15e HR Café : Maurice se prépare à accueillir deux fois plus de travailleurs étrangers
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Avec plus de 52 000 travailleurs étrangers déjà présents à Maurice et des projections faisant état d’un doublement de cet effectif dans les prochaines années, la question de la main-d’œuvre étrangère s’impose comme un enjeu majeur.
Réunis lors du 15e HR Café, organisé par Talent Lab en partenariat avec l’ER Group, des représentants du gouvernement, des employeurs, des syndicats, des professionnels des ressources humaines et des acteurs de la société civile ont dressé un constat commun : le recours aux travailleurs étrangers est désormais une nécessité pour plusieurs secteurs économiques.
52 563 travailleurs étrangers détenteurs d’un permis de travail au 30 juin 2026. Ce chiffre exclut les détenteurs d’un Occupation Permit et pourrait doubler dans les années à venir. Le ministre du Travail Reza Uteem a expliqué que le pays est confronté à un double défi. « D’une part, les entreprises peinent à recruter certaines compétences localement. D’autre part, les attentes des jeunes Mauriciens ne correspondent pas toujours aux contraintes de secteurs tels que l’hôtellerie, la restauration, le textile ou la construction, où le travail de nuit et de week-end ainsi que les services en continu sont devenus la norme », a-t-il déclaré.
Le ministre a également présenté les principales réformes mises en œuvre pour encadrer le recrutement des travailleurs étrangers. L’ancien système de quotas, qui imposait, dans certains cas, l’embauche de trois Mauriciens pour chaque travailleur étranger recruté, a été supprimé. Désormais, l’employeur doit démontrer, par l’intermédiaire de l’Employment Information Centre, son incapacité à recruter localement. Par ailleurs, le comité chargé des permis de travail a été transféré du Bureau du Premier ministre au ministère du Travail afin d’accélérer les procédures administratives. Les niveaux d’approbation ont également été réduits, passant de douze à quatre étapes. Depuis octobre 2025, de nouvelles réglementations sur le recrutement éthique sont également en vigueur. Elles imposent le recours à des agences de recrutement agréées afin de lutter contre les abus et les réseaux informels.
Parmi les sujets les plus débattus figure celui des dortoirs destinés aux travailleurs étrangers. Les autorités rappellent que la conversion d’une propriété résidentielle en dortoir nécessite un Building and Land Use Permit (BLUP). Si cette obligation existe depuis plusieurs années, son application plus rigoureuse suscite aujourd’hui des tensions chez certains employeurs et propriétaires. Le gouvernement envisage toutefois des mesures transitoires pour les opérateurs déjà titulaires d’un permis d’hébergement. À plus long terme, l’aménagement de dortoirs centralisés apparaît comme la solution privilégiée face à l’augmentation attendue du nombre de travailleurs étrangers.
Au-delà des infrastructures, plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance de l’intégration humaine et culturelle. Des programmes d’accueil, des échanges interculturels et des formations destinées aux superviseurs sont progressivement mis en place dans certaines entreprises. Les discussions ont également mis en lumière la dimension humaine de la migration professionnelle. Pour de nombreux intervenants, les travailleurs étrangers ne doivent pas être considérés uniquement comme une ressource économique. Ils quittent souvent leur famille pour des contrats de deux à trois ans et doivent s’adapter à un nouvel environnement culturel et professionnel.
Les syndicats ont appelé à un renforcement des contrôles relatifs aux conditions de logement, à la santé et à la sécurité au travail, ainsi qu’à une meilleure protection des travailleuses étrangères, qui représentent environ 11 % des effectifs. Un autre sujet de préoccupation concerne la montée possible des sentiments xénophobes à mesure que la proportion de travailleurs étrangers augmente. Plusieurs participants ont plaidé pour davantage de sensibilisation afin de préserver la cohésion sociale.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : la main-d’œuvre étrangère jouera un rôle croissant dans le développement économique du pays. Toutefois, cette évolution devra s’accompagner de politiques efficaces en matière de recrutement, d’intégration, de logement et de protection des droits des travailleurs. Pour les participants, l’enjeu dépasse la simple question de l’emploi. Il s’agit également de préparer Maurice à faire face au vieillissement de sa population active, tout en maintenant sa compétitivité économique.