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2020 : dans le regard des seniors

L’année 2020 s’annonce sous des auspices plutôt sombres pour les seniors à Maurice, lesquels suivent de près le vaste incendie qui sévit en Australie ainsi que le conflit entre l’Iran et les États-Unis. Ils s’inquiètent aussi de la montée de la violence et des accidents qui semblent être le lot quotidien des Mauriciens.

Boniface Lamarque, son épouse et sa petite-fille. « Les parents doivent être eux-mêmes d’une probité sans reproche »,  fait-il observer.
Boniface Lamarque, son épouse et sa petite-fille. « Les parents doivent être eux-mêmes d’une probité sans reproche »,
 fait-il observer.

Si nombre d’événements en 2020 risquent d’assombrir l’humeur de nos seniors, deux gros points positifs sont à noter :
 l’augmentation de la retraite et l’entrée en opération officielle du métro. Marc L’Effronté, président de la Senior Citizen Association de Bois-Marchand, se félicite de l’intérêt des Mauriciens, de tous bords politiques, pour le métro. « C’est une fierté nationale, une preuve que nous avons accompli un grand développement en dépit d’être une petite île », déclare-t-il, avant d’ajouter : « À deux reprises, j’ai eu l’occasion de me rendre compte de l’engouement des Mauriciens pour le métro, j’ai vu des gens venir de loin pour monter dans ce train très moderne ».

La majoration de la retraite à Rs 9 000, elle, est également un sujet de satisfaction, permettant  de payer les factures médicales plutôt conséquentes. « Nous n’avons pas de grandes exigences, ma femme et moi, mais cette augmentation a apporté un plus dans notre budget, elle nous permet de vivre mieux », fait-il valoir.

« … horrifiée par la violence des crimes »

À Arsenal où elle habite, Premila Dhuny se veut plus nuancée en se demandant si cette augmentation ne serait pas aussi un cadeau « vicié », en dépit de la réelle volonté du gouvernement d’améliorer les conditions de vie des seniors. « Je suis horrifiée par la violence des crimes commis à Maurice durant ces derniers jours », dit celle qui avait remporté en 2019 le titre de meilleure comédienne au concours d’art dramatique organisé par le Senior Citizen Council. « Je ne reconnais plus cette île Maurice où il faisait bon de vivre. Aujourd’hui, lorsqu’on rentre chez soi, on éprouve une véritable frayeur à l’idée de constater qu’on a pu être cambriolé ». Ajouté à la criminalité grandissante, le tableau s’assombrit davantage avec la difficulté que rencontrent les autorités à endiguer le fléau de la drogue, poursuit-elle. « Je suis consciente des efforts qu’on déploie pour combattre la drogue mais en même temps, je me demande comment la drogue arrive à entrer à Maurice.

Marc L’Effronté, président de la Senior Citizen Association de Bois-Marchand, et son épouse. L’augmentation de la pension, fait-il valoir, permet à sa famille de vivre mieux.
Marc L’Effronté, président de la Senior Citizen Association de Bois-Marchand, et son épouse. L’augmentation de la pension, fait-il valoir, permet à sa famille de vivre mieux.

Cette question demeure un mystère pour moi, aussi je me demande s’il n’existerait pas des complicités bien placées qui permettraient aux trafiquants de poursuivre leur  business », dit-elle. Comme de nombreux Mauriciens, le drame qui frappe l’Australie l’interpelle. « Tous les jours, je suis cette catastrophe à la télé et je me dis que même un pays aussi grand et riche que l’Australie n’est pas épargné par une catastrophe d’une telle ampleur. Je me sens alors soulagée d’habiter dans une petite île qui est encore à l’abri de tel drame », conclut-elle.

