30 ans du Défi Plus : les distributeurs et les vendeurs racontent

Par Annick Daniella Rivet
Publié le: 28 février 2026 à 13:30
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distributeurs et les vendeurs

Dans le cadre des 30 ans du Défi Plus, disponible le samedi dans les kiosques, retour sur un hebdomadaire qui a marqué la presse mauricienne. Souvenirs de distributeurs et témoignages de fidélité. Une histoire d’amour entre un journal et son public.

Dans les ruelles encore endormies de Port-Louis, à l’arrière du Sun Trust, les moteurs des camionnettes s’allumaient vers 1 heure ou 2 heures. Les piles de journaux fraîchement imprimés s’entassaient, prêtes à être livrées aux kiosques.

C’est ainsi que commence l’histoire du Défi Plus, racontée par ceux qui l’ont porté jusqu’aux lecteurs.

« Je suis là depuis le début. À l’époque, nous étions dans la distribution de presse et nous avons appris qu’un nouveau journal allait arriver sur le marché. Avant, il y avait Le Défi, mais là, ce serait Le Défi Plus. Alors j’ai pris contact avec Ehshan Kodarbux, le rédacteur en chef, pour lui proposer mes services de distribution », raconte Ganesha Singaravelloo, directeur de Todel Ltd.

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Le premier numéro était déjà sorti. « C’était pour le deuxième numéro et nous étions au tout début. Chaque semaine, je rencontrais Ehshan dans son bureau, à côté du bâtiment principal du Sun Trust Building et nous discutions de chaque parution. Comme nous étions au commencement, il fallait que tout le monde soit partie prenante. »

Au départ, une petite équipe d’une dizaine de personnes a lancé l’aventure modestement. Peu à peu, la distribution révélait une demande croissante. « Le Défi Plus a apporté un plus pour tous les lecteurs. Par son langage : il était plus accessible. Il se distinguait par ses rubriques, notamment la politique, les enquêtes. Les lecteurs attendaient leur copie avec impatience. »

Les chiffres parlent : de 3 000 exemplaires au début, le tirage a dépassé les 60 000 au pic. Le journal s’imposait quand il y avait des événements. Il allait droit au but. « Le Défi a compris que l’humain cherche des nouvelles ayant trait au sexe, au sang et à l’argent. C’est ce qui attire les lecteurs. »

Un autre élément marquant : les caricatures de Jérôme. « C’était nouveau. Les lecteurs aiment les choses sérieuses, mais aussi se détendre. Le Défi a compris que la curiosité devait être titillée. » Le journal proposait aussi des enquêtes et des dossiers fouillés. 

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Ganesha Singaravelloo
Ganesha Singaravelloo, « la force d’Ehshan Kodarbux résidait dans sa polyvalence. »

Pour Ganesha Singaravelloo, la force d’Ehshan Kodarbux résidait dans sa polyvalence. « Il savait comment faire. S’il manquait un journaliste, il écrivait lui-même. À l’époque, on ne parlait pas de CEO, mais d’entrepreneur terre à terre, présent matin, midi et soir. Ce furent des années de braise. Je ne crois pas qu’il avait projeté une telle ascension. »

Le quotidien était rude. « Nous étions tous les deux sur le terrain, moi pour la vente, lui pour comprendre ce que les gens voulaient. Une fois le journal imprimé, nous allions à l’arrière du Sun Trust, où se trouvait la presse, vers 1 heure ou 2 heures pour récupérer les exemplaires. » Ganesha dirigeait plus de cinquante personnes. « Je peux dire que j’étais le multicarrier de la presse écrite. J’ai distribué presque tous les journaux. »

Fin de la presse

« Aujourd’hui, on parle de la mort de la presse papier. Il n’y a pas d’avenir. Les journaux ne vont plus exister dans quelque temps. Les jours sont comptés. » Mais il a un message pour les lecteurs. « Nous avons passé des moments merveilleux ensemble. Durant la covid-19, ce fut plus difficile, mais en général, c’était une belle histoire d’amour, pas seulement avec Le Défi, mais avec tous les journaux. J’étais l’élément qui les réunissait. Avec différents rédacteurs, je n’ai jamais divulgué ce que faisait l’un à l’autre. J’avais une ligne de conduite et j’ai beaucoup appris de ces derniers. »
Un autre distributeur

À l’aube, quand les kiosques ouvrent leurs volets métalliques, les premiers clients attendent déjà. Pour Leckramsing Bhujun (Shyam), la fidélité des lecteurs est intacte. « Le Défi Plus a toujours sa clientèle. Il est le leader parmi les journaux du samedi. La vente a diminué, certes, mais il ne va pas disparaître. Le lecteur ne boudera pas le journal. C’est un maillon important de la société mauricienne. »

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Leckramsing Bhujun (Shyam), « la fidelite des lecteurs est intacte. »
Leckramsing Bhujun (Shyam), « la fidelite des lecteurs est intacte. »

Selon ce distributeur de journal, les jeunes s’y intéressent grâce à ses rubriques : sport, loisirs, reportages, jeux, Bollywood. « Sur dix personnes qui achètent un journal, sept prennent Le Défi en premier, indépendamment du temps. Les lecteurs ont soif d’information et Le Défi a su les fidéliser. »

La distribution doit être rapide. « Plus tôt les journaux sont livrés, mieux se porte la vente. » Les lecteurs apprécient les reportages, les portraits et le langage populaire. « Le journal accompagne les lecteurs toute la journée. Avec ses nombreuses pages, il offre de quoi lire et s’informer. Les photos sont aussi importantes. C’est un journal de qualité qui marche avec son temps. »

« Malade ou en bonne santé, la distribution doit se faire. Le lecteur attend son journal. », indique Shyam.

