30 ans de Défi Plus : ces lecteurs fidèles qui ne manquent jamais leur rendez-vous du samedi
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Il est à peine sept heures du matin, samedi. Dans les foyers mauriciens, un même geste se répète, semaine après semaine, depuis trois décennies. On sort de chez soi pour acheter Le Défi Plus, ou on l'attend déjà réservé chez son marchand habituel. Ce rituel discret, presque intime, est pourtant partagé par des milliers d'habitants à travers l'île. À l'occasion des 30 ans de l'hebdomadaire, plusieurs de ces lecteurs fidèles ont accepté de raconter ce que représente vraiment ce journal pour eux — et leur témoignage dit beaucoup plus qu'un simple attachement à la presse écrite.
Pour Santa Sootarsing, la lecture du Défi Plus n'est pas une habitude que l'on prend ou que l'on abandonne selon l'humeur du moment. C'est une constante, presque une discipline. « Je n'ai presque jamais raté un exemplaire. C'est mon journal préféré, ma lecture du samedi matin », affirme-t-elle avec la conviction de quelqu'un qui sait exactement ce qu'elle aime et pourquoi.
Son rituel est rodé depuis longtemps : se lever tôt, s'installer dans un coin confortable, et parcourir les pages dans le calme qui précède l'agitation du week-end. Ce qu'elle y cherche, c'est à la fois l'information et le récit. « Ce que j'aime dans Le Défi Plus, c'est la variété des articles. Il y a beaucoup de sujets intéressants. Personnellement, j'apprécie la politique, les faits divers et l'actualité », confie-t-elle.
Pour cette lectrice, l'hebdomadaire offre un panorama complet de la société mauricienne — un outil pour comprendre les débats qui traversent le pays, mais aussi pour découvrir ces histoires humaines qui touchent là où les chiffres et les déclarations officielles ne parviennent pas. En trente ans, ce rendez-vous du samedi est devenu pour elle un moment privilégié qu'elle ne sacrifierait pour rien.
Président de la Fédération des sociétés chinoises, Mario Hung Wai Wing aurait pu se contenter d'une lecture rapide, distraite, entre deux obligations. Mais chez lui, la lecture du Défi Plus a pris une tout autre dimension. « Dans notre famille, nous aimons beaucoup Le Défi Plus. C'est presque une tradition », confie-t-il avec une certaine fierté.
Chaque samedi, il se lève tôt pour aller chercher le journal, avant de rentrer le lire tranquillement. Mais l'exemplaire ne s'arrête pas à lui. « Après moi, mon épouse le lit aussi, et parfois même les enfants. » Le journal circule de mains en mains, traversant les générations sous le même toit.
Dans une époque où le numérique impose sa cadence effrénée, Hung Wai Wing voit dans le journal papier une forme de résistance douce, mais nécessaire. « Nous vivons beaucoup dans l'ère numérique. Mais avoir un journal entre les mains et lire tranquillement, c'est quelque chose d'extraordinaire. » Une habitude, estime-t-il, qui mérite d'être transmise aux nouvelles générations, comme on transmettrait un savoir-faire ou une valeur.
Au marché de Curepipe, entre les bouquets et les effluves floraux du samedi matin, Akshaye Sojeebun et Avnish Mahadowa ont trouvé leur propre façon de ne jamais manquer leur lecture hebdomadaire. La solution est simple : ils se partagent l'achat du journal, semaine après semaine, à tour de rôle. « Chaque samedi, c'est à tour de rôle », expliquent-ils en souriant.
Quand les clients se font rares et que le marché s'apaise quelques instants, ils profitent de ces parenthèses pour se plonger dans les pages du Défi Plus. Mais derrière se cache une histoire plus ancienne, ancrée dans leur enfance. « Quand nous étions petits, nos parents achetaient souvent le journal pour nous. Ils voulaient nous encourager à lire et à apprendre », se remémorent-ils.
Mieux encore : leurs parents utilisaient les articles comme support pédagogique, demandant aux enfants de lire certains passages, puis de rédiger des phrases ou de composer des textes à partir de ce qu'ils avaient lu. Aujourd'hui, Akshaye et Avnish perpétuent cette tradition à leur façon, sans la formaliser, mais avec une fidélité intacte.
À l’heure où de plus en plus d’articles sont accessibles en ligne, Denis Hojeer reconnaît consulter parfois les plateformes numériques. Mais rien ne remplace, selon lui, l’expérience du journal papier.
« Bien sûr, il y a les articles en ligne, mais prendre mon Défi Plus dans la main et lire, c'est un plaisir particulier », explique-t-il. Ce plaisir-là, celui du papier froissé entre les doigts, de la page qui tourne, de l'odeur de l'encre fraîche, est difficile à reproduire sur un écran.
Sa lecture est méthodique, exhaustive. « Je regarde tout : le sport, l'hippisme, les reportages, et surtout les articles qui parlent de la société », souligne-t-il.
Pour Denis Hojeer, Le Défi Plus n'est pas seulement un journal d'actualité : c'est un journal de proximité, qui informe certes, mais qui raconte aussi des histoires, des vies, des réalités que l'on ne trouve pas ailleurs. Cette capacité à mêler le grand reportage et le récit humain reste, selon lui, l'une des forces durables de l'hebdomadaire.
Kevin Naygom est coiffeur. Sa journée du samedi est chargée, les clients s'enchaînent. Et pourtant, il ne commence jamais cette journée sans avoir d'abord acheté son exemplaire du Défi Plus. « Chaque samedi, j'achète mon journal avant d'aller travailler », dit-il. Il lit quelques pages le matin, avant de prendre le chemin du salon, puis reprend sa lecture le soir, une fois le travail terminé, dans le calme retrouvé.
Ce qu'il apprécie dans l'hebdomadaire, c'est son caractère complet et accessible. « Dans Le Défi Plus, il y a tout ce que je souhaite : l'actualité, les histoires humaines, les faits divers, et beaucoup d'autres sujets. » Son attachement est tel qu'il a pris soin de réserver son exemplaire chez son marchand de journaux habituel, pour ne jamais courir le risque de le trouver épuisé.
Et quand la nature vient perturber ce rituel — lorsqu'un cyclone suspend la parution — Kevin Naygom ressent une sorte de manque. « Quand il y a des cyclones et que le journal n'est pas publié, ça me manque », confie-t-il en riant.