« Valeurs humanistes »

« Un pays qui est en train de perdre son âme ». Boniface Lamarque, membre de la Police Retired Officers Association résidant à Candos, fait valoir sa crainte de voir Maurice sombrer dans une situation sans foi ni loi. « Nous nous laissons séduire par le matérialisme, l’individualisme, les gains personnels. Les valeurs humanistes, l’entraide et la solidarité qui étaient les fondements de notre société se perdent. À ce rythme-là, il ne faudrait pas s’étonner de voir que notre voisin nous laisse agoniser dans l’indifférence générale », se désole-t-il. 

Premila Dhuny (avec son trophée de meilleure comédienne au concours d’art dramatique organisé par le Senior Citizen Council), se dit « horrifiée par la violence des crimes à Maurice. »
Premila Dhuny (avec son trophée de meilleure comédienne au concours d’art dramatique organisé par le Senior Citizen Council), se dit « horrifiée par la violence des crimes à Maurice. »

Pourtant, tout ne lui semble totalement perdu, car les Mauriciens peuvent encore se montrer solidaires comme ils le démontrent durant les grandes catastrophes. « Il faut commencer par initier les enfants aux valeurs humanistes, mais encore faut-il que les parents soient eux-mêmes d’une probité sans reproche, qu’ils soient exemplaires dans leur conduite morale », martèle-t-il. Mais, à ses yeux, professer les valeurs humaines doit aussi avoir pour corollaire la discipline et des règles auxquelles doit se plier tout citoyen. « Il faut commencer par durcir certaines lois qui sont trop laxistes à l’égard des grands délinquants », fait-il observer. La société qu’il ambitionne de voir naître à Maurice est celle où prévaudront la justice, la chance égale pour tous les citoyens, le partage et la solidarité, et le respect des valeurs humanistes. 


VirajViraj Bagiruth, responsable de l’Elderly Day-Care Centre de L’Escalier : « Les seniors ont contribué à bâtir le pays et veulent le respect »

Au plus près des seniors de la localité de L’Escalier, qu’il côtoie au quotidien, Viraj Bagiruth connaît les préoccupations des aînés de la localité. « Certes, reconnaît-il, ils éprouvent une immense reconnaissance à l’égard du gouvernement pour avoir augmenté leur pension de retraite, mais dans leur quotidien, il reste encore de nombreuses problématiques à régler », fait-il observer. Au premier rang de leurs doléances, ils veulent la promulgation d’une loi pour sanctionner les conducteurs et receveurs d’autobus coupables de mauvaise conduite envers les seniors, surtout ceux qui n’arrêtent pas leurs autobus pour prendre ces derniers aux arrêts.  Il y a aussi la maltraitance des seniors au sein des familles.  « Malheureusement, les seniors hésitent à rapporter ces cas à la police, par crainte de voir la réputation de la famille salie, donc ils acceptent de subir en silence », regrette notre interlocuteur. Enfin, et non des moindres, il souhaite que les hôpitaux dédient un service à l’accueil et au traitement des seniors, de même qu’un accès moins pénible à la pharmacie des établissements de santé publics. « Ce n’est pas trop demandé, car si le gouvernement est légitimement soucieux de développer les infrastructures publiques, il ne faut pas laisser de côté la mise sur pied des autres aménités en faveur des seniors, car ces derniers ont une dignité, ils ont contribué à bâtir ce pays et veulent le respect. »


VinodVinod Dookhit, District Representative de Lower Plaines Wilhems :« Il faut aider les seniors à utiliser le métro »

Pour avoir été témoin des difficultés qu’éprouvent certains seniors contraints de rester debout dans le métro, Vinod Dookhit se demande si des chutes ne sont pas à craindre, surtout lorsque les trains freinent à l’arrivée en gare. « J’ai vu une personne avec de gros sacs à la main et debout dans le métro. Il n’y a pas eu de problèmes avec les autres passagers, mais maintenant que le métro opère normalement, avec des tickets payants, je pense qu’il faudra régler ces détails afin d’éviter des frictions entre passagers. Il faudra aider les seniors à se servir du métro, à travers une bonne pédagogie », suggère-t-il.

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