Trente ans après sa naissance, Le Défi Plus continu de rythmer le samedi des Mauriciens. Derrière chaque exemplaire, il y a les nuits de braise des distributeurs, la passion des rédacteurs et la fidélité des lecteurs. Une aventure populaire qui, malgré les incertitudes du papier, reste gravée dans la mémoire collective.

Vendeurs et lecteurs
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Hassen Kaderbux de Plaine-Verte est sur place toute la journee.
Hassen Kaderbux de Plaine-Verte est sur place toute la journee.

Nous avons sillonné plusieurs localités pour rencontrer ceux qui, dès l’aube, donnent vie au journal. À Plaine-Verte, Hassen Kuderbux s’installe sur sa chaise dès 4 h 30 et ne la quitte qu’à 16 heures. Depuis cinq ans, il vend les journaux. Les lecteurs, dit-il, arrivent très tôt, certains sortant directement de la mosquée. Il note que la vente a diminué, mais il existe toujours de fidèles lecteurs.

À Port-Louis, derrière les barreaux du marché, nous trouvons Mahendra Busviah. Présent dès 4 heures, il attend l’arrivée des journaux. Depuis vingt-cinq ans, il poursuit le métier de son beau-père. Pour lui, la force du Défi Plus réside dans le fait que les articles principaux ont leur titre en Une. « Le lecteur n’est pas perdu », explique-t-il. « Tout voir en vitrine aiguise la curiosité et encourage l’achat. »

Vers 6 h 10, alors que nous bavardons avec lui, arrive Farook Chokoury, un agent de sécurité. « Tous les matins, je viens acheter mon journal avant d’aller travailler. Le journal m’accompagne durant toute ma journée. Je peux ne pas avoir de pain, mais mon journal est essentiel. »

Sur la route principale à Mon-Goût, nous rencontrons Rajeshwaree Manesing. Derrière son comptoir, elle vend du pain, des légumes et Le Défi. « Bien que la vente ait baissé un peu, parce que tout est partagé sur le téléphone portable, il y a toujours des lecteurs fidèles qui achètent pour avoir davantage d’informations. »

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Shyam Neewoor, « le lectorat est varié. »
Shyam Neewoor, « le lectorat est varié. »

À Lallmatie, cette fois, c’est Shyam Neewoor qui nous accueille. Il a commencé à vendre les journaux après la pandémie de la covid-19. « Je suis sur place de 5 heures à 8 heures. » Selon lui, le lectorat est varié : « Il y a certes moins de jeunes à cause des informations disponibles sur le portable, mais nous avons aussi ceux qui s’intéressent à différentes rubriques, comme les articles sur Bollywood. »

À Centre-de-Flacq, Vasist Sungkoora jongle entre la vente de billets de loterie et celle des journaux. Pour lui, c’est un plaisir de rappeler que le papier est bien présent.

Le Snack Maraz, à Bel-Air-Rivière-Sèche, est un lieu incontournable. Avec les gâteaux aux saveurs variées, on trouve aussi Le Défi. « Je vends le Défi depuis plus de quinze ans. Avant, c’était mon père qui tenait le commerce. Le Défi occupe une grande place pour moi grâce à son style d’écriture. Tout le monde s’y retrouve et c’est une bonne chose. »

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Jean Erick Li Moy Kee de Moka, « les lecteurs se retrouvent. »
Jean Erick Li Moy Kee de Moka, « les lecteurs se retrouvent. »

À Moka, Jean Erick Li Moy Kee nous reçoit devant son commerce situé face à l’ancien hôpital. Il représente la troisième génération dans cette activité, après ses parents et grands-parents installés sur la côte Ouest. « Le journal est intéressant et se vend à un prix abordable. Ainsi, le public s’y retrouve. »

Jean Erick Li Moy Kee est un professionnel en mécanique et ingénierie et il a travaillé dans plusieurs pays. En 2010, il est rentré de Dubaï, puis il est reparti en 2020, mais il a finalement choisi de rester pour épauler son père et reprendre le commerce.

Sa supérette a une particularité : très tôt le matin, les journaux sont déposés dans un réfrigérateur fermé à double tour, à l’aide d’un cadenas. À l’ouverture, tout est prêt et la vente peut commencer.

Distribution

Une fois que la presse finit d’imprimer les journaux et que le pliage est effectué, place à la distribution. Il est environ une heure lorsque les journaux sont empilés à côté de la presse à Grande-Rivière-Nord-Ouest. Les exemplaires sont alors comptés et placés en ballots de différentes quantités afin d’assurer une distribution rapide et efficace dans les kiosques à travers l’île.

Tous les journaux doivent partir le plus tôt possible pour que les lecteurs, même à l’autre bout de l’île Maurice, puissent recevoir leur journal à temps.


 

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