à l’unité face aux défis économiques
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Pour son 58e anniversaire, Maurice célèbre son unité et sa résilience. Face aux défis économiques et au fléau de la drogue, le Premier ministre Navin Ramgoolam appelle à la cohésion nationale et à l’engagement de la diaspora.
Dans son message pour le 58e anniversaire de l’Indépendance du pays, le Premier ministre Navin Ramgoolam a placé le redressement économique et la lutte antidrogue au cœur de ses priorités. Il appelle les Mauriciens à l’unité et la diaspora à contribuer au renouveau du pays.
Dans un contexte mondial marqué par les conflits, Navin Ramgoolam a d’abord tenu à replacer Maurice dans son environnement international. Alors que des guerres font rage au Moyen-Orient, en Ukraine et en Afrique, le Premier ministre a rappelé la valeur de la paix insulaire. « Dans ce monde déchiré, reconnaissons le bonheur de vivre dans la paix et la tranquillité », a-t-il souligné, ajoutant que ces conflits n’en auront pas moins des répercussions économiques directes sur l’île. « C’est un grand drame humain qui aura aussi de nombreuses turbulences économiques », a-t-il averti. « Ena plizir plas kot pe lager ant kominote. Toulezour de santenn dimoun inosan pe mor. Tousa parski ena boukou intolerans, inkonpreansion ek refi de dialog », a-t-il déploré.
Fidèle à sa tradition de non-alignement depuis l’Indépendance, Maurice a toujours privilégié le droit international, le multilatéralisme et la coopération régionale, a rappelé le PM. Pour illustrer cette philosophie, Navin Ramgoolam a cité le litige maritime qui opposait Maurice aux Seychelles depuis 2010 sur une zone de 396 000 km² du plateau des Mascareignes. Plutôt que de soumettre le différend à l’arbitrage onusien - un processus qui aurait pris au moins 10 ans selon lui -, il affirme avoir convaincu l’ancien Président seychellois James Michel de régler l’affaire en bilatéral. Un traité de cogestion a été signé en mars 2012. « C’est un exemple éclatant de coopération et de dialogue entre deux pays voisins », a-t-il soutenu.
C’est dans cet esprit que le nouveau Président des Seychelles, le Dr Patrick Herminie, était l’invité d’honneur des célébrations de nationales, les deux îles partageant une longue histoire commune et étant toutes deux piliers de la Commission de l’océan Indien.
Sur le plan intérieur, le Premier ministre a voulu saluer la singularité mauricienne : une nation fondée non sur la simple tolérance mais sur l’acceptation des différences. Citant Swami Vivekananda, il a affirmé que « l’acceptation est plus forte que la tolérance ». Pour lui, cette cohésion n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat des valeurs distillées par les partis politiques tout au long de l’histoire du pays. « Plusieurs fois au cours de l’histoire du pays, nous sommes passés par des moments difficiles, mais à chaque fois, nous avons relevé les défis », a-t-il affirmé.
C’est précisément dans cet esprit de résilience que Navin Ramgoolam a abordé la situation économique, qu’il juge préoccupante. Il a imputé les difficultés présentes à « la gestion catastrophique de l’économie » entre 2014 et 2024, aggravée par la guerre au Moyen-Orient et les retards dans la mise en œuvre du traité sur les Chagos. La mauvaise gestion de l’ancien régime, selon lui, a laissé le pays avec un déficit avoisinant 90 % et une dette de plus de Rs 600 milliards. L’agence Moody’s surveille désormais le pays de près. « Nous avons une obligation de réduire les dettes du pays ainsi que le déficit », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité d’éviter un déclassement de la note souveraine.
Des secteurs stratégiques - électricité, eau, hôpital, port - ont souffert d’un déficit de planification et d’investissement, a-t-il déploré. « Dan tou sa bann sekter-la, azordi se mo gouvernman ki pe bizin reget tousala de fon an komb. Pe ratrap letan perdi pou redres seki traver, sanz seki bizin sanze ek pe amenn nouvo lide depi deor », a-t-il dit. Ces efforts, souvent invisibles pour le grand public, se traduisent néanmoins par des décisions prises chaque semaine en Conseil des ministres, a-t-il assuré. « Nou pe tir move lerb, nou pe plante, nou pe aroze et nou pou rekolte », a-t-il dit.
Sa deuxième priorité immédiate reste la sécurité, avec un accent particulier sur la lutte antidrogue. « Nous devons accepter une vérité : le combat contre la drogue n’est pas facile », a-t-il reconnu, qualifiant le trafic de « serpent à plusieurs têtes ». « Ladrog inn telman infiltre dan nou pei pandan rezim MSM, ki parfwa bann viktim vinn defanser bann trafikan », a-t-il observé.
Sur ce front, il a annoncé plusieurs mesures concrètes : de nouvelles nominations à la tête de la brigade antidrogue, la saisie de 82 kilos de drogue depuis janvier 2026 pour une valeur de plus d’un demi-milliard de roupies, la nomination d’un Mauricien de la diaspora à la tête du Forensic Science Laboratory (FSL), et le dépôt prochain d’un projet de loi instituant une National Crime Agency. Cette nouvelle structure sera dirigée par des hauts gradés expérimentés travaillant en étroite collaboration avec des policiers venus de Scotland Yard, a-t-il précisé. « Nou pa pou kile. Nou bizin intranzizan », a-t-il conclu sur ce point.
Pour Navin Ramgoolam, la prospérité économique et la sécurité sont les deux conditions sine qua non pour retenir les jeunes au pays. « Li fer sagrin kan pe tann dir enn zenes pe parti pou all rod so lavi ayer », a-t-il déploré. Il a également lancé un appel à la diaspora mauricienne à rentrer pour occuper des postes à responsabilité, citant des nominations récentes à Mauritius Telecom, à la Banque de Maurice et au Forensic Science Laboratory.
C’est sur un appel à l’unité nationale que le Premier ministre a conclu son message. « Se pa le moman pou nou divize ant nou », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Si nou res ini, pena enn defi ki nou pa pou kapav releve. » Et de rappeler la formule qui, selon lui, résume la clé du succès collectif : « Pour réussir, il ne faut pas se tromper de priorité. » Pour Navin Ramgoolam : « L’unité est notre force. »