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20e anniversaire de la mort de Kaya : un programme étoffé proposé, à l’envergure du chanteur

Kaya

20 ans après la mort, le 21 février 1999, de Kaya (de son vrai nom Joseph Reginald Topize) le gouvernement mauricien a décidé de lui rendre hommage. S’agit-il d’un hommage sincère ou d’une récupération politique en marge des prochaines élections ? Les avis sont partagés. Sa veuve, qui n’était pas au courant de cette démarche, n’a pas souhaité trop s’étendre sur cette initiative du gouvernement.

Le gouvernement veut lui rend hommage, 20 ans après la mort de Kaya en cellule policière, en février 1999. (Voir encadré). Cette décision du Conseil des ministres du vendredi 11 janvier est diversement commenté, même si elle est bien accueillie dans l’ensemble. S’agit-il d’une tentative de récupération politique ou d’une démarche sincère ? La question reste posée, d’autant que, lors de la conférence de presse du gouvernement, le samedi 12 janvier, aucune précision n’a été donnée à ce sujet.

« Je ne peux commenter la décision prise, car je n’étais pas au courant de cette initiative. » Tels sont les propos de Véronique Topize, la veuve de Joseph Reginald Topize, dit Kaya. Au samedi 12 janvier, nul n’avait encore pris contact avec elle au lendemain de la prise de la décision de rendre hommage à son défunt époux. Elle affirme n’avoir aucune objection quant à la démarche des autorités. Mais elle aurait souhaité avoir été avisée au préalable, au lieu d’apprendre la nouvelle, comme tout le monde, à travers les médias. Elle attend maintenant des précisions sur les modalités de l’hommage qui sera rendu à Kaya.

20 ans après le décès de père du seggae, Véronique Topize dit avoir fait son deuil. Le temps a fait son œuvre. Elle garde dans son cœur une trace indélébile de celui qui a partagé sa vie et qui lui a donné deux enfants : Azaria et Lumia. « Je me sens un peu soulagée maintenant. Vingt années se sont écoulées depuis son décès. Les blessures ont été guéries, même si les cicatrices sont encore là », dit-elle.

La veuve du chanteur ajoute qu’elle s’est résignée à accepter le départ, dans des circonstances tragiques, de son époux. « Cela aurait été bon de pouvoir revenir en arrière et qu’il soit toujours là, mais cela est impossible.

Il faut donc accepter les choses comme elles sont. » Son réconfort, c’est d’avoir vu ses enfants grandir et d’être aujourd’hui une grand-mère comblée. Ce qui compte également pour elle, c’est de pouvoir rendre hommage à celui qui a partagé sa vie en racontant ses œuvres. « Je suis heureuse de l’avoir connu. J’ai fait un grand pas et vécu une grande expérience avec lui. La souffrance que j’ai éprouvée à sa mort m’ont permis de grandir malgré tout », dit-elle.

Hommage sincère

Véronique Topize.
Véronique Topize.

« L’hommage à Kaya doit être sincère. » C’est ce que souhaitent Tian Corentin, un proche de Kaya, qui l’a accompagné dans tous ses déplacements musicaux, ainsi que Bruno Raya, initiateur de l’événement musical Seggae Zwe, entre autres. « C’est une bonne chose qu’on veuille rendre hommage à Kaya. Cela fera plaisir à sa famille et ses fans », explique Tian Corentin. Il espère que ce n’est pas les prémices d’une récupération politique, ce qui serait « indécent », souligne-t-il. Pour lui, la démarche doit être sincère et renouvelée chaque année.

Bruno Raya abonde dans le même sens. « Il faut savoir dans quel esprit cet hommage sera rendu à Kaya », dit-il. Il considère, en effet, que ce ne sera pas intéressant qu’il n’y ait pas de suite, après la commémoration du 20e anniversaire de la mort de Kaya. Il plaide pour une reconnaissance de la contribution du défunt chanteur, qui a permis à Maurice de s’inscrire sur la scène musicale internationale.

Au-delà de l’hommage que l’État veut rendre à Kaya 20 ans après sa mort, il espère qu’après le séga et le reggae, genres desquels émane le seggae, celui-ci sera proposé comme patrimoine intangible de l’humanité de l’Unesco.

Il ajoute que le gouvernement devrait mettre les moyens qu’il faut en consultations avec les artistes, techniciens, ingénieurs, afin que cet hommage rendu à Kaya soit grandiose. « Même si on ne doit pas oublier les événements de février 1999, l’hommage ne devrait pas être uniquement sur la mort du chanteur, mais aussi sur sa contribution pour Maurice, par rapport aux messages qu’il a essayé de véhiculer à travers ses chansons. » Il plaide aussi pour l’organisation de causeries.

Tian Corentin souhaite, pour sa part, que le nom de Kaya soit donné à une école de musique et qu’une stèle soit érigée en son nom à Port-Louis et non pas dans un coin retiré de Roche-Bois. Il espère également qu’une exposition soit organisée. Pour lui, cela témoignerait de la sincérité des autorités à son égard.

Véronique Topize souligne qu’elle va tout faire pour sauvegarder le nom et l’honneur de Kaya, tout en étayant sa contribution pour Maurice et dans le domaine musical. « Kaya ti sant pou dimoun », conclut-elle.


Exposition et élan national

Certains n’ont pas attendu le gouvernement pour rendre hommage à Kaya. Parmi, il y a le musicien Berty Fock et Stephan Rezannah, de Jorez Box. Le premier nommé prévoit une exposition des effets personnels de Kaya au Caudan : sa guitare, ses vêtements et ses chaussures, entre autres. Cette exposition est organisée en collaboration avec Emmanuel Richon, conservateur du Blue Penny Museum. L’exposition se tiendra de début février à fin mars.

D’autre part, Stephan Rezannah, de Jorez Box, a lancé la campagne 10 gram pou Kaya pour « célébrer l’homme, l’artiste et la musique » du chanteur. Il souhaite ainsi faire vivre l’héritage musical qu’a laissé cette icône de la musique locale. Pour cette campagne, chaque Mauricien est invité à contribuer Rs 20, qui pèse 10 grammes, d’où le thème.

Un hommage musical est aussi prévu à travers un des titres phares du seggaeman : Sant lamour. Le clip de la chanson sera lancé le 21 février, date de l’anniversaire de la mort du chanteur. Une fresque représentant le portrait de Kaya sera aussi réalisée sur un bâtiment de Port-Louis. Le dévoilement d’une statue ou d’un monument de Kaya est prévu le 10 août, qui est la date de naissance du chanteur.


Des suggestions attendues

Lors de la conférence de presse du gouvernement, le ministre de fonction publique, Eddy Boisézon, a expliqué que le Conseil des ministres a décidé de rendre hommage à Kaya, qui était un artiste de renom. Il a ajouté que, dans le sillage de l’inscription du reggae de Bob Marley commun patrimoine mondial intangible de l’Unesco, il est bon de commémorer la mort de Kaya. Il a aussi précisé qu’un comité interministériel serait mis sur pied et serait présidé par le ministre des Arts et de la culture, Prithiviraj Roopun. Eddy Boisézon a invité tous ceux qui avaient des suggestions à faire, quant au contenu de cet hommage à Kaya, à soumettre leurs propositions au ministère concerné.

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